20 novembre 2012

A quand la fin du sommeil dogmatique ?

A l'heure où l'on apprend que l'agence Moody's dégrade à son tour la note de la France, le récent ouvrage de Nicolas Baverez, "Réveillez-vous !" trouve un nouvel écho, si cela était nécessaire.
Son diagnostic sur la situation de notre pays est tranchant comme une lame. Les saillies aiguës comme des dagues. Et le tableau, sombre comme un abîme...
Nicolas Baverez n'est certes pas un optimiste de nature. La période n'y incite pas de toute manière, et la solidité de son argumentation, la cohérence des analyses impressionnent. Mais il persiste dans le titre de l'ouvrage une once d'espoir, sous conditions. 
Même s'il paraît bien mince au regard du constat quasi désespéré, sur quoi repose-t-il ? Avant tout du bon sens, et du réalisme, ce qui n'exclut pas à certains endroits quelques menues contradictions...


Relativiser la mondialisation
Au rythme où vont les choses, Nicolas Baverez annonce que « La France quittera les dix premières puissances du monde à l'horizon 2030 ». Sans doute cela pourrait paraître excessif. Pourtant, contrairement à ce qu'on entend seriner lorsque est évoqué le modèle social français, rien n'est jamais acquis. L'Argentine figurait parmi les 10 premières puissances économiques du monde dans les années 1930, avant de faire faillite au début des années 2000.
A l'inverse, la Corée était un des pays les plus pauvres de la planète dans les années cinquante. Aujourd'hui sa seule partition du sud, soumise à l'horrible capitalisme, est dans ce peloton de tête !

En définitive, on peut s'étonner de voir la mondialisation si décriée, alors qu'elle lève les blocages, ouvre les frontières et abat les murailles. Elle laisse en somme sa chance à tous. A chacun de s'en saisir.
En attendant le point d'équilibre, on assiste évidemment à un gigantesque et un peu inquiétant tourbillon, un vaste système de vases communicants. Qu'en sortira-t-il ? D'ici 2050 la part de la Chine dans les échanges mondiaux pourrait progresser de 8,2 % 20,2, celle de l'Inde de 2,1% à 9,3%, celle de l'Afrique de 2,6 à 13%, celle de l'Amérique Latine de 7,7 à 7,9% tandis que celle de l'Europe passerait de 25 à 8,6% et celle des Etats-Unis de 26,5 à 10,3%... 
Dans un monde libre, les cartes sont rebattues sans cesse. Rien n'est jamais perdu, rien n'est jamais acquis. Après avoir été détruite par la guerre, divisée par l'impérialisme socialiste, l'Allemagne réunifiée et modernisée au terme d'énormes efforts, assume désormais seule le leadership de l'Europe...


La zone euro en danger
D'une manière générale, le constat fait par Nicolas Baverez dépasse largement le cadre de notre pays. Il concerne l'ensemble européen. Selon lui, « la zone Euro, extrêmement fragilisée, est devenue une menace majeure pour l'économie mondiale. Son éclatement pourrait conduire à une grande dépression, comparable à celle des années 1930. »
Plusieurs nations sont au bord du gouffre à l'heure actuelle, mais la France s'en rapproche dangereusement, et pourrait-on dire inéluctablement, eu égard à l'insouciance apparente des politiques menées par les dirigeants. En la matière, ils se suivent et se ressemblent...

La sottise des rengaines anti-capitalistes
Le fond du problème est que « La France et les Français se mentent à eux-mêmes ». Qu'elles soient de droite ou de gauche, les stratégies mises en œuvre par les Pouvoirs Publics, communient dans un même credo anti-libéral et anti-capitaliste: « A force de s'enivrer d'antilibéralisme, la France a perdu le goût et le sens de la liberté. La devise de la République a été pervertie. La liberté, que la France a contribué à inventer en 1789 est dénoncée comme contraire à l'égalité et ne cesse d'être laminée par l'étatisme. » Au plan de la politique économique, ce n'est pas mieux : « convertie au modèle du tax and spend qui a ruiné la Suède dans les années 80, elle s'achemine vers une faillite de grande ampleur. »
Face aux enjeux majeurs auxquels est confronté le pays, « La campagne présidentielle de 2012 n'a produit ni idée nouvelles, ni stratégie de sortie de crise ». Or en démocratie, on a les dirigeants qu'on mérite. C'est au peuple français dans son ensemble, que revient la faute « d'avoir congédié le réel pour mieux s'enfermer dans l'utopie et les mythes du passé »

Les médias y participent largement en colportant complaisamment des niaiseries qui semblent faire hélas consensus. On trouve dans l'ouvrage quelques exemple de cette désinformation plus ou moins consciente.
On nous dit souvent que les grandes entreprises, coupables de faire d'énormes bénéfices et de choyer leurs actionnaires, ne paieraient pas, ou quasi, d'impôts. Or, « en 2011, les groupes du CAC40 ont versé 40 milliards d'euros d'impôts contre 36 milliards de dividendes ! »
Combien de fois entend-on le couplet rabâchant que dans le monde cruel du capitalisme, les pauvres ne cessent de s'appauvrir tandis que les riches continuent de s'enrichir. Un seul exemple met à mal cette antienne fumeuse : « La Chine représente le quart de la croissance mondiale et a vu le niveau de vie de sa population passer de 278 à 6200 dollars par habitant depuis 1980. »
Mais comment faire sortir de leur surdité ceux qui ne veulent pas entendre et qui cherchent par pure idéologie, «à ranimer la lutte des classes.../... et miment les très riches heures des révolutions passées en s'inventant de nouveaux aristocrates à pendre à leurs lanternes ?»


L'ombre d'un doute
Le propos de Nicolas Baverez n'est toutefois pas exempt de cette curieuse tendance à la rétractation, lorsqu'il s'agit de plaider pour le modèle libéral, capitaliste. Il y comme une réticence à affirmer les thèses.
Alors que l'essentiel du discours consiste à flétrir l'Etat-Providence, notamment dans sa tendance à la bureaucratie et à la réglementation à tout va, l'auteur ne peut s'empêcher de fustiger dans le même temps « les mythes de l'auto-régulation du capitalisme, de la toute puissance des marchés... »
Au sujet des Etats-Unis, il s'attaque principalement à la « politique néo-conservatiste » qui aux yeux de quantité d'observateurs incarne justement le modèle capitaliste, et qui selon lui, aurait « sapé leur puissance au fil de 2 longs conflits enlisés, affaibli leur économie, miné la confiance des citoyens dans la Constitution et déligitimé leur leadership ». outre la contradiction, c'est faire peu de cas du mouvement des Tea Parties, réclamant justement le retour à l'esprit des Pères Fondateurs de cette constitution.


Perspectives
A la fin de son ouvrage, Nicolas Baverez esquisse quelques perspectives d'actions susceptibles d'inverser la tendance qu'il déplore. Il les décline selon trois axes qu'il qualifie de pactes.
Au titre du pacte productif, il réaffirme la nécessité pour la France de « faire le choix du capitalisme, car l'entreprise est la clé de la croissance, de l'emploi et de l'innovation, et donc de la puissance de l'Etat et de la souveraineté de la nation » Au passage, il enterre « le schéma keynésien d'une croissance tirée par des dépenses publiques financées par la dette »
Il insiste sur l'importance qu'il y a de maîtriser le coût du travail, donc de limiter le poids des charges sociales qui le plombe. Il considère notamment que le financement des allocations devrait relever de l'impôt (TVA ou CSG) et non des charges pesant sur l'entreprise. Le hic est qu'il ne s'appesantit guère sur l'accroissement des impôts que cela impliquerait pour les citoyens. Il n'y a pas non plus de réelle réflexion sur la nature de ces charges ni sur l'utilité réelle de ce qu'elle couvrent.

S'agissant du pacte social, où cet aspect des choses pourrait être évoqué, Baverez en reste à des principes très généraux. Il s'alarme de la centralisation et de la bureaucratisation extrêmes de l'Education Nationale, il remet même en cause l'autonomie des universités mise en œuvre par Nicolas Sarkozy car il la juge « fictive ». Mais il ne précise pas comment avancer (privatisation?)
S'agissant du système de santé, il en reste à un quasi statu quo : « La santé doit mêler une assurance obligatoire financée par les entreprises et des assurances complémentaires individuelles ». Quel est le changement avec la situation actuelle ? Quid d'une réforme de la Sécurité Sociale ?
Même constat au sujet du système des retraites pour lequel il envisage de manière évasive «une part obligatoire financée par les charges sur les salaires, et une retraite par point »
Enfin, il regrette la balkanisation de la société (5,2 millions d'immigrés et l'éclosion des cimmunautarismes : un défi qu'il juge comparable à la réunification allemande), mais il n'est pas très précis lorsqu'il s'agit de repenser les politiques de solidarité...

Enfin, le pacte citoyen et le pacte européen n'apparaissent pas beaucoup plus décisifs.
L'auteur insiste sur le rôle essentiel du citoyen, en prenant les exemples de la mobilisation de la nation allemande lors de la réunification, ou du peuple japonais après la catastrophe de Fukushima.
Mais lorsqu'il s'agit de la mise en œuvre, ce sont soit des mesures ponctuelles abruptes, soit des principes dénués de logique pratique. Il faut dire que la tâche est immense vu l'interprétation très particulière, presque intégralement étatisée, qu'ont les Français de la responsabilité citoyenne.
Faute de mieux, il propose ainsi en matière d'organisation territoriale, « la suppression des départements » qui à ses yeux « n'est plus une option mais une obligation ». Hélas, il n'inscrit pas cette mesure dans une vision plus générale, qui lui eut donné une vrai sens et une vraie cohérence.
Lorsqu'il en arrive à l'échelon européen, bien qu'il alerte sur le danger et le paradoxe d'une déconstruction de l'union européenne, il se borne à nous redire que « l'euro est confronté au choix entre le fédéralisme et l'éclatement .» Le sujet aurait pourtant mérité de plus amples développements...
J'ai noté à cette occasion, deux autres exemples du syndrome de Pénélope, consistant à défaire la nuit ce qu'on tisse le jour. Mais autant il est aisé de comprendre ce qui poussait l'épouse d'Ulysse, autant il paraît difficile de suivre ceux qui se livrent à l'exercice lorsqu'il s'agit de démonstration intellectuelle.
Ainsi Nicolas Baverez, qui fustige le caractère massif des prélèvements obligatoires, accepte tout à coup en matière de fiscalité « des niveaux confiscatoires », à condition « que la situation soit provisoire et que la totalité des nouveaux prélèvements soit affectée au désendettement. » Serait-il naïf ou bien inconséquent ?
Autre incongruité, il revendique « une conception de la liberté modérée et pluraliste, mais qui soit différente du modèle américain, régulièrement menacé par la démesure ». Encore faudrait-il qu'il précise comment on peut concilier la modération et le pluralisme, en quoi la liberté qui règne en Amérique s'apparente à de la démesure, et en quoi cette démesure est néfaste...

En bref, si un ardent défenseur du libéralisme peut rester un peu sur sa faim, il n'empêche que cet ouvrage qui se veut davantage analyse que pamphlet, a de quoi ébranler. Et à défaut de proposer des solutions très concrètes, il suggère qu'on se tourne enfin vers d'autres perspectives que celles éculées, suivies depuis des décennies. De ce point de vue, le propos relève plus de l'optimisme que du désespoir. Son titre le dit mieux qu'un long discours. Rien n'est sans doute définitivement perdu mais le temps presse !
Parmi les citations qui viennent le plus naturellement à l'appui de la thèse, qu'il soit permis de terminer avec celle de Benjamin Franklin, recommandant à qui veut l'entendre, de ne pas galvauder la liberté et qui reste parfaitement d'actualité :« Celui qui sacrifie une liberté essentielle à une sécurité aléatoire et éphémère ne mérite ni la liberté, ni la sécurité... » Espérons qu'elle ne résonne pas comme un glas étant donné l'état des mentalités.

16 novembre 2012

Le règne des Pinocchio

L'avantage, lorsqu'on n'a pas de convictions, est qu'on peut en changer comme de chemise, voire dire sans gêne, tout et son contraire en fonction du contexte, ou bien du temps qu'il fait...
Lorsque ce genre d'inconstance caractérise un esprit enclin à la démagogie, ça donne l'homo politicus à la française, social-démocrate voire socialiste tout court.

Depuis quelques six mois maintenant, les nouveaux gouvernants dont s'est doté le pays, à l'occasion d'un funeste moment d'égarement, incarnent à tel point cette versatilité, que cela confine au guignolesque. Ou plutôt au tragi-comique.
On ne sait s'il faut en rire ou en pleurer...
Le pire est qu'on serait presque tenté de s'apitoyer du navrant spectacle donné par ces malheureux politiciens au sourire béat, confrontés à l'implacable brutalité des faits et aux dures réalités de terrain. Avaient-ils imaginé ce qui les attendait ? On espère que oui, et pourtant l'insolente fatuité qu'ils affichaient avant de parvenir au Pouvoir, leur arrogance vis à vis de leurs adversaires, et leurs auto-congratulations anticipées tendent à prouver le contraire !

A gauche on a toujours eu tendance à penser que les faits devaient se plier aux idées et non l'inverse. Et puisque ces gens ont des théories toutes faites sur tout, ils imaginent que les problèmes doivent se résoudre comme par magie, rien qu'en soufflant dessus, avec leur grosse machinerie législative, bien huilée par les bonnes intentions et les grands principes. Hélas pour eux, ça ne fonctionne jamais comme ils l'avaient prévu ! Il y a toujours à un moment donné, un rouage qui se grippe, voire plusieurs, voire tous. Parfois, ils s'obstinent, et même de manière délirante. Ils se font alors un devoir d'éliminer tout ce qui entrave la voie lumineuse vers le progrès, sur laquelle ils ont la prétention de mener l'humanité : biens matériels, nature, animaux, êtres humains... Tout peut y passer, pourvu que le cap idéologique soit tenu. Ça se termine invariablement en hécatombe, en ruine ou en désastre...
D'autres hésitent à proclamer le Grand Soir, ou bien la Solution Finale. Est-ce un retour à la raison qui prévaut alors, ou bien la couardise devant l'épreuve, on ne saurait dire. Du coup, c'est la débandade dans les cervelles. Comment avouer qu'on s'est trompé ? Comment dire au peuple que le chemin ne mène à rien ?
Une seule solution : mettre de l'eau dans son vin. Autrement dit, du capitalisme dans le socialisme. Naturellement, les bougres déconfits voudraient bien diluer le moins possible la potion originelle. Ne serait-ce que pour éviter de passer pour des branquignols ou bien des renégats à la cause. Mais en temps de crise, on n'a pas toujours le choix...

Faut-il donc se féliciter que M. Hollande, plongé dans le grand bain du « Monde pour de vrai », joue plus que jamais les Pinocchio, racontant un peu tout et son contraire pour essayer de sauver une mise bien mal partie dès le départ ? C'est peu de dire qu'il se répand en mensonges et en revirements. Un jour il nous chante l'air de la Marquise, affirmant que la crise est presque finie, un autre, il reconnaît l'avoir sous-estimée. Un jour il affirme que rien ne fera fléchir sa détermination face au traité budgétaire européen et à la règle d'or, dont il dit pis que pendre; le lendemain, il supplie ses partisans interloqués de les voter massivement ! Un jour il clame les vertus de l'Etat omnipotent, le lendemain, il convient piteusement que dévorant 56% du PIB, il est devenu un fardeau insupportable pour la Nation. Il devait pourtant en savoir quelque chose, car la part principale de la charge est représentée par les collectivités locales, qu'il détient depuis des lustres avec ses amis, en quasi totalité !
Un jour il insulte les entrepreneurs et les gens fortunés, dont il dénonce la cupidité et le manque de patriotisme. Il leur promet que les foudres fiscales s’abattront sans pitié sur leurs têtes, et juste après avoir commencé de les assommer, il se met à les flagorner servilement, dépêche même un ministre qu'il déguise en marin d'eau douce, pour leur porter secours, et sur la fois d'un rapport administratif, leur promet soudain 20 milliards d'allègement de charges (tout en réhabilitant au passage le projet de TVA sociale qu'il trouvait si injuste) ! Tout à coup, il se met à prôner la compétitivité, alors qu'il s'agissait il y a quelques mois encore d'un mot imprononçable par toute bouche socialiste.
N'en doutons pas, d'ici quelques semaines, il va nous donner des leçons de libéralisme ! Il entrouvre déjà la porte à la renégociation de la loi sur les 35 heures, vante l'industrie nucléaire à laquelle il voulait mettre fin dans les plus brefs délais, et ouvre la perspective de l'exploitation du gaz de schiste !

Pendant ce temps, ses affidés décontenancés hésitent sur la posture à prendre. Le camarade Mélenchon, les Ecologistes, les Syndicats réunis et toute la compagnie, limitent l'expression de leur mécontentement à quelques ruades assez dérisoires. Comme ça part dans tous les sens, sans vraiment bouger, ils ne savent sans doute pas trop où donner de la tête. En attendant, ils bouffent du chapeau et avalent des couleuvres longues comme le bras !


Terrible dilemme en tout cas pour les personnes éprises de pragmatisme : faut-il se délecter des atermoiements des pontifes intolérants qui vous traînaient hier dans la boue, ou bien se satisfaire de les voir lorgner vers le bercail de la Liberté, comme des brebis effarées, découvrant enfin la méchante inanité du pandemonium collectiviste ?
Faut-il se réjouir de cette ambiance suspendue, erratique, irréelle, mais en apparence un peu moins folle que ce qu'on pouvait craindre ? Aujourd'hui même, le magazine The Economist alerte pour la troisième fois, sur la bombe à retardement que représente la France pour l'Europe. Fasse le ciel que cette étrange accalmie ne soit pas le signe avant-coureur d'un cyclone !

14 novembre 2012

En un combat douteux

L'affrontement auquel se livrent Jean-François Copé et François Fillon pour prendre la tête de l'UMP, est assommant, tant il dure. Mais il manque surtout d'intérêt.
Les quelques piques et saillies dont se gratifient depuis des semaines les deux protagonistes de ce douteux combat, parviennent difficilement à masquer le peu d'audace et l'absence de perspective originale de leurs programmes respectifs.
Le débat qui était censé les départager a permis de mesurer la pusillanimité des candidats à propos de trois questions cruciales, révélant qu'en définitive rien ne les sépare vraiment, et que rien de très novateur ne peut être espéré de la politique qu'ils souhaitent mettre en œuvre :

Face à la problématique de la funeste loi sur les 35 heures (RTT), autour de laquelle toute la classe politique tourne en rond depuis sa création en 2000, ni Copé ni Fillon ne laissent espérer mieux que la timide et fugace défiscalisation des heures supplémentaires. François Fillon plaide mollement pour la disparition pure et simple des réglementations sur le temps de travail. Mais après cinq années passées à la tête du gouvernement, le moins qu'on puisse dire, est qu'il n'est pas crédible ! Quant à Copé, il n'évoque que des arrangements en forme de tarabiscotage.
Qui aura donc le courage de revenir sur cette pure imbécillité socialiste, ce succédané d'acquis social que 64% des salariés seraient à ce jour prêts à remettre en cause ? Sans doute faudra-t-il attendre que la Gauche elle-même, au terme de moult reniements, finisse par l'enterrer...

Plus grave et plus révélateur de la résignation des deux débatteurs (et d'ailleurs de la plupart des politiciens de notre pays englué dans les principes), l'abrogation de l'Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) n'est décidément pas à l'ordre du jour. Qualifié pourtant d'un commun accord de dispositif totalement absurde et contre-productif, ils n'en n'avouent pas moins leur impuissance à le remettre en cause. Ce qui en dit long sur la force de leurs convictions et leur courage en matière de réforme de fond...

S'agissant de leur positionnement vis à vis du Front National (FN), ils en restent à de prudes et torves dénégations. Leur discours a beau évoquer « une Droite forte », voire « décomplexée », et faire des appels plus ou moins appuyés aux électeurs de Marine Le Pen, ils se défendent avec la dernière énergie, d'envisager le moindre rapprochement avec le parti qu'elle anime.
Cette attitude qui témoigne d'une intolérance absolue, est avant tout anti-démocratique. Elle ostracise en effet le FN qui se voit condamné à rester à part, et elle contribue à la radicalisation des opinions qu'il véhicule. Au surplus, elle est suicidaire en terme stratégique. Elle a pour l'heure abouti, par son rejet systématique d'une fraction de l'électorat, à ce que la Droite perde la quasi totalité des régions, la grande majorité des grandes villes, et elle interdit à une formation qui représente près de 20% de la population, toute représentation au Parlement. Elle oblige enfin les représentants de la droite classique, à des contorsions de langage ridicules et hypocrites, qui ne trompent personne mais en irritent plus d'un.
Bien qu'on puisse avoir de profondes divergences avec le Front National, elles ne seront jamais aussi scandaleuses que celles qui devraient opposer le Parti Socialiste à ses alliés de l'extrême gauche la plus sectaire et arrogante, dont certains osent encore se réclamer en toute impunité, de cette abomination qu'est le communisme !

Bref, avec de pareils leaders, notre malheureux pays a bien peu de chances avant longtemps, de voir rebattues les cartes du jeu politique. Et il est à craindre que nous n'ayons pas fini de devoir ingurgiter, faute de mieux, l'infâme soupe socialiste...

10 novembre 2012

Sourires dévastateurs

Les maîtres-penseurs de l'intelligentsia peuvent fêter la victoire de Barack Obama et les bellâtres du Show Biz se goberger, après avoir battu la campagne frénétiquement à son profit pendant des mois. Leur idole ne quittera pas la Maison Blanche. Et leur bête noire, Mitt Romney l'a dans les gencives !
C'est donc reparti pour 4 ans.
Sur la forme rien à redire : M. Obama est un séducteur né. Il a la silhouette gracile d'une « gravure de mode » comme dirait ma chère maman, il a de la prestance et du charisme. Son sourire est une vraie publicité pour les dentifrices et autres cures de blanchiment des dents. Il parle bien et sait manier l'humour avec dextérité pour conquérir les foules versatiles. Grâce à ces atouts médiatiques, son bilan n'a somme toute pas trop pesé sur l'Opinion Publique. Le trompeur Yes We Can a bien vite été oublié par l'inconstance populaire.
Si l'on était peu convaincu au départ, on pourrait certes reconnaître à M. Obama quelques mérites. Se réjouir par exemple du retour de la croissance qui vient de s'amorcer aux USA, en même temps qu'une réduction du déficit commercial. Encore timide mais largement supérieur à toutes les espérances en Europe. On pourrait s'ébaudir de la bonne santé éclatante de Wall Street qui a vu le Dow Jones passer de 8500 points fin 2008 à près de 13000 aujourd'hui. On pourrait être heureux que le président ait renoncé à trop augmenter la pression fiscale, conservant notamment les allègements décidés par George W. Bush. On pourrait le féliciter d'avoir veillé à la bonne santé des banques, notamment celle du géant Goldman Sachs à l'égard de laquelle il ordonna il y a quelques mois l'abandon de toute poursuite pénale relative à la crise des subprime... On pourrait lui rendre grâce d'avoir sauvé la filière automobile en tirant d'affaire quelques grands trusts, notamment Chrysler, General Motors... On pourrait enfin lui tresser des lauriers pour avoir optimisé la facture énergétique américaine en laissant libre cours aux forages extrayant du pétrole et du gaz de schiste...

Mais paradoxalement, ces bons points, plutôt qu'égayer ses supporters, progressistes, alter-mondialistes, écologistes et autres bien pensants, devraient les faire enrager. Ce n'est pas vraiment ça qu'ils espéraient de celui en qui ils voyaient naïvement un messie. D'autant plus que ce qu'ils attendaient tarde à se concrétiser.
Il n'y a rien de nouveau sur le front des ponts-aux-ânes sociaux tels que peine de mort, vente libre des armes, réduction de l'émission de gaz à effet de serre... Même sa réforme du système de santé peine à convaincre. A la fois trop audacieuse et pas assez, elle pourrait ne pas faire mieux que celle entreprise par le Gouverneur Romney dans le Massachusetts en 2006 (déresponsabilisation, couverture incomplète, augmentation des coûts pour tous les assurés et pour l'Etat, listes d'attentes...).
Mais plus grave, le mandat qui s'achève est marqué par un appauvrissement massif du pays. Quarante-sept millions d'Américains dépendent à ce jour de l'aide alimentaire (contre moins de 30 en 2008). Les plans de relance ont plombé la dette fédérale, qui a augmenté de manière délirante, dépassant allègrement les 100% du PIB. Elle est passée de 10.000 à 15.000 milliards de dollars, soit une progression de 4 milliards de dollars par jour pendant 4 ans ! Parallèlement le chômage en dépit d'une embellie de dernière minute, sujette à controverse, n'a cessé de progresser pour plafonner autour de 8%. Facteur aggravant, le délai moyen pour retrouver du travail s'allonge de manière dramatique (40 semaines, alors que la durée d'indemnisation aux USA n'excède pas 27).
Passons sur la politique internationale. Si certains sont heureux du déclin de l'influence américaine qui s'accélère, d'autres peuvent légitimement s'inquiéter de cette présidence en apparence indifférente au monde, qui parle fort, mais dans les faits, prône le repli ou bien l'inaction. Le passé a montré si souvent que les absences de l'Amérique avaient des conséquences graves. Lorsque le chat n'est pas là, les souris dansent...

En bref, le Président a été réélu essentiellement parce que sa séduction opère toujours auprès d'une clientèle rêveuse, plus exigeante sur le beau parler et les bonnes intentions, que sur l'action concrète et l'esprit pratique. Ce nouveau mandat sera-t-il différent ? L'expérience lui aura-t-elle apporté le pragmatisme ? Ou bien au contraire, tirera-t-il de ce succès un peu inespéré, la raison de se montrer encore plus idéologue ?
Le système américain est ainsi fait que la brièveté des mandats et les contre pouvoirs, pondèrent l'action du chef de l'Etat. Les citoyens n'ont pas donné à M. Obama carte blanche. Il devra cohabiter comme il le fait depuis 2 ans, avec une chambre des représentants hostile. Ce contexte sera-t-il propice à l'émergence d'un consensus efficace en période difficile ?
Les premières perspectives ne sont pas très réjouissantes. Elu par des minorités, le Président risque de continuer à les flatter. Un chiffre issu du dernier scrutin interroge. Les Noirs ont voté à 93% pour Obama (CNN New York Time). Ne s'agit-il pas d'un signe inquiétant de dislocation partisane de la communauté nationale ? Que dirait-on si 93% des Blancs avaient voté pour Romney ?
Comme beaucoup de soi-disant « progressistes », Obama fonde une bonne part de sa stratégie sur une démagogie dangereuse, consistant à nourrir les illusions, en agitant de beaux, mais creux idéaux. Derrière l'emphase et les rengaines, il n'hésite hélas pas à diviser et à montrer du doigt les boucs émissaires. Avant de faire la paix avec elles, il traita les banques de Fat Cat Bankers. Il dénigra la richesse personnelle du candidat Romney. Aujourd'hui même, il annonce qu'il faut taxer davantage les riches pour éponger les déficits accumulés par son administration. On croirait entendre du Hollande...

Un des constats de cette élection, est que les USA semblent tendre toujours plus vers le modèle de l'Etat-Providence, et donc à s'éloigner de celui de la Société Ouverte. Les réformes entreprises ont presque toutes ce caractère définitif et fermé, qui effraie ceux qui restent attachés envers et contre tout à l'Esprit de Liberté. Les Tea Parties, qui portaient un espoir de retour aux sources des Pères Fondateurs semblent un peu en recul par les temps qui courent. L'avenir est-il encore à un vrai monde libre ?

03 novembre 2012

Les perroquets de la pensée unique

Lorsqu'un Libéral se trouve confronté au tribunal des Bien-Pensants, il n'a d'autre alternative que de ferrailler dos au mur, seul contre tous. C'est la mésaventure qui est arrivée à Charles Beigbeder le 27/10/12 dans le talk show animé par Laurent Ruquier sur France 2 : « On n'est pas couché ».
Le malheureux dut subir le feu roulant de la mitraille des deux chroniqueurs de service, Aymeric Caron et Natacha Polony, qui n'ont pas ménagé leurs efforts pour sortir à son encontre, tous les clichés, tous les lieux-communs habituellement véhiculés par les hordes anti-libérales. C'est dans ce genre d'exercice, qu'on mesure l'efficacité de la télévision pour propager les idées les plus superficielles, les jugements à l'emporte pièce, et les opinions les plus grégaires !
Pour la victime propitiatoire de cette corrida de salon, comment se faire entendre, sachant que l'animateur lui-même est partisan, ainsi que la quasi-totalité des invités, parmi lesquels on comptait ce jour là, le fils à Bedos et la fille à Mitterrand ! Sans compter le public, qui se croyait obligé de ponctuer d'applaudissements imbéciles chaque banderille plantée sur un dos décidément très large.
C'est qu'on n'hésita pas à coller au libéralisme que M. Beigbeder était venu défendre, tous les malheurs, et toutes les turpitudes du monde.
D'emblée, et selon la bonne vieille dialectique, M. Caron fit mine de s'étonner qu'on puisse se réclamer de Milton Friedman, de Reagan, et de Thatcher alors même que ce sont les recettes qu'ils préconisaient qui auraient amené la crise et notamment les malversations "des banques qui ont trafiqué, volé, menti..."

L'amalgame étant fait, il est très difficile de s'en extraire. Il faudrait pour cela avoir le temps de reprendre une à une les causes de la crise pour démontrer qu'elles ne sont pas là où certains voudraient qu'elles soient, et plus difficile encore, contredire posément l'adage qui veut que les banques soient par nature, malhonnêtes. Cela relève de la gageure dans le contexte...
M. Beigbeder ne s'en est pas trop mal sorti. Il esquissa une auto-critique en reconnaissant quelques défaillances, mais en déniant le droit de s'en servir pour condamner tout un système. Et il retourna la question en demandant à ses interlocuteurs s'ils en connaissaient un autre qui puisse garantir autant de réussite et prospérité que le capitalisme. Sans obtenir de réponse évidemment...

Mme Polony utilisa quant à elle l'argument éculé selon lequel le libéralisme des Lumières se serait fourvoyé dans une sorte de néolibéralisme pour ne pas dire d'ultralibéralisme, qui a abouti à « la dérégulation et à la négation des entrepreneurs ». Il faut croire qu'elle n'a lu ni Say, ni Bastiat, ni même Adam Smith ou Tocqueville, car elle saurait combien leurs théories sont plus actuelles que jamais !
Même méconnaissance de l'esprit de liberté lorsqu'elle affirma que l'éducation doit figurer au rang des missions régaliennes de l'Etat. Ce qui lui fit condamner la proposition de mettre en place des « chèques éducation » dans lesquels elle décrivit un système menant tout droit à « l'explosion de l'Education Nationale et à la fin de la communauté nationale à l'individualisme pur. » Rappelons qu'il s'agit d'aides de l'Etat, permettant aux parents de mettre leurs enfants dans l'école de leur choix, en vigueur aux USA sous le nom de vouchers. Il est aisé de se rendre compte, à condition de n'être pas trop aveuglé par les a priori, qu'en Amérique, la communauté nationale et l'ascenseur social fonctionnent nettement moins mal qu'en France...

Ce furent ensuite les couplets classiques sur la prétendue injustice sociale des idées libérales. S'insurgeant qu'on puisse remettre en cause le système des logements sociaux, pourtant perverti par les abus, M. Caron préconisa la vieille et illusoire recette du blocage général du prix de l'immobilier. Sans se demander si cela donnerait plus de toits à ceux qui en cherchent désespérément...
Puis il répandit de belles larmes de crocodile au sujet des 3 millions de chômeurs en demandant à l'invité si selon lui, il s'agissait « d'assistés », et si l'on pouvait comme lui, dire qu'ils étaient « dorlotés » par le système actuel de protection sociale ?
M. Beigbeder n'eut pas la présence d'esprit de lui rétorquer qu'on pourrait surtout s'interroger sur l'efficacité d'un modèle social, généreux en prestations (au prix d'un endettement insensé), mais incapable d'enrayer le mal à sa source.
Il évoqua le modèle danois qui plafonne à 2000 euros les indemnités chômage, sans emporter la conviction de ses interlocuteurs. Peut-être font-ils partie de ceux qui seraient pénalisés...

Lorsque Charles Beigbeder défendit la réconciliation du monde des entreprises et des citoyens, ou lorsqu'il justifia par la prise de risque, la fronde des entrepreneurs vis à vis des projets de supertaxation des plus-values de cessions, il se vit opposer le cas du PDG de PSA qui « continue à percevoir des royalties, alors que l'entreprise va mal, tandis que l'ouvrier qui fait son travail se trouve licencié parce que le groupe l'a décidé et ce, même s'il fait des bénéfices. » Argumentation typiquement mélenchonesque qui mélange avec délectation des choses qui n'ont rien à voir entre elles, mais dont le fondement reste la lutte des classes, et la haine primaire du « nanti ».
On retrouva enfin la sale manie consistant à jeter par principe l'opprobre sur tout ce qui est profitable, dans les torves insinuations que fit M. Caron à propos de la gestion de terres agricoles en Argentine et en Ukraine, dans laquelle s'est lancé Charles Beigbeder. Il n'y alla pas avec le dos de la cuiller, accusant ce dernier de spéculer sans scrupule, même sur les denrées alimentaires. Et pour appuyer son propos, de citer « des ONG », selon lesquelles cette pratique serait responsable de la flambée des prix et même de disettes... Encore une fois, montrer l'inanité de propos aussi caricaturaux est quasi impossible, sous les tirs croisés incessants en provenance d'interlocuteurs aussi bornés que partisans, et dans le peu de temps laissé pour la réponse. Ce qui devait être un entretien, tourna au procès en sorcellerie.

Un des plus jolis moments fut toutefois l'évocation de l'élection présidentielle américaine, notamment lorsque Beigbeder osa révéler qu'il souhaitait la victoire de Mitt Romney. Il fallait voir les yeux s’écarquiller et la stupéfaction goguenarde de l'ensemble du plateau devant tant d'impertinence ! Un tel spectacle sans nuance devrait effrayer toute personne un tant soit peu éprise de démocratie, mais il n'avait en définitive rien d'étonnant, dans un pays aussi éloigné des réalités que la France, où selon un sondage, à peine 5% des gens voteraient pour le candidat républicain... 
Faut-il en rire, faut-il en pleurer ?

26 octobre 2012

Le Grand Manichéisme

C'est un fait connu. En France on a les idées bien arrêtées au sujet des Etats-Unis et tout particulièrement à propos de leur système politique. Tellement arrêtées d'ailleurs, qu'elles semblent pétrifiées, incapables pour tout dire de la moindre évolution (un vrai os dans la théorie de Darwin).

Depuis des lustres en effet, un étrange glacis intellectuel englue les esprits, qu'on pourrait schématiquement qualifier d'aversion primaire et irréductible pour tout ce qui vient du monde Yankee.
Tout y passe dans cette affolante détestation . Citons pêle-mêle : Wall Street, les habitudes alimentaires, le système de santé, celui des retraites, les OGM, la peine de mort, la vente libre d'armes, les convictions religieuses, le racisme, les lobbies pétroliers, les gaz à effets de serre, le bœuf aux hormones, l'impérialisme culturel, le bellicisme, et en définitive tout ce qui fait l'american way of life...
Tout cela est jeté aux orties sans la moindre retenue, témoignant d'une méconnaissance hallucinante de ce qui fait la richesse de cette nation, et d'un parti-pris grégaire qui ferait honte aux moutons de Panurge. Jean-François Revel (1924-2006) avait magnifiquement traité ce thème dans un ouvrage décapant, qui hélas n'a pas pris une ride (L'obsession anti-américaine).

Le comble est habituellement atteint lorsqu'on aborde le champ de la politique. Dans l'ensemble les gougnafiers à œillères jugent le système US, par nature inique, corrompu, imbécile, voire anti-démocratique, et j'en passe... Les pires injures étant réservées en général aux personnalités osant se réclamer de l'idéologie libérale ou du capitalisme, et en particulier à celles ayant le malheur d'appartenir au Parti Républicain. On a vu cette propension portée jusqu'à l'hystérie pour évoquer les personnes de Ronald Reagan et George W. Bush. Inutile alors de tenter de faire pénétrer le moindre fait positif dans les cervelles, même en apparence douées de raison, au sujet de ces deux présidents. Ils sont maudits au moins jusqu'à la septième génération !
Par opposition les gens du camp opposé dit « démocrate », sont auréolés d'une sorte de grâce nébuleuse. Tout ou presque leur est pardonné car dans l'imaginaire franchouillard, ils représentent peu ou prou l'idéal intouchable du progressisme de gauche. Il est de bon ton pour les prétendus intellectuels, et les soi-disant artistes de déclarer leur sympathie pour les dignes représentants du parti à l'âne. Le sommet de cette exaltation a culminé lors de l'élection en 2008 du quasi-messie Obama.
Nul doute que certains lecteurs me taxeront d'extrémisme. Pourtant les faits sont là, et ils sont têtus comme disait le camarade Vladimir Illitch... Et aujourd'hui encore, même si le soufflet du Yes We Can est assez piteusement retombé, le culte est encore vivace. Assez pour que les grands prêtres de la Pensée Correcte recommencent leurs litanies à sens unique.
Deux exemples suffiront me semble-t-il à donner la mesure de ce manichéisme insensé.
Le Nouvel Observateur faisait tout récemment sa couverture en évoquant « l'Amérique qu'on aime et celle qui nous fait peur » illustrée comme par hasard des portraits de Barack Obama et de Mitt Romney ! Pour des gens qui reprochent habituellement à leurs adversaires d'instrumentaliser les peurs, chapeau !
A l'intérieur du canard de la cuistrerie bien-pensante, figurait un article d'un certain Philippe Boulet Gercourt assénant le message à coup de massue, en décrivant notamment : « L'Amérique des crésus contre celle des pauvres, l'Amérique d'Obama contre celle qui le vomit. L'Amérique tolérante, bigarrée, ouverte au mariage gay, contre celle de l'obscurantisme et du puritanisme religieux. » 
 
Dans le même temps, le journal Le Monde sortait une édition spéciale consacrée à l'élection américaine intitulée tout simplement "L'Amérique d'Obama". Sans doute le Comité de Rédaction a-t-il trouvé superflu d'évoquer ne serait-ce que l'existence d'une opposition...

Celle-ci est d'ailleurs littéralement éviscérée par les révélations de deux « chercheurs » Thomas Mann et Norman Ornstein, qui expliquent doctement que « La vie politique américaine est marquée par une crispation partisane contraire à l'intérêt du pays », assurant « que les dysfonctionnements du système politique sont provoqués par l'évolution du Parti républicain, qui a complètement dérivé à droite dans son refus d'admettre qu'Obama exerce le pouvoir. »
Le seul titre de leur ouvrage, en dit plus long qu'un discours, tant il exprime de nuance et d'impartialité : "C'est même pire qu'il n'y paraît"...

Avec une Presse et une littérature aussi indépendantes, aussi clairvoyantes, aussi mesurées, aussi ouvertes d'esprit, les Français sont assurés d'être bien éclairés !

23 octobre 2012

Le gouvernement s'amuse


A défaut d'efficacité, on peut reconnaître au gouvernement un certain sens de l'humour. Assez spécial, il est vrai, car il cultive la contradiction et le paradoxe à tel point, qu'on serait tenté de penser qu'il relève davantage de l'acte manqué que de l'esprit d'à propos...
A tout seigneur, tout honneur, rendons hommage à François Hollande qui déclarait il y a quelques jours que nous étions "tout près de la sortie crise". Au moment même où le FMI revoyait à la baisse ses prévisions de croissance, au moment où les plans sociaux se multiplient dans le pays, et où l'horizon européen n'a jamais été aussi sombre, il fallait quand même oser ! A moins que le chef de l'Etat n'ait à l'esprit, une acception très particulière de la "sortie". Un peu dans la lignée de cet inénarrable leader qui se vantait : "l'an dernier nous étions au bord gouffre mais depuis, nous avons fait grand pas en avant..."

Juste après cette aimable diversion dans la morosité, vient l'initiative désopilante du ministre du Redressement Productif Arnaud Montebourg, consistant à poser en couverture du Parisien Magazine, sur fond tricolore, affublé d'une marinière, et une cafetière électrique à la main, pour faire de "la réclame" aux produits made in France.
Faut-il qu'il soit démuni ou bien totalement largué pour en être réduit à recourir à des subterfuges aussi clownesques.
Evidemment, il avait bien prévenu qu'il tenterait tout pour relancer l'industrie française. Probablement pense-t-il qu’au point où nous sommes rendus, le risque de se couvrir encore un peu plus de ridicule ne doit pas arrêter l’élan...

Pendant ce temps Vincent Peillon, ci-devant ministre de l'éducation Nationale, en profitait pour réintroduire avec un sérieux à la Buster Keaton, le débat sur la dépénalisation du cannabis, en insistant même sur le retard pris par notre pays par rapport à nombre d’autres.
Là aussi, il fallait être culotté ou inconséquent pour remettre sur le tapis une question écartée une première fois par François Hollande pendant la campagne présidentielle, et une seconde par le premier ministre, quelque semaines à peine après l’installation du gouvernement, en réponse à une brillante initiative de Cécile Duflot.
Le trait est d’autant plus saillant que le même Peillon, revendiquait il y a peu un retour de la morale dans les écoles ! Lui qui n'avait pas de mots assez durs pour fustiger la manière dont Nicolas Sarkozy avait "cassé" l'éducation, se disait donc prêt à laisser libre cours aux dépravations haschischines dans les collèges et les Lycées, sans toucher au fructueux commerce des dealers aux portes des mêmes établissements, puisqu’il n’évoquait qu’une simple dépénalisation ! Sans doute n’a t-il pas encore bien pris la mesure du public dont il a la charge.
Cette bourde monumentale fut soulignée par l’incroyable micmac agitant le microcosme politique parisien avec la mise en cause d’une élue écologiste dans un vaste réseau de blanchiment de l'argent de la drogue (et de commerce de sex toys au goût nature…)
Enfin, comme si cela ne suffisait pas, c’est Marisol Touraine la sémillante mais légèrement évaporée ministre de la santé, qui crut opportun d'annoncer l’ouverture de « salles de shoot », promettant d’être aux toxicomanes en goguette, ce que les salons de thé sont aux rombières inoccupées.

Ces perles sont tellement peaufinées que d’autres semblent presque fades, à côté. La récente fanfaronnade d’Aurélie Filippetti à l’encontre du géant Google vaut pourtant son pesant de cacahuètes. Elle s’offusque du fait que GOOGLE menace tout simplement de boycotter les médias français en riposte aux taxes que le gouvernement décidément expert en la matière, propose d’imposer aux moteurs de recherches pour protéger le monde de l’édition. Fière comme un petit cheval de bois elle a affirmé haut et fort que « Ce n'est pas avec des menaces qu'on traite avec un gouvernement démocratiquement élu ». Elle n’oublie qu’une chose : Google n’est pas un de ces contribuables captifs en forme de poires qu’il est si facile de pressurer pour en sortir le délicieux jus fiscal dont le socialisme nourrit ses bourrelets généreux… Google est libre, lui. Il peut référencer qui il veut après tout…
On pourrait ajouter à ce catalogue ébouriffant les reculades de Manuel Valls qui sous les caméras avance menton en avant et sourcils froncés, et qui dans son bureau s'affale dans le laxisme et décide un beau matin, d’assouplir les règles d’acquisition de la nationalité française, "surtout pour les salariés précaires et les étudiants". Nul doute que ce mouvement de tango loufoque plaira à ceux qui auraient pu avoir l’idée saugrenue de tenter d’enrayer la progression des dépenses sociales…
Enfin, pour terminer et revenir au point de départ, qu’il soit permis de rendre hommage au comique de mots que François Hollande a su manier avec tant de dextérité à propos du Traité Budgétaire Européen et de la Règle d’Or, si décriés hier, et plébiscités aujourd’hui. Le contraste est en effet saisissant entre les belles envolées martiales d’avant l’élection, et les circonlocutions visqueuses avec lesquelles lui et ses disciples tentent de faire passer la pilule auprès d’un électorat passablement floué, pour ne pas dire autre chose…
Il y a des jours, où l’on voudrait être petite souris, pour avoir le bonheur d’assister aux rencontres du Chef de l’Etat et de madame Merkel…

17 octobre 2012

Honni soit Goldman Sachs !

Pour les habitants de notre malheureux pays, vitrifié par la pensée socialiste, et plus que jamais rétif au capitalisme et à l'initiative privée, la banque Goldman Sachs (GS) constitue une sorte de pandémonium effrayant. L'antre infernal de la Finance, sans âme ni cœur !
Songez donc ! Il s'agit d'une banque privée, américaine, de taille gigantesque, et qui parvient, même durant la crise, à engranger de somptueux bénéfices !

Un récent « documentaire » diffusé par la chaîne ARTE a permis de mieux appréhender cette espèce de colique frénétique qui s'est emparée de tout un peuple, à la seule évocation du mot « capitalisme ». Il paraît qu'il a fait un tabac en terme d'audience...
Quelqu'un qui m'est très cher, et qui fut impressionné par les révélations édifiantes qui y sont faites, m'a demandé de le visionner pour en débattre ensuite.
Il me connaît bien, donc il se doute que j'ai quelque a priori sur l'objectivité de ce genre de réalisation, dont la petite chaîne culturelle nous gratifie régulièrement. Chat échaudé craint l'eau froide...

Comment être objectif face à une telle accumulation d'accusations et d'affirmations à sens unique ? Comment seulement croire à la neutralité des auteurs, dont on connaît avant même d'avoir vu la première image, le parti pris.
Jérôme Fritel est journaliste à l'Agence CAPA. Il est difficile de parler à son propos d'impartialité lorsque l'on sait qu'elle fut créée par Hervé Chabalier qui par ailleurs compta parmi les fondateurs de la Ligue Communiste Révolutionnaire, avant de travailler pour des journaux aussi apolitiques que Le Matin de Paris ou le Nouvel Observateur...
Marc Roche, quant à lui est correspondant du Monde. Il s'est fait connaître par des ouvrages ne laissant guère de place à l’ambiguïté, tel « Le Capitalisme Hors La Loi ». Surtout, il fut le co-auteur d'une grotesque enquête sur la mort de la Princesse de Galles, accréditant notamment la thèse d'un complot, et dont le seul titre est plus explicite qu'un long discours: « Diana, une mort annoncée »...

Partant sur de telles bases, la vigilance est plus que jamais requise.
Le générique ouvrant le film donne le ton : images crépusculaires de New York façon Gotham City, sur fond de musique électronique térébrante. Première sentence, surgissant au milieu de scènes de guérilla urbaine, évoquant l'ambiance de crise : « Face aux excès des banques, les peuples manifestent leur colère »
Première contre vérité : réduire d'emblée la crise aux seules banques est une caricature. Quant aux peuples montrés, il ne s'agit que d’énergumènes extrêmement minoritaires, cassant tout sur leur passage : joli symbole !

Hélas, tout est dit ou presque : ce prétendu documentaire n'est en réalité qu'un pamphlet, exclusivement à charge. A aucun moment on n'entendra le moindre propos contradictoire avec la thèse matraquée de bout en bout : à savoir Goldman Sachs est une forteresse « au secret impénétrable », une « pieuvre » maléfique étendant ses redoutables tentacules sur le Monde. Et quiconque commet l'imprudence de lui faire confiance, se place dans la position de « l'agneau dans la gueule du loup », pire, il scelle « un pacte avec le diable. »

La méthode est désormais bien connue, qui permet d'ourdir ce qu'il faut bien appeler un procès en sorcellerie, en lui donnant l'apparence d'un reportage objectif. Elle consiste à monter soigneusement des bouts d'interviews, parfois juste une phrase, la plupart du temps extraites de leur contexte, sans jamais offrir la moindre contradiction, ni même pondération, le tout parsemé d'affirmations « choc ».
Les personnes interrogées sont à peu près toutes démissionnaires ou exclues de l'entreprise, et leur discours est univoque. Les autres sont des personnalités politiques, opposants notoires ou membres, à charge, de commissions d'enquêtes. Pour expliquer l'absence de tout contradicteur, on nous dit gravement qu'aucun n'a accepté de répondre aux questions. Mais doit-on croire ces allégations sur parole ? Quelles furent les conditions dans lesquelles les propositions ont été faites ?
Et selon le bon vieux truc de Michael Moore, on extrapole la preuve de la malfaisance de Goldman Sachs, de réactions embarrassées de personnalités officielles telles Jean-Claude Trichet ou Mario Draghi, prises au dépourvu par des questions abruptes, en forme d'accusation.

Devant tant de mauvaise foi, et d'esprit partisan, la tentation est grande de rejeter en bloc les analyses présentées. Il faut beaucoup d'effort et d'abnégation pour aller jusqu'au bout de ce réquisitoire qui ressemble fort à la fabrication d'un bouc émissaire.
Qu'on en juge par quelques exemples où des faits, publics mais complexes et hypothétiques, sont transformés en certitudes à l'emporte-pièce par les procureurs « journalistes » :
Selon eux, Goldman Sachs, en plus d'avoir une gestion opaque, se livrerait au trafic d'influence, cherchant à circonvenir si ce n'est corrompre les gouvernements et à s'infiltrer dans toutes les administrations, pour mieux les contrôler.
C'est avec une sombre délectation qu'ils rappellent les liens qu'ont eu certains éminents responsables politique. L'incontournable Henry Paulson, qui avant d'être secrétaire au trésor dans l'administration Bush, dirigea le département des investissements de GS. On lui reproche d'avoir abandonné à la faillite Lehman Brothers, concurrent de GS, et dans le même temps d'avoir engagé l'argent des contribuables pour sauver l'assureur AIG, qui avait partie liée avec la banque honnie. Mais il est fait peu de cas des résultats de la commission d'enquête qui sauf erreur ne mit pas en cause de conflit d'intérêt ni de manœuvre frauduleuse. Il est fait peu de cas surtout de l'accueil favorable quasi unanime, au plan qu'il présenta en 2008 pour enrayer les effets dévastateurs de la crise...
En définitive, pour les auteurs, toute personne ayant approché de près ou de loin Goldman Sachs devrait sans doute être considéré comme un pestiféré. Et à ce titre, écarté à vie de toute responsabilité publique. Dans le même temps, ils admettent pourtant que la banque se caractérise par une excellente et durable santé financière et qu'elle est même parfois considérée comme une sorte d'université tant elle imprègne les économistes qui passent par ses officines.
Comment d'ailleurs expliquer que même le président Obama, arrivé en chevalier blanc décidé à nettoyer les écuries d'Augias, ait cédé aux sirènes enjôleuses de GS ? Comment expliquer qu'après avoir mis en garde contre les fameux excès de la finance, il ait faibli et livré son administration à son emprise ? A-t-il de la m... dans les yeux ou bien est-il lui aussi, acheté ?

L'hydre de Goldman Sachs a donc aux dires de M. Roche et Fritel, une tête partout et des fers à tous les feux. Mais bien pire encore, dès qu'elle est dans la place, elle n'hésiterait pas à se livrer aux pires spéculations à l'encontre même de ses clients.
On nous présente ainsi le projet Abacus, dans lequel fut impliqué le trader d'origine française Fabice Tourre, comme « le casse du siècle ». GS aurait en effet parié sur la baisse de titres, pendant qu'elle les vendait à tour de bras à une clientèle naïve en lui faisant miroiter de substantiels bénéfices. Il est pourtant bien difficile de démêler le vrai du faux, et de déterminer la part des responsabilités reposant sur chacun des acteurs impliqués, tant ce genre d'opération est complexe. Elle évoque l'affaire qui toucha la Société Générale et son courtier Jérôme Kerviel, et qui vit cinq milliards d'euros s'évaporer à l'occasion de placements hasardeux. Qu'il y eut des imprudences, un excès d'optimisme, c'est un fait certain. Mais il n'était pas besoin d'être expert pour constater que cette euphorie était largement répandue, touchant les banques, les Etats, mais également les citoyens.
La bulle des subprime fut un autre exemple de cette inconscience collective. Du gouvernement qui les encouragea, aux petits propriétaires qui y crurent, en passant par les banques qui les mirent en œuvre, tout le monde s'aveugla sur ces opérations immobilières insensées. L'ennui pour M. Roche et Fritel, c'est qu'à la fin « GS s'en sort toujours ». Est-ce le signe d'une bonne gestion ou bien celui d'une diabolique malhonnêteté ?
Les auteurs n'ont à l'évidence aucun doute. Pour enfoncer leur clou ils n'hésitent pas à se livrer aux pires insinuations, en affirmant par exemple qu'en septembre 2001, au moment même des attentats, les dirigeants de GS donnaient des directives à leurs subordonnés pour « spéculer en direct ». Sans qu'on nous éclaire d'ailleurs sur la nature de ces machiavéliques tractations...
Enfin, si l'on suit M. Roche et Fritel, GS aurait par ses obscures machinations contribué largement à la faillite de la Grèce. Ici encore, il ne faut pas compter sur le film pour démêler l'écheveau dans lequel s'est perdu cet infortuné pays.
Le scénario ressemble surtout à celui tristement classique du surendettement, où, de déficit en emprunt, on s'enfonce en suivant une spirale infernale. Sans doute y a-t-il une responsabilité des organismes prêteurs, mais sans créance, il n'y aurait pas de créanciers...
Imagine-t-on que les banques soient des institutions philanthropiques ?
Qui en l'occurrence est le plus coupable : le gouvernement grec, qui profita de son adhésion à la zone euro pour vivre au dessus de ses moyens, sans mesurer les conséquences à long terme de ses actes sur la confiance de ses créanciers...? Ou bien ceux qui l'ont aidé, pour passer un cap, à présenter sous un jour favorable mais fallacieux ses comptes, en recourant aux astuces les plus secrètes de la sophistication financière ?
Et surtout, comment imaginer si GS était coupable de toutes les malversations dont on l'accuse, de tous les abus de confiance dont on l'incrimine, qu'elle parvienne encore à trouver des clients acceptant si facilement à être les dindons de la farce ?

Le film ne le dit pas évidemment...

En conclusion, ce documentaire partisan, dans lequel le fantasme occulte largement la réalité, n'apporte aucune vraie réponse. Il sème en revanche un doute mortifère sur tout un système dont le bien fondé, qu'on le veuille ou non, se mesure aisément au niveau de prospérité inégalé que nos sociétés ont atteint.
Il n'en reste pas moins certain qu'il est difficile de vouer une sympathie immodérée aux organismes bancaires, auxquels la plupart des gens sont liés, plus par obligation que par affinité. Il est vrai qu'on peut souvent avoir le désagréable sentiment que leurs courtiers cultivent davantage l'intérêt de leurs employeurs que celui de leurs clients. Il est évident enfin, lorsqu'on est dans la situation d'emprunteur, que le retour régulier des échéances, s'associe en règle, à une contrainte plutôt désagréable, voire angoissante.
Mais qui n'a jamais au moins une fois dans sa vie, été heureux de bénéficier d'un prêt bancaire pour réaliser un projet ?

On pourrait toutefois espérer des débats moins manichéens et plus constructifs. 
Il y aurait beaucoup à dire par exemple sur le gigantisme excessif de certaines entreprises notamment bancaires. Il fait craindre l'inflation de la bureaucratie, et l'installation de monopoles préjudiciables à l'émulation et à la saine concurrence. Et pire, il amène des difficultés croissantes de gestion, rendant celle-ci de plus en plus obscure, voire inintelligible, en faisant in fine, courir le risque de faillite monstrueuse, l'ensemble illustrant l'adage anglo-saxon « Too Big To Fail »; et justifiant les aides massives mais extravagantes que durent fournir in extremis aux banques, des Etats eux-mêmes au bord de la banqueroute.
Une des rares remarques de bon sens pêchées dans ce film vient d'un ancien économiste du FMI, Simon Johnson qui déclare que « ce n'est pas tant sur la banque qu'il faut s'interroger que sur son gigantisme... »

On pourrait enfin réfléchir sur les avantages et inconvéneints respectifs des régulations et des dérégulations. Il n'est pas certain en effet que ce soient ces dernières qui aient occasionné la crise comme on l'entend à tout bout de champ. Un jeu est d'autant mieux pensé que ses règles sont simples et faciles à mettre en œuvre. Un des fléaux de notre époque est l'accumulation hallucinante de textes de lois, d'incitations, d'interdictions, de niches, de dérogations, d'obligations en tous genres. Plus personne ne s'y retrouve.
Si l'anarchie n'est pas souhaitable, un peu de clarté et de bon sens s'impose. En l'occurrence, seul l'Etat a la maîtrise de cela...
Je ne me lasserai jamais de répéter le fameux adage de Tocqueville, qui définit si bien à mes yeux l'essence de l'esprit de liberté : «Le plus grand soin d'un bon gouvernement devrait être d'habituer peu à peu les peuples à se passer de lui...»

13 octobre 2012

La liberté a-t-elle un avenir ?

Lorsque je suis tombé par hasard sur le récent ouvrage d'Edouard Balladur, en dépit d'une certaine prévention, j'ai eu envie de l'ouvrir. Le titre ne pouvait que m'émouvoir. Un brin désabusé mais si révélateur de ce sur quoi chaque jour je m'interroge !
Dès les premières pages, ma curiosité fut attisée, notamment par les accents déchirants de l'avant-propos: « ma vie prendra fin au début du XXIè siècle ; de celui-ci je ne connaîtrai pas grand-chose. Ce que j'en vois m'inquiète : années des illusions perdues les unes après les autres, sans rien qui les remplace, comme si renaissaient sans cesse les vieux débats stériles. On l'observe bien aujourd'hui, c'est à qui ira le plus loin dans l'éloge du rôle salvateur de l'Etat. Cela passera... »

Malheureusement la suite ne me parut pas à la hauteur de l'enjeu.
Certes Edouard Balladur mérite de figurer parmi les très rares politiciens en France ayant un tant soit peu la fibre libérale.
Certes, il peut avec quelque raison se vanter d'avoir mené une action inspirée de ces principes, notamment lorsqu'il fut ministre des finances, durant la première cohabitation, entre 1986 et 1988. Songeons que le gouvernement à l'époque osa supprimer l'ISF !
Hélas, deux ans, ce fut un peu court pour livrer tous les effets attendus, et pour de très mauvaises raisons, les Français infligèrent un cuisant désaveu à la politique entreprise à l'époque.
Il y a de quoi refroidir les convictions les mieux ancrées.
Jacques Chirac qui pour sa part n'en eut jamais beaucoup (de convictions) n'hésita pas longtemps à faire machine arrière. Changeant son fusil d'épaule, il contribua à enterrer définitivement toute velléité d'aspiration à la liberté dans notre pays. A partir de 1993, il se mit à verser de belles et démagogiques larmes de crocodile sur la « Fracture Sociale », tout en chantant les pseudo-vertus du mythe de l'Etat-Providence, et finit même par vouer aux gémonies le libéralisme, qu'il jugea aussi délétère que le communisme ! Au passage, il écrabouilla les ambitions de son vieil ami Balladur, lequel s'était monté un vite le bourrichon à propos de sa destinée politique nationale...

Il y a de bons moments dans ce livre, et quelques vérités toujours bonnes à dire. Par exemple sur l'essence du libéralisme: « c'est l'histoire du progrès et de l'émancipation individuelle ; c'est la lutte contre l'autorité exclusive de la tradition qui s'imposerait comme allant de soi, le refus du conformisme ; c'est le libre examen qui conduit à la liberté d'agir. »
Il y a également la volonté de démasquer ses adversaires: « on veut déguiser l'hostilité au libéralisme en soif de justice, en besoin d'organisation, en refus du désordre ». Il y a même le courage de s'attaquer au paradigme consensuel de la social-démocratie : « elle utilise des mécanismes si pesants et complexes qu'elle peine aujourd'hui à s'adapter à l'évolution du monde. Elle n'y parviendra pas ».
Il y a enfin quelques évidences sur lesquelles il paraît opportun d'enfoncer le clou: « la liberté politique sans liberté économique est un leurre », « la démocratie locale constitue l'un des caractères d'une société libérale ».

Mais l'ensemble est trop répétitif, et surtout trop amorti, trop pusillanime pour emporter la conviction.
Pire, pour tempérer un propos pourtant guère audacieux, M. Balladur se croit à maintes reprises, obligé d'affaiblir sa propre thèse. A l'instar de la quasi totalité de la classe politique française, il se démarque par exemple de l'Amérique dont il juge «qu'il n'est pas évident qu'il faille imiter sans précaution l'exemple » ou d'une manière générale des pratiques anglo-saxonnes dont il juge dangereux de se « rapprocher »...
A d'autres moment il semble étrangement vouloir éreinter l'idée libérale elle-même :« le libéralisme s'accompagne de désordres de toutes natures, d'inégalités, d'injustices, d'une concentration excessive des revenus, d'entraves aux lois de la concurrence. Il doit se réformer », « le libéralisme n'a su ni organiser, ni harmoniser le fonctionnement du marché.. », « l'égoïsme est la tentation permanente du nationalisme comme du libéralisme... », « notre société est-elle trop libérale ? Elle en donne des signes multiples ; à peu près tout est dit, justifié, loué... »
Le comble est atteint lorsqu'après avoir chanté « l'efficacité de la liberté », il avertit que « l'ultralibéralisme met en danger la liberté », et qu'il se met à vanter le mérite de l'Etat, sans lequel « il n'y aurait eu ni industrie nucléaire, ni industrie pétrolière de rang international. Le libre jeu du marché ne conduisait ni à l'existence d'Elf, et de Total, ni à celle d'AREVA et d'EDF »

Tous ces atermoiements nuisent singulièrement à la clarté et à la force du propos, même s'ils sont bien à l'image de rondeur molle et prudente du personnage. Il y a peu de chances hélas que cette démonstration soit de nature à convaincre quiconque...
Sur les problèmes de société, ces faiblesses deviennent criantes. Dans le bouillon de périphrases et de concessions à la pensée unique, rien ne surnage vraiment. Exemple édifiant, le fameux PACS, contre lequel il avoue avoir voté, non par conviction, mais parce qu'en raison « de l'état d'esprit d'une partie de l'opinion et des contraintes de la vie politique », il s'est « laissé circonvenir !»
Aujourd'hui il est hostile au mariage homosexuel. Mais s'agit-il de ce qu'il pense ou bien de ce qu'il croit bon de penser ?

Au chapitre de la mondialisation, on retrouve les mêmes contradictions.
Le titre du chapitre résonne même comme un oxymore : « Contrairement à l'idée courante, la mondialisation menace la liberté des nations. » M. Balladur n'oublierait-il pas des temps pourtant pas bien reculés, lorsque le monde était cloisonné par d'épaisses murailles qui étouffaient la liberté de dizaines de pays !
Lui qui chante la liberté, rêve aujourd'hui d'une « autorité mondiale s'imposant aux Etats, encadrant leurs comportements, proscrivant les excès de leur indépendance, limitant le champ dans lequel ils peuvent agir à leur guise », « un pouvoir de décision s'imposant à tous ».
Si l'on peut admettre que l'absence de coordination pourrait faire craindre une mondialisation trop anarchique, il y a au moins autant à appréhender d'une centralisation extrême du pouvoir. En tout cas l'argumentation plaidant pour cette dernière paraît bien faible, rejoignant presque l'antienne des alter-mondialistes qui prétendant que «la mondialisation ne profitera qu'aux plus forts ». C'est tout l'inverse que l'on voit se produire sous nos yeux : grâce à la liberté, les pays émergents, même petits, se développent à toute vitesse, tandis que les nations dites puissantes s'essoufflent...

A propos de l'Europe enfin, dont on ne peut douter qu'il souhaite l'édification, il se borne hélas à constater l'incapacité chronique et s'interroge sur sa représentation concrète : « quel organisme, quelle personnalité, avec quels pouvoirs ? »
Il déplore la dispersion des énergies, et des modes d'expression, notamment le fait qu'au niveau des instances, l'usage officiel de plus de vingt langues soit autorisé. Mais à aucun moment il ne propose l'emploi de l'anglais qui s'imposerait pourtant à l'évidence, mais qui répugne aux Français. A aucun moment, il n'évoque le mot même de Fédération, et on le sent en définitive beaucoup plus proche de l'idéal assez répandu mais vain, d'un concert « d'Etats-Nations », que d'une véritable union...

Au total, ce livre est un peu le chant du cygne de quelqu'un sans doute pétri de bon sens, mais qui n'osa jamais vraiment aller jusqu'au bout de ses idées. Ça nous vaut un un plaidoyer un peu tiède, rempli de bons sentiments, mais aussi de redondances, voire de contradictions, au service d'une thèse qui jamais ne se dessine clairement.
Sur tout ce qui fait l'essence de l'esprit de liberté, M. Balladur se prononce du bout des lèvres. Et on en vient parfois à se demander ce qu'il pense vraiment. Et malheureusement, si avec de tels défenseurs, la liberté peut encore avoir un avenir...

La liberté a-t-elle un avenir ? Edouard Balladur. Fayard 2012