25 janvier 2023

Réformette qui rit qui pète

Il y a des réformes faciles à faire même s'il n'est pas besoin d'être grand clerc pour subodorer qu'elles sont insanes.
Passer l'âge de la retraite de 65 à 60 ans comme le fit François Mitterrand fait partie de celles-ci. Au moment où l'espérance de vie s'accroissait, il fallait être fou ou fort mal intentionné pour proposer cela, mais c’est évident, il n’y avait guère de risque de déplaire au peuple.
Facteur aggravant, lui et ses amis socialistes s'ingénièrent en parallèle à diminuer le temps de travail, à seule fin de satisfaire les espérances en forme d’illusions qu’ils avaient fait naître dans leur électorat. De 40 on est passé à 39 heures hebdomadaires puis à 35 avec la fameuse RTT de Jospin - Aubry - Strauss-Kahn.
Comme on pouvait le prévoir, aucun effet positif ne fut observé sur l’emploi. Le temps libre - pour lequel on créa même un ministère - augmenta certes, mais quant à celui restant pour le boulot, les cadences et la productivité horaire également. On ne fit en somme qu'exacerber dans l’esprit d’un nombre croissant de gens, dont beaucoup de jeunes, l’idée que le travail était une aliénation.

Ces mesures, abusivement qualifiées par leurs promoteurs “d'acquis sociaux”, s’avèrent très difficiles à remettre en cause lorsqu'on s'aperçoit de leur perniciosité. Comment convaincre les gens qu’on a bernés, qu'il leur faudra travailler plus et plus longtemps, après leur avoir garanti le contraire ?
Voilà pourquoi les réformateurs à la petite semaine, qui n'agissent qu'en fonction de leurs vils instincts démagogiques devraient rendre des comptes de leurs coupables agissements. Ce n'est jamais le cas hélas dans notre république aux allures de plus en plus bananières...

M. Macron, est en la matière, l’héritier malheureux de ses calamiteux prédécesseurs. On ne saurait le plaindre car il n’a pas peu contribué à aggraver la situation en dépensant tant et plus à chaque crise au nom du “quoi qu’il en coûte”. Il est acculé, en grande partie par sa faute, au fond d’un cul de sac, dont il n’est pas dit qu’il puisse sortir.
Pour une réformette, à peine un ajustement technique, il se trouve confronté à la possibilité d’un soulèvement populaire. Il est difficile de prédire l’ampleur et la violence du mécontentement, et tout aussi hypothétique de savoir comment son gouvernement réagira face aux grèves et blocages qui s’annoncent.
Quoi qu’il arrive, la réforme ne sera au mieux qu’un pis aller, passant largement à côté des exigences de la conjoncture, faute d’avoir abordé sans tabou la problématique d’un système par répartition, à bout de souffle. Dans quelques années tout au plus, il faudra remettre l’ouvrage sur le métier avec un peu plus de pragmatisme et de courage.
Si l’on suit la logique des partis de gauche, qui voudraient que perdure encore un peu l’illusion du système par répartition, il faudrait surtaxer les retraites des gens les plus aisés, c'est-à-dire supérieures à 2000 euros mensuels. Cela donne une idée de l’état de paupérisation de notre pays. D’autres suggèrent de racketter les propriétaires de leur logement, au motif qu’ils font l’économie d’un loyer ! On entend également dire qu’on pourrait augmenter encore les charges patronales sur les salaires. Pour madame Tondelier, chef.fe des pharisiens de la nouvelle religion écologiste, il faudrait même “une France sans milliardaires” !
Cette logique imbécile, dont on chercherait vainement le lien avec la protection de l’environnement, est déjà mise en œuvre depuis quelques décennies. Entre autres inepties, elle a conduit à voir que l’impôt sur le revenu n’est payé que par moins de la moitié des foyers et que 10% les plus aisés supportent 72% de la charge ! La France est devenue une machine infernale, faisant fuir massivement ses ressortissants fortunés, en même temps qu’elle importe à tour de bras des miséreux. Lorsqu’il n’y aura plus que des pauvres, qui donc paiera les délires égalitaires des sectateurs du Grand Soir ?

18 janvier 2023

Ludwig

Ce film est une splendeur. La restauration en haute définition, dans le format voulu par Luchino Visconti, lui rend pleinement justice.
Hormis quelques brefs moments marqués on ne sait trop pourquoi, par le passage inopiné en VO italienne, le rendu de l'œuvre est plus que jamais magnifié. Peut-être n’y a-t-il jamais eu de plus beau film au monde pour exprimer cette terrible et exigeante aspiration à la vérité profonde de l’Être. Jugé pourtant sévèrement lors de sa sortie, considéré comme trop long, mièvre, compassé, il fut même victime de la censure, pour sa prétendue immoralité. Il garde pourtant une fraîcheur étonnante et la magnificence du spectacle qu’il offre, fait de Visconti un réalisateur hors norme, dont la maîtrise esthétique et technique reste inégalée, sans doute pour longtemps

Près de 4 heures extatiques pour cette déchirante élégie dédiée à la beauté utopique et à une liberté inaccessible, incarnées par un prince fantasque, passionné, voire illuminé, mais très énigmatique y compris pour lui-même. "Venu trop tard dans un monde trop vieux", pour paraphraser Musset, il a voulu vivre son idéal sans rien concéder à la réalité lorsqu’elle lui répugnait.

A travers les paysages enneigés de Bavière, on chevauche à travers les rêves empanachés mais hélas terriblement vains de ce roi égaré dans le temps à la lisière séparant le monde ancien des temps modernes. Le règne de la technique et de l’industrie s'annonce à l’horizon, qui chassera bientôt l’esprit par la pointe impitoyable du progrès, noyant l’idéal dans le bien être matériel. La fuite en avant ne pouvait être que désespérée, mais d’un lyrisme poignant. Pris dans cette spirale tragique, Helmut Berger est Ludwig. Il habite le personnage avec une présence fascinante. Ce fut évidemment le rôle de sa vie. Romy Schneider est rayonnante en Sissi, plus vraie que nature, sensible au désarroi de son cousin mais trop réaliste pour l’accompagner dans ses frasques insensées. Les autres personnages, bien qu’esquissés constituent une galerie d’époque, parfaitement dépeinte. Mention spéciale pour Trevor Howard qui joue un Wagner très crédible mais fort peu sympathique. Tout le film est évidemment imprégné de sa musique, mais dans le genre intimiste plutôt qu'opératique. Mêlés à quelques thèmes schumanniens, les mélodies sont là pour illustrer le romantisme incurable du héros, notamment le thème emprunté à Tannhauser, O du, mein holder abendstern, qui revient régulièrement, comme une antienne enivrante. Émule du Roi Soleil, Ludwig finit, à l'instar du poète Novalis, par succomber au charme vénéneux des ténèbres. O toi, ma belle étoile du soir...
*Ludwig ou le crépuscule des dieux. Luchino Visconti. Édition bluray décembre 2022.

13 janvier 2023

In Memoriam Jeff Beck

Rarement on vit guitariste irradiant davantage sur scène que Jeff Beck (1944-2023). Bien que peu démonstratif en matière d’expression physique, et pas doué pour le chant, son jeu de guitare transcendait littéralement les capacités techniques de l’instrument.

Cet artiste excentrique, héros fondateur, avec Eric Clapton, du groupe mythique Yardbirds était unique en son genre.
Il n’avait pas son pareil pour déstructurer tout en les magnifiant les thèmes auxquels il s’attaquait, envoutant son public, le noyant pour ainsi dire sous un flot de divines harmonies. Ne cédant jamais à la facilité, il alternait avec talent les rythmes, les sonorités, peuplant de manière jubilatoire l’espace avec sa musique, souple, ample, tantôt grave, tantôt suraiguë, parfois fragile, parfois en équilibre instable, mais retombant toujours comme par magie sur ses pieds. Maître du vibrato, il en fit un instrument à part entière, imprimant de manière indélébile son style inimitable dans les oreilles de ceux qui eurent la chance de l'entendre ne serait-ce qu'une fois.

On peut se faire une idée de son art en écoutant son interprétation irénique du Nessun Dorma de Puccini, ou bien l’ensorcelant A Day In The Life, titre célébrissime de l’album Sergeant Peppers des Beatles. On peut écouter avec délectation sa version à l’hawaïenne, du fameux Apache des Shadows, ou encore celle transfigurée de Caroline No, popularisé autrefois par les Beach Boys. Citons aussi un concert génial qu’il donna au Ronnie Scott’s à Londres en 2007, durant lequel il montra sa maîtrise du Blues autant que du Jazz en accompagnant notamment les chanteuses Imogen Heap dans un Blanket ruisselant de feeling et Joss Stone dans une reprise très soul du fameux People Get Ready. Enfin, plus récemment,  Jeff se produisit en compagnie du groupe ZZ Top pour interpréter le torride Rough Boy.

Hélas ce mardi 10 Janvier, Jeff Beck, frappé par une maladie injuste et brutale, a lâché le manche de sa guitare pour rejoindre des cieux qu’on voudrait voir sans fin zébrés par l'éclat de ses riffs somptueux…

07 janvier 2023

Voeux blancs

On sait ce que valent les vœux et les belles résolutions. Il n’y a rien de plus illusoire. C’est beau comme de la neige au soleil, mais il n’en reste bientôt pas davantage qu’un scintillant souvenir…
M. Macron, dans son parcours obligé, sème à tout vent ses paroles lénifiantes.
Les soignants ont eu droit à ses attentions d’un jour et ont pu découvrir à cette occasion son nouveau plan destiné à remettre sur pied le système de santé.
Comme on pouvait hélas s’y attendre, rien ce qu’on pouvait redouter ne fut évité. M. Macron comme souvent passa très très loin du sujet.
Tout d’abord, la fameuse tarification à l’activité, symbole du libéralisme honni, et pourtant seul moyen équitable d'allouer les ressources, fut pointée sévèrement et même promise à une fin prochaine. A la place, une nouvelle machinerie est annoncée, ouvrant la voie nébuleuse à une «rémunération basée sur des objectifs de santé publique». Autrement dit, la porte est ouverte à de nouveaux outils de planification et de nouvelles strates administratives vont s'ajouter au monstre gestionnaire. Car comme le président de la république l’affirme avec son délicieux penchant pour tout et son contraire, il n’est pas question de délaisser "une part de rémunération à l'activité qui est tout à fait légitime"...
Le poids de l’administration n’est donc pas près de s’alléger. Pour preuve supplémentaire, plutôt que de raboter la chape bureaucratique qui asphyxie les cabinets médicaux de ville, les laboratoires, et les pharmacies, le chef de l’Etat veut simplement renforcer le dispositif absurde des assistants médicaux créé par lui-même il y a quelques mois et qui s’apparente un fiasco ! Ici encore, point de simplification en vue mais de nouvelles dépenses insensées à couvrir par l’Assurance Maladie…
Comme d’autres avant lui, M. Macron promet de s’attaquer à la calamiteuse Réduction du Temps de Travail et promet “une remise à plat de l’hyper-rigidité des 35H et des heures supplémentaires” avant le mois de juin. Belle promesse que dès le lendemain, son ministre de la santé s’est empressé de démentir en affirmant qu’il n’était pas question de revenir sur les 35h et que l'alambic des heures supplémentaires défiscalisées, loin d’être abandonné, serait dopé !
Pour donner un peu d’air et plus d’autonomie aux hôpitaux, le président propose un “tandem administratif-médecin”, mais sans remettre en cause à aucun moment l’imbroglio dantesque des pôles, départements, commissions, sous-commissions, ARS qui verrouillent toute initiative locale, et les empêchent ne serait-ce que de germer…
Alors que les déserts médicaux s’accroissent, que les délais pour obtenir le moindre rendez-vous médical deviennent monstrueux, M. Macron propose gentiment à “chacune et chacun” des 600.000 malades chroniques, rien moins ”qu’une équipe traitante” à leurs petits soins. Il n’est pas précisé d’où proviendront ces renforts… Il n’est pas davantage dit comment on trouvera les milliers d’infirmières supposées pourvoir les postes qui seront prochainement mis au recrutement un peu partout.
Quant aux rémunérations, dont l’insuffisance provoque  en ce moment même la grogne des médecins qui défilent dans la rue, elles vont être soumises «à un chantier sur la rémunération du travail de nuit»...

Pour être honnête et complet, il faut préciser que M. Macron a certes évoqué le renforcement des délégations d’actes du quotidien, “afin de décharger les médecins déjà trop sollicités”. Elles restent hélas à l’état embryonnaire, se limitant “à certaines vaccinations, certains certificats ou le renouvellement d’ordonnances pour des maladies chroniques”.
M. Macron a enfin abordé le problème de l’irresponsabilité des patients notamment lorsqu’ils n’honorent pas leurs rendez-vous. Sans remettre en cause un seul instant toutes les mesures qui ont conduit à cet état de fait, le Président de la République annonce qu’un «travail» va donc être lancé avec l’Assurance-maladie pour «mettre fin à cette irresponsabilité». Autrement dit, les vraies causes seront éludées et le tiers payant et le leurre de la gratuité des soins ont encore de beaux jours devant eux, et les files d’attente n’ont pas fini de s’allonger !

Les plans et réformes, à l’instar de ce qu’on connaît depuis des décennies, vont donc continuer de se succéder au rythme de leurs échecs, sur la même voie désastreuse de la centralisation bureaucratique, pilotée par l’Etat Providence. On peut même craindre le pire en entendant le Chef de l’Etat dire que cela ira “beaucoup plus vite et beaucoup plus fort” ! Lorsqu’un traitement est inefficace, l’augmentation des doses n’a jamais guéri un patient.
Les réactions à ces annonces sont plus que mitigées. Interrogé à la suite de la prestation présidentielle, un professeur de chirurgie marseillais a résumé la situation : "On n'est même pas au niveau de la rustine !"
Les Gilets Jaunes promettent de leur côté une nouvelle offensive. Les années passent, tout change pour que rien ne change, comme s’exclamait le fougueux et vain Tancrède dans le Guépard du regretté Visconti…