14 avril 2013

Une femme vraiment populaire

Il peut paraître étrange de qualifier ainsi Margaret Thatcher (1925-2013), eu égard à l'incroyable virulence des critiques et des insultes qui se déversèrent sur elles à jet continu, avant même sa prise de fonction en 1979 et bien après son départ du 10 Downing Street en 1990.
Ce torrent d'imprécations l'a poursuivie sans relâche jusqu'à sa mort, survenue tout récemment. Et sur sa dépouille encore fumante, on voit nombre d'enragés continuer de baver leur haine démente...


En France, il est bien difficile de rencontrer des gens osant attribuer quelque mérite à la « Dame de Fer ». Le consensus à son sujet est proprement effrayant tant il est massif et dénué de nuance. Seul George W. Bush peut rivaliser avec elle en quantité de quolibets reçus d'imbéciles arrogants, n'hésitant pas à nier la légitimité des urnes.
Pourtant, malgré ces tombereaux de haine cuite et recuite, personne aux yeux de l'Histoire, ne pourra jamais lui enlever d'avoir été portée au pouvoir, successivement trois fois par son peuple, et ce, le plus démocratiquement du monde.


Et de garder une place enviable dans le cœur de beaucoup d'Anglais, car avec le recul elle reste aujourd'hui le meilleur premier ministre depuis la seconde guerre mondiale, devançant même Churchill !

Au sens premier, Margaret Thatcher, fille d'épicier, était d'extraction on ne peut plus populaire. Tout dans sa personne et dans son allure était d'ailleurs empreint de simplicité. Chez elle, l'absence totale d’afféterie contrastait toutefois avec une inflexible détermination. Et l'insensibilité apparente qui lui valait tant de qualificatifs enfiellés, n'était en somme que l'expression d'une grande pudeur, d'une indicible vaillance et d'un pragmatisme clairvoyant.


Elle eut à affronter plusieurs épreuves qui chacune auraient mis en déroute plus d'un gouvernement, et qui permirent de démontrer ses capacités exceptionnelles de leader. La plus difficile fut sans doute représentée par l'interminable conflit avec les mineurs (1984-85), qui tourna à l'affrontement idéologique le plus absurde et caricatural qui soit. L'idéologie « travailliste » c'est à dire socialiste d'inspiration marxiste, qui régnait en Angleterre à l'époque, refusait de se résoudre à l'évidence : les mines de charbon avaient perdu l'essentiel de leur rentabilité et il était grotesque de maintenir pour les exploiter, une armée d'ouvriers condamnés à travailler de manière inutile.
La majorité des mineurs étaient d'ailleurs hostiles à s'engager dans un conflit social de grande envergure. Les leaders syndicaux décidèrent pourtant, sans vote, l'entrée dans la grève, avec la volonté affichée d'en faire un terrible bras de fer avec le Premier Ministre.
Mais Margaret Thatcher avait soigneusement préparé le pays à cette grève qu'elle prévoyait très dure. Elle ne lâcha sur rien, et s'appliqua méthodiquement à ruiner la capacité de nuisance qu'une minorité de nervis tentaient d'opposer à la loi. Elle contraignit notamment les piquets de grève à "s'installer là où ils ne gênaient personne" et n'hésita pas à fournir une escorte aux mineurs non grévistes pour qu'ils puissent se rendre au travail.



Au bout d'un an elle avait gagné. Non seulement, elle put procéder aux réformes jugées nécessaires, mais elle avait discrédité les syndicats et le socialisme archaïque qui asphyxiaient le pays depuis des décennies. Les conséquences de cette victoire se prolongèrent durablement et le Parti Travailliste en tira enfin des leçons utiles, sous l'autorité de Tony Blair.
Il faut constater hélas au passage, qu'en France, c'est le mouvement inverse qui s'est produit. Après les années folles de Mitterrand, l'avachissement généralisé du temps de Chirac et les velléités sarkozystes, nous sommes revenus au niveau du jurassique en matière idéologique. La crise des hauts-fourneaux de Florange n'est pas sans rappeler celle des mines de charbon. Mais hélas, il n'y a pour faire face à ces terribles défis, que merdoiement politique et préjugés soi-disant bien pensants. Le pays lui-même est emporté vers on ne sait quelles extrémités par le tourbillon socialiste...

La fermeté de « Maggie » lui fit tenir bon également face aux terroristes de l'IRA. Elle n'a manifesté aucune indulgence vis à vis de ceux qui s'étaient rendus coupables d'actes criminels. Bobby Sands en fit les frais avec quelques uns de ses amis. Lorsqu'il finit par périr après 66 jours de grève de la faim (parce qu'il refusait le statut de prisonnier de droit commun), elle eut ces mots cinglants, mais frappés au coin du bon sens : « Mr. Sands was a convicted criminal. He chose to take his own life. It was a choice that his organisation did not allow to many of its victims. »

En ardent défenseur de la Liberté, elle n'a pas non plus cédé aux dictateurs, soviétiques puis argentins. Ayant acquis une vraie stature internationale, elle eut un rôle déterminant avec Ronald Reagan, dans l'effondrement du régime soviétique, ce qui lui valut une grande popularité en Europe de l'Est. Lorsque la junte argentine procéda à l'invasion stupide des Iles Malouines, appartenant au Royaume-Uni, elle ne faiblit pas en dépit du caractère en apparence microscopique de l'enjeu. A l'image de l'intervention américaine dans la l'Ile de la Grenade, il s'agissait d'affirmer la détermination de son pays et de marquer le seuil de tolérance face à ce type d'agression.


Cette intransigeance ne l'empêcha pas cependant d'évoluer en fonction de la tournure des événements. Elle eut par exemple la clairvoyance de reconnaître en Mikhail Gorbatchev un leader d'un genre nouveau et misa sur la sincérité de sa Perestroika, et ne ménagea pas ses efforts pour en convaincre ses partenaires américains.
Elle n'hésita pas non plus à soutenir le général Pinochet, qui était sous le feu roulant des diatribes que l'Internationale gauchisante orchestrait à son encontre, à l'aide de ses puissants réseaux médiatiques. Ils n'avaient pas digéré qu'il ait mis fin à l'aventure d'Allende, quand elle voyait en lui celui qui avait évité à son pays la dérive communiste et qui en avait fait qu'on le veuille ou non l'endroit le plus prospère d'Amérique du Sud, non sans lui avoir rendu la démocratie de son vivant.

Au terme de son action, Margaret Thatcher pouvait se vanter d'avoir modifié en profondeur la société anglaise, jusqu'à la mentalité de ses adversaires travaillistes (Elle considérait l'évolution du New Labour sous l'impulsion de Tony Blair comme faisant partie de ses plus belles réussites). Parmi les bons indicateurs économiques, un seul révèle à lui tout seul l'ampleur du changement : l'inflation qui passa de 27% à 2,4 entre 1975 et 1986 (The Economist). S'agissant du chômage, passé avant qu'elle n'arrive au pouvoir, de 2,6% en 1974 à 8,1% en 1979, elle parvint à le ramener à 5,8% en 1990 (après un pic à 12% en 1983).


Parmi les actions qu'elle ne put ou ne voulut pas entreprendre et qu'on lui impute souvent à tort, figurent la privatisation des Chemins de Fers Britanniques (réalisée par John Major en 1993) et la réforme du désuet et pachydermique National Health Service. Il fallut attendre Tony Blair pour le voir quelque peu dépoussiéré...

La politique que mena Margaret Thatcher apparaît donc sous un jour favorable, pour tout libéral.  Hélas, comme l'a fait remarquer le magazine The Economist : « A cause de la crise, le pendule s'éloigne à nouveau des principes promus par madame Thatcher. Dans la plupart des pays riches, la part de l'Etat dans l'économie ne cesse de progresser. Des régulations excessives sont en train de ligoter le Secteur Privé. Les hommes d'affaires et les entrepreneurs font l'objet d'une suspicion systématique, et les banquiers sont partout présentés comme d'odieux épouvantails... » Cela n'augure rien de bon.

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