07 février 2012

Intermède jazzistique


Au diable l'actualité, ses misères, ses polémiques, et ses usants rabâchages. Un peu de musique...
Voici du jazz et du bon ! 

Avec tout d'abord un album qui en dépit de son titre - For Real ! - vaut tous les plus beaux rêves ...
Frotté dans un premier temps aux rythmiques haletantes et syncopales du bop parkerien, le pianiste Hampton Hawes développa un style très personnel, n'ayant pas son pareil pour nimber d'un feeling aérien les pulsations sauvages du Be Bop. De fait, si ses racines remontent loin aux sources du beat, son inspiration emprunte également aux suaves influences cool ainsi qu'au chant tragique d'un blues humble et profond. A mi chemin entre Bud Powell et Bill Evans, non loin parfois de Monk...
Dans ce disque daté de 1958 l'artiste exprime ce style dans toute sa plénitude.
Wrap your troubles in dreams, second titre de cet album, est la pierre de touche de cette philosophie ensorcelante...
Mais il n'est pas question de s'avachir !
On est sur le point de s'engloutir dans cette mélodie sublime quand surgissent les énergiques trépidations de Crazeology, du bop pur jus. De belles et puissantes compositions originales s'ajoutent aux standards (Hip, et For Real, notamment, qui distillent à n'en plus finir leurs pulpeuses et aromatiques digressions).
Pour accompagner le pianiste, difficile de rêver meilleur entourage. Le contrebassiste Scott La Faro, est plus troublant, plus extatique que jamais, superbement soutenu par Frank Butler à la batterie. Et le saxophoniste Harold Land, en équilibre parfait sur la corde que lui tendent ses compères...
Et last but not least, le son si détaillé, si velouté, si enveloppant des fameuses sessions Contemporary Records, qui n'a vraiment rien perdu de sa fraîcheur. Les instruments ont une présence à peine croyable pour l'époque. Plaignons ceux qui ne connaîtront jamais ce bonheur....


Comme un bonheur n'arrive jamais seul, encore une délicieuse pépite Contemporary Records, produite par l'ineffable Lester Koenig, qui permet de se délecter encore un peu de ce son chaud, pulpeux, inégalable, éminemment jazzy qui caractérise tant de sessions magiques de la fin des années 50. Les ingénieurs du son savaient diablement bien poser leurs microphones, lesquels avaient une sensibilité à fleur de membrane si je puis dire... Quel relief, quelle élégance !
Grâce à ces conditions exceptionnelles, le piano de Hampton Hawes a plus que jamais ce ravissant velouté swinguant et désinvolte qui « bope » avec aisance et légèreté. Barney Kessel lui répond avec toute sa verve à la guitare, et on ne perd rien des prouesses d'une section rythmique idyllique associant le facétieux mais si sensible contrebassiste Red Mitchell au puissant et sensuel Shelly Manne à la batterie. Yardbird suite, composition du Bird, ouvre en majesté le bal et se poursuit d'un seul tenant avec There will never be another you. Ensuite une digression pleine d'humour signée Mitchell (Bow Jest) qui s'en donne à cœur joie à l'archet. Suivent deux prises très enjouées (Sweet Sue et Up Blues) puis un émouvant et languide Like Someone In Love.
Avec le titre suivant, joyeux et bondissant, Love Is Just Around The Corner, c'est une envie irrépressible de faire des sauts cabri qui vous prend...
Et pour terminer, deux charmants petits bonus (Thou Swell, The Awful Truth) et le tour est joué.
Mon Dieu quelle joie de s'abandonner à tant de suavité sentimentale. Au chapitre des regrets : que l'extase se dissipe si vite, et plus encore, que soit révolue cette époque bénie...

Enfin, pour terminer, une petite session intimiste, enregistrée dans le cadre cozy d'une bibliothèque cossue, en Suède, un froid jour de novembre 1984, et ressortie fort opportunément en DVD, qui distille un subtil ravissement.
Elle met en scène le saxophoniste Zoot Sims, émacié, très fatigué, au bout du rouleau même (il allait disparaître quatre mois plus tard), libérant ses dernières pensées musicales, son dernier message, plus mélodieux, plus troublant et fragile que jamais.

Juste entouré, superbement, de Red Mitchell à la contrebasse et Rune Gustafsson à la guitare, il s'abandonne à d'exquises divagations sur des thèmes éprouvés (In a sentimental mood, Gone with the wind, 'Tis autumn, Autumn leaves...). Chaque instant est magique et on retient son souffle pour n'en rien perdre tant ici vibre avec douceur l'alchimie cool du jazz...  
 

4 commentaires:

Alexandre Stojkovic a dit…

Bonjour Pierre,

Ravi de vous retrouver avec ce type de chronique qui plus est mon genre préféré depuis quelque temps...

Parfaitement d'accord avec votre propos au sujet de la morosité quotidienne, rien de tel qu'un bon p'tit Blue Note sur sa platine pour oublier les politicards de tous poils.

Play Kind of Blue !

Anonyme a dit…

excellent c'est rigolo la vie ! je suis dans mon bureau je t'ai envoyé SMS pour te dire que je trouvais ce CD génial !! bonne semaine mon ami, à vendredi dans 8 jours si vous êtes là, je passerai me "ressourcer" intellectullement, musicalement, politiquement, philosophiquement... Biz RAMONE

Santo a dit…

votre chronique,et une vidéo, sur ma page: (http://www.facebook.com/michel.santo) On respire!...

Anonyme a dit…

Salut PIERRE? TU REGARDES TA BOITE DE TEMPS EN TEMPS ???? c'est OK pour vendredi soir ? une petite tisane .... ramone