Au sein du maëlstrom de niaiseries en tous genres qui s'abat sur nos têtes dès qu'on se penche sur l'actualité vue par les médias, une pépite imprévue apparaît parfois. C'est le cas du dernier ouvrage de Catherine Bréchignac, qui donne son titre à ce billet.
Physicienne de haut vol, ancienne présidente du CNRS et membre de l’Académie des Sciences, elle se mêle aussi de philosophie, dans le meilleur sens du terme, entendu comme étant l'amour de la sagesse.
Constatant que notre époque est en train de basculer dans la déraison, elle entreprend courageusement de remonter le temps pour mieux comprendre les raisons si l’on peut dire de ce naufrage et y trouver si possible, quelque antidote. Sans aller jusqu'à notre plus vieil aïeul, the Last Universal Common Ancestor (LUCA), elle retourne aux sources de la pensée humaine.
Pour ce faire, elle donne vie à un être fictif qu'elle nomme malicieusement Luca, et va le suivre, de son état de fœtus, jusqu'à sa maturité intellectuelle.
C'est l'occasion de passer en revue toute l'histoire de la philosophie, des premières avancées platoniciennes et aristotéliciennes jusqu'aux interrogations les plus vertigineuses suscitées par la mécanique quantique et par les derniers développements de ce qu'il est convenu d'appeler intelligence artificielle (IA) !
Alors que la conscience d’exister se forme progressivement dans l’esprit de Luca, il découvre le monde qui l’entoure et, ce faisant, il cherche chez les grands auteurs, des réponses aux questions qui l’assaillent.
Bien que l’ouvrage fourmille de références bibliographiques, il ne peut évidemment que les effleurer, en quelque 150 pages. On pourra donc trouver le parcours un peu synthétique, voire superficiel. Le récit s'appesantit toutefois sur l’apport de Spinoza, de Descartes et de Kant, philosophes émérites de la raison. Il évoque également l’apport fondamental de la science, insistant notamment sur la révolution copernicienne et galiléenne. Cette dernière a montré, sans conteste, que l’église n’était plus au centre du village si l’on peut dire, et que la connaissance scientifique prenait irrésistiblement le pas sur les idéologies, les croyances et les superstitions, grâce à l’arbitrage de la mesure objective des phénomènes et à la vérification expérimentale des théories.
Ce parcours initiatique n’apprendra sans doute pas grand-chose aux férus de ces domaines de réflexion. Son objectif est de répondre à la question torturante : Peut-on conjurer la déraison ? A défaut d’y répondre, Catherine Bréchignac, alias Luca, apporte quelques propositions et critiques, qu’on peut regrouper en thématiques très actuelles.
Cela commence par l’emprise mortifère des idéologies
Découvrant les mésaventures de Galilée, accusé d’hérésie par l’Inquisition pour avoir démontré que la Terre n’était pas au centre de l'univers, Luca en déduit que “l'idéologie exempte de raison est le pire des maux”. Elle permet en effet à ses adeptes “de conserver leurs privilèges et de réduire à néant ceux qui ne partagent pas la doxa érigée en pseudo-vérité”. Pire que tout, l’idéologie “lamine tout sur son passage et nombreux sont ceux qui préfèrent renoncer à leur liberté d’expression en attendant que passe la vague”. Dans ce contexte, Luca ne peut que “s’étonner du fait que les hommes acceptent spontanément leur soumission au pouvoir tyrannique de l’idéologie, alors même qu’ils pourraient s’en libérer.”
Il comprend que face à cette pression sur les esprits, “soit la raison se bloque, enracinée dans une certaine croyance, elle se rigidifie, imposant invariablement le même automatisme, empêchant alors toute évolution de pensée, soit elle s’étiole face aux émotions qui la supplantent et, en se délitant, provoque chez l’individu une pensée vagabonde, incapable de se concentrer plus de quelques minutes sur un sujet.”
Il en est ainsi dans le monde contemporain de l’idéologie de la repentance comme celle de la bien-pensance, celle du bon sentiment, qualifiées de “nuisibles”.
Hélas, il s’avère bien difficile à beaucoup de gens d’adopter le principe kantien du sapere aude qui permet de s’affranchir des a priori non fondés. L’être humain, surtout lorsqu’il est au sein d’une foule, a tendance à perdre l’esprit critique, s’en remettant à l’opinion générale. La foule est alors assimilée “à un être collectif doté d’une unité psychologique et sociale dépourvue de raison”. Avec le développement de l’internet, “une autre forme de foule apparaît : la foule virtuelle, constituée d’une multitude d’homo numericus…/… et cette foule virtuelle possède les mêmes caractéristiques que la foule réelle”.
A suivre....






















