24 août 2023

Grandeur et Décadence du Journalisme

La mort brutale de Gérard Leclerc marque peut-être la fin d'une certaine idée du journalisme. Il n'incarnait certes pas vraiment l’audace ni le mordant d’une profession supposée aller au bout des sujets sans tabou ni faiblesse comme le préconisait Albert Londres. Mais il était respectueux des bonnes pratiques, et ouvert au pluralisme politique. Sa participation régulière mais néanmoins critique à l’émission animée par Pascal Praud sur C News attestait d’un certain courage et de sa largesse d’esprit.


Aujourd'hui on assiste à une dilution de ce qui faisait l'âme du journalisme dans un magma consensuel insipide. L'esprit critique est en berne et les idées reçues, pourtant férocement flétries en son temps par Gustave Flaubert, sont omniprésentes, répercutées à l'infini par une Presse sans inspiration ni originalité.

L'affaire du Journal du Dimanche (JDD) est emblématique de cette époque couarde, vouée à l'instinct moutonnier.
Jugeant de manière expéditive et péremptoire que Geoffroy Lejeune, le directeur nouvellement nommé, était marqué du sceau de l'infamie d'extrême-droite, la rédaction se mit illico en grève, réclamant durant quarante jours, à cor et à cri, son éviction par principe. Ces gens qui n'auraient sûrement pas désavoué le stalinien Edwy Plenel, s'offusquaient donc de voir arriver chez eux un transfuge du magazine Valeurs Actuelles. Lequel est rituellement qualifié d'extrême, voire de facho par des gens qui n'en ont à l'évidence jamais lu un article ni même ouvert un numéro.

Le propriétaire du JDD tint bon face à cette infantile mais impressionnante révolte de salon. Il confirma sa nomination et offrit de substantielles indemnités financières à ceux qui souhaitaient démissionner.

Les rebelles, très à cheval sur les principes et soucieux de préserver leur éthique à deux balles, montrèrent en la circonstance qu'ils avaient beaucoup moins de problème avec les espèces sonnantes et trébuchantes facilement gagnées. Ils quittent donc le navire drapés dans un succédané de vertu républicaine mais sécurisés par un confortable parachute doré, concédé au nom de la paix sociale. Nul doute qu'ils pourront atterrir en toute quiétude à gauche, auréolés de leur action de résistance.
Il n'y a pas de morale à cette histoire...

6 commentaires:

  1. Anonyme9:27 AM

    Comme je le disais précédemment, le problème vient surtout du fait d'une mainmise sans partage des médias "mainstream" par l'Etat ou une poignée de milliardaires et consortiums (https://www.cairn.info/revue-la-pensee-2016-1-page-17.htm#:~:text=Les%20m%C3%A9dias%2C%20en%20France%2C%20sont,de%20la%20classe%20des%20nantis).
    Il ne nous reste que... L'Humanité et La Croix :-)
    Bonne journée
    François

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pour les médias d'état, d'accord. Quant ceux des milliardaires comme le JDD et CNews, justement, ils résistent à la pensée "mainstream" me semble-t-il...

      Supprimer
  2. Anonyme11:45 AM

    En parlant de ça, vous ne trouvez pas ça paradoxal, vous, de trouver des milliardaires français si bien classés dans le classement des fortunes mondiales, pour un pays réputé "socialiste" (ou "socialisant") ?

    RépondreSupprimer
  3. Anonyme1:19 PM

    "Lequel est rituellement qualifié d'extrême, voire de facho par des gens qui n'en ont à l'évidence jamais lu un article ni même ouvert un numéro."

    Leurs unes sont, me semble-t-il, suffisamment éloquentes... :-)

    Là où je vous rejoins (un peu) c'est que nous sommes dans le "stéréo inverse" de l'époque Gaullienne de l'ORTF... Le pouvoir était de droite, la subversion à gauche. Puis sont arrivés mai 68 et son débouché politique de 1981 (en réalité, les choses avaient déjà commencé avec le libéral - et souvent bizarrement épargné à droite - VGE : avortement, "collège unique", regroupement familial...). A partir de là, la Gauche a assis son hégémonisme culturel et se sent désormais menacée par les réactions de la Droite. Sur certaines questions (féminisme, liberté sexuelle notamment), c'est même désormais la Gauche (ou une bonne partie de celle-ci) qui verse dans le puritanisme et la Droite qui joue l'ouverture et la liberté, un comble ! C'est souvent (toujours ?) comme ça, une révolution, on change de bourreaux. Jusqu'au prochain mouvement de balancier.

    François

    RépondreSupprimer
  4. Parfaitement en accord avec vous. Sauf sur les unes de VA que je ne trouve pas plus choquantes que celles de Libé. Pas de quoi fouetter un chat en tout cas ni refuser d'y jeter un oeil, ni démissionner par principe du JDD.

    RépondreSupprimer
  5. Anonyme8:22 AM

    Je me poile toujours lorsque la Droite se plaint que les Français d'origine immigrée (d'Afrique) votent massivement à gauche ou quand la Gauche s'irrite que les policiers votent massivement à droite... Comment une communauté ou un corps de métier pourraient-ils voter pour un camp qui s'échine à les dénigrer ? Un peu de logique, que diable...

    RépondreSupprimer