31 juillet 2017

Encore une loi inutile...

Au terme d’un marathon de plus de cinquante heures, ponctué par la discussion de quelques 800 amendements, l’Assemblée Nationale a finalement accouché du projet de loi ordinaire visant à restaurer «la confiance dans la vie politique
Adopté à une très large majorité, il ouvre selon toute probabilité la voie à une usine à gaz législative vérifiant une nouvelle fois l’adage de Montesquieu selon lequel “les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires”.
Pour moraliser la sphère politique, il faudrait sans doute autre chose que cet assommoir bien intentionné dont la mise en oeuvre risque d'entraîner un nouveau déluge de paperasserie, de contrôles et de bureaucratie.

Ainsi la suppression proposée de “l’indemnité représentative de frais de mandat”, qui était fondée sur l'attribution d'une enveloppe forfaitaire mensuelle d’un peu plus de 5000 euros, va se traduire par l’obligation de déclarer toute dépense par une note de frais dont la légitimité sera jugée par on ne sait trop qui et on ne sait jusqu’à quel montant… Bonjour la simplification !
Les emplois familiaux seront interdits, ce qui suppose là aussi des contrôles pointilleux de tous les recrutements, et pour chacun, l’analyse méticuleuse du degré de parenté avec l’élu. Vaste fumisterie, qui ne manque pas de sel au moment même où le président de la république est en train d’aménager un statut privilégié pour son épouse !
Afin de lutter contre le lobbying, “un registre des déports” sera institué pour lister les conflits d’intérêts que chaque élu devra déclarer à chaque fois que cela serait susceptible d’entacher la légitimité de son vote. Encore un flicage en perspective du moindre fait ou geste et des polémiques à n’en plus finir…
Dans le même ordre d’idée, on imagine le travail de détective des fonctionnaires chargés de faire respecter l’interdiction pour un élu d’être partie prenante d’une société de conseil pendant ou moins d’un an avant un mandat !

S’agissant du statut judiciaire des élus, les députés ont là encore reculé devant la simplification. A l’obligation dure mais saine d’avoir un casier vierge, ils ont préféré la promulgation d’une liste des condamnations ou poursuites incompatibles avec l’exercice de représentant du peuple.
Parlons enfin d’un des joyaux de cette loi en gestation : la création d’une “Banque de financement des partis”, encore appelée "banque de la démocratie" supposée octroyer plus équitablement les prêts et financements que ne le font paraît-il les banques privées. Au vu des expériences passées de banques nationalisées, on peut sérieusement en douter, et de toute manière cette  lourde et dispendieuse machinerie paraît redondante avec le “médiateur du crédit aux partis et aux candidats” que la même loi se propose d’instituer…

L’abolition de la réserve parlementaire pourrait en définitive être la seule mesure s’apparentant à une certaine clarification, générant au surplus quelques substantielles économies. Cette coquette enveloppe, de plus de 100.000€ annuels, dont jouissent les députés et sénateurs pour distribuer comme bon leur semble aides et subventions, coûte en effet 146 millions d’euros à l’Etat. Elle a maintes fois été accusée de donner lieu à de nombreux abus relevant du favoritisme ou du clientélisme. Sa suppression paraît donc bienvenue, à condition qu’elle ne soit pas remplacée par un dispositif aussi coûteux et tarabiscoté.
On parle en effet déjà de sa substitution par un “fonds d'action pour les territoires et les projets d'intérêt généraux”....

Pendant ce temps le Président de la République procède benoîtement à la nationalisation des chantiers navals de Saint-Nazaire, dont l’entreprise coréenne STX vendait sa part majoritaire, tout cela pour éviter de la céder au groupe italien Fincantieri.
En la circonstance, on serait tenté de dire que M. Macron a tout faux.
Il ne s’agit ni d’une bonne décision car les nationalisations sont en règle de bien piètres solutions, surtout pour un Etat endetté jusqu’au cou, ni d’un geste fair play vis à vis d’un partenaire européen, ni enfin d’une opération rentable car cette branche de STX, malgré ses belles réussites et un carnet de commande bien rempli, n’était semble-t-il pas bénéficiaire.
Décidément, tout change, mais rien ne change….

24 juillet 2017

Tout change, rien ne change

En matière de politique gouvernementale, les temps changent paraît-il, mais derrière les artifices de communication, les incohérences subsistent.
On voulait espérer que le jeune et sémillant président de la république que la France s’est choisi, fasse preuve de plus d’audace, de détermination et de constance que ses prédécesseurs.
Hélas, à mesure que le temps passe, l’actualité semble démentir cet espoir.

Dans le but louable d’assainir les finances du pays, le chef de l'Etat et plusieurs de ses ministres nous ont annoncé à grands fracas des économies “jamais vues” sur les dépenses publiques, touchant tous les ministères sans exception.
Et pan dans l’Armée, sommée de trouver 850 millions d’euros avant la fin de l’année !
Après avoir vu le Président parader pendant tout le printemps auprès des soldats, après avoir entendu ses belles paroles vantant l'armée et le rôle majeur qu'il prétend lui voir jouer, l’injonction “jupiterienne” détonne si l’on peut dire. Pire, le président ouvre brutalement une crise avec la Grande Muette en prenant à rebrousse poil le chef d’état major Pierre de Villiers qu’il venait pourtant de renouveler dans ses fonctions, sans lui avoir de toute évidence révélé ce serrage de ceinture drastique. Résultat : démission dudit chef d'état major !

Quelques jours après le clash, en pleine polémique, maladroitement attisée par M. Castaner, porte-parole du gouvernement, on apprend ce jour que la ministre des armées a obtenu le dégel de 1,2 milliards d’euros sur 2017 !
Pour le péquin moyen, il faut reconnaître que cette politique ressemble à celle de Gribouille. Comment ne pas comprendre que l’Etat fait volte face et qu’en fait d’économies, il engage des dépenses supplémentaires ?
Certes, cette coquette somme "gelée" était inscrite au budget. Elle faisait même partie d’une enveloppe plus large, de 1,9 milliards d’euros…
Sans doute y a-t-il des finesses qui nous échappent à nous les béotiens, mais en fin de compte, n’eut-il pas été plus simple d’annoncer que le Chef de l’Etat, dans sa grande magnanimité, et ce malgré les contraintes budgétaires, débloquait immédiatement 1,2 milliards d’euros de cette enveloppe, ce qui revenait à faire une économie nette de 700 millions ! Trop simple sans doute...

Dans le même temps, on apprend que les allocations destinées à venir en aide au logement vont baisser dès le 1er octobre de 5 euros par mois. Et selon la bonne vieille habitude, le gouvernement tente de faire porter la responsabilité sur les autres en prétendant qu’il ne s’agit que de l’application d’une mesure votée lors du précédent quinquennat.
Pas de quoi fouetter un chat en somme. A peine 16 centimes par jour, c'est à dire trois fois rien !
Tout étant relatif, ça fait aussi soixante euros par an, ce qui n’est pas négligeable pour des étudiants, dont les représentants ont tôt fait de monter au créneau pour protester. Quant au gouvernement précédent, il s’est empressé, par la voix du peu regretté M. Eckert, de décliner toute responsabilité dans cette affaire. Il avait grignoté l’aide au logement par presque tous les bouts, mais pas par celui-là !
Certes il s’agit d’une réduction de la dépense publique, dont un libéral aurait sans doute tort de s’offusquer, mais c’est aussi une forme d’impôt puisque la mesure est unilatérale et qu'elle réduit le pouvoir d'achat. En d’autres termes on pourrait en accepter le principe si elle s’accompagnait d’une diminution des prélèvements obligatoires.
Car pour l'heure, c'est un peu comme si l’Etat décidait d’une diminution des remboursements de certains soins par la Sécurité Sociale sans baisser les cotisations (ce qu’il ne se gêne d’ailleurs pas pour faire...).
Bref, il s'agit une fois encore d'une demi-mesure dérisoire qui sera sans doute inefficace sur le mal dont souffre le pays, mais qui risque de coûter cher en crédibilité pour le Pouvoir…
Comme pour corroborer ce sentiment, un tout récent sondage révèle que la popularité du Président de la République vient de chuter de 10 points en un mois ! Décidément tout change mais rien ne change...

22 juillet 2017

Petit voyage dans le monde des quanta

En achetant l’ouvrage d’Etienne Klein, “Petit voyage dans le monde des quanta” je ne savais de lui que ce que la jaquette du livre en disait. Notamment qu’il avait créé et qu’il dirigeait le laboratoire de recherche sur les sciences de la matière au Commissariat à l’Energie Atomique (CEA).
J’ignorais qu’il avait été mis en cause dans une affaire de plagiat par l’Express puis par Mediapart (notamment pour son ouvrage à succès “le pays qu’habitait Albert Einstein”)
C’est en cherchant à me renseigner un peu plus sur lui que j’appris ces accusations, sans doute fondées puisqu’il a été destitué il y a quelques mois par le Président de la République de ses fonctions de président de l'Institut des hautes études pour la science et la technologie !


Tant pis, je viens de finir son bouquin et ne vais pas me priver de le commenter, en essayant de faire abstraction de cette histoire récente.
Ce petit traité n’apporte pas de révélations fracassantes sur l’univers étrange des particules, mais on peut y trouver quelques éléments de réflexion fort stimulants. La plupart des thèmes se rapportant au sujet y étant évoqués, l’ouvrage peut être enrichissant pour le béotien qui cherche à se faire expliquer les choses complexes avec des mots simples.


Tout commence évidemment avec l’expérience fascinante mais quelque peu ressassée, des fentes de Young, laquelle introduit d’emblée aux mystères de la physique quantique, en montrant que les particules élémentaires obéissent à une double nature, corpusculaire et ondulatoire, “à la fois indissociables et exclusives l’une de l’autre.”
De cette indécidabilité découle naturellement la question de l’indéterminisme apparent de certains phénomènes naturels, à l’échelon microscopique. C’est là qu’entrent en scène la fameuse constante de Planck  et le non moins célèbre principe d’incertitude de Heisenberg. La première définit le plus petit “paquet” d’action entre deux états, appelée précisément quantum. Le second stipule qu’il est impossible de mesurer précisément et simultanément deux propriétés intrinsèques des particules telles que leur position et leur quantité de mouvement (en d’autres termes, leur vitesse), les deux étant irrémédiablement liées par une incertitude fondée précisément sur la constante de Planck…


On peut porter au crédit d’Etienne Klein, une belle digression sur ce qui apparaît le plus troublant dans la mécanique quantique, à savoir l'indéterminisme. A ce sujet, il décortique brillament la querelle de fond qui opposa Einstein à Bohr.
Albert Einstein, pourtant père de la notion de relativité, n’admit jamais qu’une partie de la physique soit régie par les règles hasardeuses de la mécanique quantique. “Dieu ne joue pas aux dés” avait-il l’habitude de répéter… Sans remettre en cause les constats ni même les prédictions de la mécanique quantique, il tenta de démontrer en 1935 avec deux collègues (Boris Podolsky et Nathan Rosen) son incomplétude, c’est à dire son incapacité à décrire complètement la réalité. Il proposa en l’occurrence une expérience de pensée basée sur un corpus de règles connues sous l’acronyme EPR, faisant allusion aux trois signataires d’un article retentissant. La démonstration entend prouver que la théorie n’empêche pas la contradiction de survenir entre trois postulats suivants :
  • Les prédictions de la mécanique quantiques sont justes,
  • Rien ne peut se propager plus vite que la lumière (autrement dit deux objets très éloignés ne peuvent s’influencer simultanément)
  • le fait de pouvoir prédire avec certitude la valeur d’une quantité physique implique qu’il existe un élément de réalité physique correspondant à cette quantité physique.


Mais, ironie du sort, croyant démontrer les lacunes d’une théorie, Einstein n’a fait qu’en souligner les aspects paradoxaux, s’agissant notamment du principe de localité (il s’avère impossible de décrire l’intrication au moyen de la physique classique), et celui de causalité (impossibilité de déduire des résultats d’une expérience l’état d’un système avant les mesures).
Les auteurs de l’article EPR supposaient l’existence de “variables cachées”, dont la méconnaissance interdirait de décrire complètement les phénomènes et obligerait à conclure que certains seraient indéterminés.
Bohr ne partageait pas cet avis, mais ne parvint à être plus convaincant qu’Einstein. C’est le physicien John Bell, avec son fameux théorème sur les inégalités, qui démontra qu’il était impossible de ne pas violer les postulats EPR, dans une conception déterministe à variables cachées !
La confirmation expérimentale vint plus récemment, grâce au physicien français Alain Aspect, qui prouva que deux particules intriquées violent systématiquement le principe de localité (elles se comportent de manière corrélée quelque soit la distance qui les sépare, donc sans que l’une puisse influencer l’autre par la transmission d’informations). Les deux particules, bien que séparées et possiblement très éloignées, ne sont qu’une seule entité indissociable !
La conclusion s’impose sans appel, selon Etienne Klein : il n’y a donc pas de variables cachées, la théorie quantique est complète et, qu’Einstein le veuille ou non, elle intègre une part d’indéterminisme !


Les constats tirés de la mécanique quantique, font surgir d’intéressantes perspectives pratiques que détaille l’auteur.
Par exemple, les développements prometteurs en matière de cryptographie, faisant entrevoir la possibilité de mettre au point des clés inviolables sur le principe de la corrélation des particules. Il est en effet envisageable d’utiliser une règle de codage basée sur l’état d’une particule, conféré immédiatement et intégralement à sa jumelle sera sans nécessité de transmission et ce, quelle que soit la distance séparant les deux.
Le fantasme de la téléportation si souvent exploité dans les romans de science fiction pourrait trouver un début de concrétisation grâce au même principe d’intrication. Mais Klein montre que s’il est applicable a priori à l'information, il est illusoire d'envisager pouvoir téléporter de la matière. Au surplus, il oblige à envoyer préalablement à l'endroit désiré les substrats exprimant l’information, c'est à dire une partie des particules intriquées, ce qui en réduit l’intérêt, notamment lorsque les distances sont très éloignées.
Des ordinateurs quantiques pourraient également voir le jour, fondés sur le principe de superposition qui s’exprimerait par des bits quantiques, pouvant être dans plusieurs états simultanément. La rapidité de telles machines pourrait en théorie dépasser de loin les calculateurs classiques dont les bits ne peuvent prendre qu’une seule valeur 0 ou 1...
Enfin, le microscope à effet tunnel, est quant à lui déjà une réalité. Fondé sur la probabilité non nulle et fonction de la distance à parcourir, qu’ont les électrons de franchir la fameuse barrière de potentiel, même s’ils n’en ont pas l'énergie suffisante, il permet de cartographier très précisément un paysage microscopique. Le principe est de mouvoir une pointe métallique à quelque nanomètres au dessus de la surface à examiner, et d’en faire varier l’altitude de manière à garder constante “le courant tunnel” des électrons.


L’effet tunnel est une belle illustration de l’étonnant indéterminisme qui règne à l’échelle microscopique et qui paraît entrer en contradiction avec les lois de causes à effets de la physique classique.
En mécanique quantique, tout est possible tant que les choses n’ont pas été actées. La réduction du paquet d’ondes selon l’expression de Werner Heisenberg, exprime le fait que la superposition quantique permettant à une particule d’être dans deux états simultanément, disparaît dès qu’on mesure précisément l’état dans lequel elle se trouve.
La superposition quantique est donc “détruite par l’opération de mesure”. Pourtant, “l’indétermination n’est pas liée à une imperfection du dispositif expérimental, ni à une quelconque restriction de nos appareils de mesure.” Paradoxe bien difficile à admettre et qui exprime en définitive le fait que notre monde, régi par la loi de causalité, repose en fait sur un autre, totalement aléatoire...


Si les démonstrations et les constats faits dans le monde des particules semblent relever de la magie, celle-ci fond comme neige au soleil dès qu'on tente la transposition à l'échelle humaine humaine. La mécanique quantique est en effet atteinte d’une “décohérence” progressive lorsqu’on tente d’en faire l’expérience dans le monde macroscopique. Force est de constater en effet que “Lorsqu’on envoie des boules de pétanque à travers une plaque percée de deux fentes, cela ne donne lieu à aucun phénomène d’interférences...”
Pareillement, la probabilité qu’une bille passe un relief ou bien traverse un mur si la somme de ses énergies cinétique et potentielle est insuffisante, est nulle.
Quant au fameux chat de Schrödinger, personne évidemment ne peut se résoudre à le déclarer moitié-vivant moitié-mort tant que la boîte maléfique dans laquelle il est enfermé n’est pas ouverte…
Cette apparente impossibilité de faire entrer la mécanique quantique dans les schémas logiques du raisonnement fait dire à l’épistémologue Michel Bitbol, cité par Etienne Klein, “que nous sommes tellement impliqués dans le réel que nous ne pourrons jamais expliciter le rapport que nos théories entretiennent avec lui…” 
Ce n’est jamais que l’expression moderne du postulat kantien affirmant qu’il nous est impossible de connaître “la chose en soi...”

19 juillet 2017

Trop d'impôt tue l'impôt

Les annonces quelque peu contradictoires portant sur le programme de réformes gouvernementales commencent à faire sérieusement douter de la solidité des convictions du nouveau pouvoir en place, de ses vraies intentions, et de sa détermination.
S’agissant des contraintes budgétaires auxquelles le pays est plus que jamais soumis en raison de l'incurie des précédents gouvernements, il est permis de se demander si les économies annoncées seront en mesure de compenser les nouvelles dépenses.

En matière d’impôts et de taxes, les choses sont encore plus difficiles à démêler.

M. Philippe, premier ministre, voudrait nous convaincre qu’il souhaite une baisse significative pour provoquer “un effet de souffle fiscal”, propice au redémarrage économique, mais hélas chat échaudé craint l’eau froide.


Les deux mesures emblématiques du programme d’Emmanuel Macron, après avoir été ajournées, ont été réintroduites dans l’actualité brûlante. Mais s’agit-il d’une vraie baisse de la pression fiscale, on peut en douter.

L’exonération de la taxe d’habitation devrait paraît-il concerner 80% des foyers. Mais pour ne pas effrayer les “collectivités locales” en général assez prodigues avec les deniers publics, elle devrait être compensée “à l’euro près” par l’Etat. Le résultat immédiat sera donc d’accroître la centralisation bureaucratique et son corollaire désastreux, la déresponsabilisation. Quant à la baisse d’impôts, sera-t-elle autre chose qu'un trompe l’oeil, s’il ne s’agit que d’un jeu de vases communicants ?

Tout porte à penser qu’on assistera en définitive à un simple transfert de charge entre contribuables, les uns ne payant plus rien, et les autres se retrouvant encore un peu plus pressurés.

Dans un pays où 60% des ménages sont épargnés par l’impôt sur le revenu et où dans certaines communes 50% des foyers sont déjà exonérés de la taxe d’habitation, la réforme annoncée risque de dénaturer un peu plus le principe de l’universalité de l'impôt, en réduisant le nombre de citoyens assujettis, au lieu de tendre vers une contribution au bien public de chacun, à hauteur de ses moyens.

On pourrait s'interroger sur l'utilité et la nécessité d'une exonération catégorielle que personne ne demandait vraiment, alors que c'était une baisse générale des prélèvements qui était attendue.
On pourrait ironiser sur la délégitimation par les Pouvoirs Publics de la frange de population exemptée, considérée
de facto comme incapable d’assumer une partie de ses devoirs citoyens.
Mais le plus grave, comme bien souvent avec les lois empreintes de justice sociale, est qu’elle va instituer un acquis, particulièrement difficile à remettre en cause lorsque la conjoncture l’exige. Comment justifier le retour éventuel d’un impôt à des gens qui en ont été libérés ? Comment les empêcher de trouver en revanche tout naturel et d’autant plus logique qu’ils sont majoritaires, d’augmenter celui des autres, désignés comme “les riches” ?

C’est avec ce genre de politique bien intentionnée qu’on plombe progressivement et structurellement le budget de l’Etat. L’endettement massif du pays démontre qu’il est malade de ces pratiques, mais il continue de s’y enfoncer irrémédiablement...


La transformation de l’impôt dit de solidarité sur la fortune (ISF) en un impôt sur la fortune immobilière (IFI) constitue un autre exemple de cette perversité fiscale dont notre pays s’est fait le champion et dont le nouveau président de la république ne semble hélas pas guéri.

On sait l’ineptie de l’ISF, qui rapporte à l’Etat à peine plus que ce qu’il coûte à collecter, et dont la quasi totalité des pays démocratiques qui l’avaient adopté se sont débarrassés, à l’exception de la France et de l’Espagne.

Il s’agit d’un pur symbole inspiré par l’esprit de revanche, qui consiste à punir les riches en les faisant dégorger leur argent "pour le principe".

En limitant son assiette aux seuls biens immobiliers, M. Macron fait peut-être pire que s'il ne faisait rien. Il y a peu de chances avec ce genre de demi-mesures, qu’il rétablisse la confiance susceptible de faire revenir les exilés fiscaux. A contrario, il va désespérer un peu plus les familles dont l’essentiel de la fortune réside dans un patrimoine immobilier parfois chèrement acquis à l'issue d'une succession (et qui ne sera évidemment pas exonéré de la taxe d'habitation...). De toute manière, aux yeux de la Gauche,
il va donner l'impression de privilégier une fois encore les plus favorisés en leur faisant un beau cadeau. Pourtant, s'agissant de sa volonté affichée de les pousser à boursicoter ou à spéculer sur les entreprises, on pourrait rire, ne serait-ce qu’en lisant le récent rapport de la Cour des Comptes qui épingle sans ménagement la fameuse taxe sur les transactions financières (TTF), dite aussi “taxe Tobin”, que la France a cru bon de promulguer en 2012, de manière unilatérale en Europe.
La Cour souligne que cette taxe a « seulement déplacé dans d’autres pays » les opérations qu’elle visait, et elle déplore que les prestataires financiers, qui devaient supporter cette taxe, l’aient en réalité répercutée « dans les frais qu’ils facturent à leurs clients ».

Sourd à ces avertissements, M. Macron en rajoute même une couche en affirmant haut et fort « qu'il s’est engagé à soutenir l’instauration d’une taxe sur les transactions financières au niveau européen ! »

On peut apprécier à cette occasion la cohérence de sa stratégie, qu’il qualifie en toute modestie de révolutionnaire...


Un autre revers cinglant auquel l’Etat français a dû faire face tout récemment, est la non moins fameuse taxe Google. Pour avoir tenté d’infliger une imposition exorbitante (plus d’un milliard d’euros) à l’entreprise américaine, qui a le malheur de faire travailler des employés sur le sol français, le gouvernement s’est vu opposer par le Tribunal Administratif une fin de non recevoir.

Résultat, pour avoir eu les yeux plus gros que le ventre et par excès de voracité, le fisc se retrouve gros jean comme devant, alors que d’autres pays moins gourmands (l’Italie par exemple) étaient parvenus à leurs fins…

Moralité, plus vraie que jamais: trop d’impôt tue l’impôt !


Cela n’empêchera pas malheureusement l’Etat de continuer à déployer des trésors d’imagination pour engranger toujours plus de recettes fiscales. On l’attend avec l'augmentation de la CSG, la taxe carbone, les taxes sur le tabac, et “l’harmonisation fiscale” du diesel face à l’essence (qui va consister à augmenter l'une sans toucher à l'autre, alors qu'il eût été si simple de faire exactement l'inverse...)