06 janvier 2010

De quatre, un tout


Faire des voeux tous azimuts c'est probablement bien. Prenez donc les miens je vous en prie.
Mais commencer l'année tout doucement, avec les
quatuors de Beethoven, c'est encore mieux : un plaisir rare, propice à faire naitre une nouvelle vigueur et à rêver de bonheurs modestes mais distingués et pénétrants.
C'est celui donné en tout cas par le
Alban Berg Quartett (abq) qui a enregistré en public ces oeuvres à Vienne en 1989, et qu'on peut réentendre par DVD interposé.

Rarement l'idéal en musique, n'a semblé si proche. L'interprétation est superbe et s'agissant des oeuvres, elles constituent l'un des sommets, probablement insurpassables, du génie humain tout simplement.
Comment décrire ces délicates constructions musicales qui s'insinuent dans l'âme, au gré des subtils glissandos des archets, virevoltant au dessus des cordes ? Comment parler de ces térébrantes mélodies, et que dire sinon qu'elles touchent au sublime ?
Ces oeuvres distillent une telle grâce, qu'on voudrait pouvoir entrer en osmose avec elles pour atteindre une intemporelle et chaude béatitude.
Hélas, même avec des notes issues d'un moule portant l'empreinte de l'infini, le temps s'écoule inéluctablement et le drame existentiel continue de peser même s'il se joue durant quelques instants, des vanités matérielles. Un fragment tombé du Paradis en quelque sorte...

Les derniers quatuors sont sans doute les plus beaux, les plus profonds, ceux qui vont le plus loin dans l'introspection de l'esprit humain. A leur écoute on est saisi d'une mystérieuse émotion, comme si au fond de soi s'épanchaient les pleurs de la mélancolie qui furent aux dires du compositeur lui-même, la source de la bouleversante cavatine de l'opus 130.
Beethoven n'était-il donc comme d'aucuns le prétendent, qu'un paquet de chairs mues par un hasardeux mélange d'automatismes électriques et de protéines hormonales ? Fadaise assurément.

Comment ne pas comprendre qu'ici réside à l'évidence une force surnaturelle, liant le génie de l'Homme à l'Indicible, à l'image du doigt d'Adam effleurant celui de Dieu dans le fameux dessin de Michel-Ange ?
Comment rester insensible à la magie suave qui émane du long adagio de l'opus 127 ? Plus de dix-sept minutes d'intenses variations sur un thème, au sein desquelles s'interpénètrent les chants extatiques des violons et violoncelle :

Ces violons sont comme des caresses
Qui dans le cours ténébreux du temps
Portent un message miroitant,
Rempli de larmes et de promesses.

Par dessus les terrestres faiblesses
Les chants des cordes en s'imbriquant
Répandent un baume coruscant
Au parfum des célestes sagesses.

Et qui sait si ces accords parfaits
Ne sont pas l'avant-goût de bienfaits
Tombant d'une adorable immanence,

Et dans la prison du quotidien,
S'ils ne sont pas le signe aérien
D'une enchanteresse délivrance ?


2 commentaires:

Doc Tonio de brive a dit…

Il est bien vrai, qu'en ces temps difficiles, où la confusion des genres a malheureusement tendance à envahir la musique moderne qu'il est fantastique de trouver quelques perles en musique classique. Merci de nous faire partager cela. Amitiés.

Pierre-Henri Thoreux a dit…

Merci de cet amical passage, Doc Tonio de Brive, donc je crois deviner l'identité derrière l'élégant pseudo... Espérant te revoir de temps à autre par ici ou bien par là !