Affichage des articles dont le libellé est liberalisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est liberalisme. Afficher tous les articles

21 octobre 2026

Elle Accuse !

Les livres publiés par des politiciens sont très rarement dignes d’intérêt, trop souvent consacrés à l’auto-promotion et quasi tous mal écrits (lorsqu’ils sont bien de la plume de l’auteur…). Celui de Sarah Knafo fait exception, ne serait-ce que par l’importance du sujet et son originalité. Présenté sous forme d’un thriller, ce “Casse du Siècle” décrit par le menu, dans un langage limpide et avec force démonstrations chiffrées percutantes, l’inconséquence budgétaire de tous les dirigeants qui se sont succédé au Pouvoir depuis un bon demi-siècle.
Pire que l’effet de négligences, de fautes ou de l’incompétence, l’auteur y voit un pillage prémédité et savamment organisé. Plus en douceur certes, que ceux qu’on voit avec horreur dans les rues, à l’instigation des nouveaux bolcheviques, il n’en est pas moins destructeur de richesses et pas moins révélateur de la décrépitude de la république.

L’ouvrage reprend à dessein toutes les étapes d’une affaire judiciaire : la scène du crime, l’enquête, la victime, les preuves, le préjudice, les suspects, et enfin, la mise en examen.
La démonstration, dont la forme frise parfois l'artifice, n'en est pas moins implacable, sur le fond.
Elle débute par un décorticage magistral du bulletin de paie d’un salarié lambda, disons Nicolas Durand.
L’incroyable complexité des mentions et chiffres quasi inintelligibles au commun des mortels, est mise à nu, aboutissant à la conclusion effarante que l’Etat, avant toute chose, prélève à tout un chacun près de la moitié de ce que lui verse son employeur !
Ce n’est qu’un début hélas, car la charge pesant sur les contribuables, via les impôts, les taxes, les surtaxes, et les prélèvements obligatoires est devenue tellement lourde et protéiforme qu’il est difficile d’en cerner les limites. “Quel invraisemblable crime” s’exclame l’auteur, “que celui dont l’étendue est un mystère pour les coupables eux-mêmes ! Le casseur a tellement volé qu’il ne connaît même plus le montant du butin, ni même le nombre de ses larcins. C’est le crime parfait. Tous les policiers savent que, sans cadavre, il est quasiment impossible de confondre un coupable. Ici, le cadavre, c’est votre pouvoir d’achat. Mais il a disparu, profondément enterré dans le terrain vague de la bureaucratie.”

Ces ponctions servent en théorie à alimenter les dépenses consacrées au Bien Commun, mais elles sont tellement extensives et incontrôlables qu’elles débordent largement le volume des ressources pompées, engendrant inexorablement déficit budgétaire et accumulation de dettes.
Pour le Trésor Public, la maîtrise des dépenses devrait donc être un impératif incontournable. Parmi les dérives nombreuses figurent les subventions qualifiées '’d’opium des politiciens'’ et de '’poison des nations'’ : en France, la part des impôts qui est absorbée dans le financement des associations est de “plus de 23 milliards d’euros par an, sans qu’aucun document officiel ne réussisse même à recenser l’ensemble.”
Le sujet est éminemment politique, relevant souvent du clientélisme ou de la démagogie : “là où la gauche l’emporte largement, l’argent coule à flots. Là où la droite est majoritaire, il se tarit. La corrélation est si franche que, mathématiquement, quand le vote de gauche double dans un arrondissement, les subventions doublent aussi.”
Parmi les autres postes de dépenses inconsidérées, Sarah Knafo cite les Agences et la myriade de pseudopodes étatiques d'utilité discutable. Ainsi, “l’Ademe, l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie. 1 000 salariés, 17 directions régionales, 3,4 milliards d’euros de budget.”
Il en est de même de France Travail, l’ancien Pôle emploi, lui-même né de la fusion de l’ANPE et des Assédic. “Cet opérateur emploie 55 000 agents, pour un budget de fonctionnement de près de 7 milliards d’euros par an…/… Selon l’Insee, seuls 13 % des demandeurs d’emploi retrouvent un travail grâce à France Travail.”

Facteur aggravant, malgré ces dérives financières itératives, la décadence des services publics s'apparente de plus en plus à une fatalité. Entre autres exemples fourmillant dans l’ouvrage, celui du système de santé est édifiant : “Prenez le classement européen, qui note les systèmes de santé sur les critères vécus par les patients : délais d’attente, accès aux médicaments, résultats des traitements, droits des malades. La France est sortie du top 10 des pays européens dès 2009. Et depuis, la pente s’est accentuée. 6 à 7 millions de Français n’ont aujourd’hui plus de médecin traitant. 87 % du territoire est classé en désert médical. Même Paris est devenu un désert médical pour les médecins traitants…”
A propos du marché du travail, l'auteur remet en cause certaines idées reçues, notamment celle qui prétend que le patronat aurait besoin de plus de main-d'œuvre, notamment par le biais de l'immigration. Si l’argument est insoutenable face à la persistance dans notre pays d'un fort taux de chômage, il est contredit par des travaux récents de chercheurs sur le sujet : “En étudiant la baisse de la natalité, ils ont prouvé que, contrairement à une idée reçue, la raréfaction des jeunes travailleurs produisait une croissance plus forte du PIB par travailleur et des salaires plus élevés.” Si l’on comprend aisément que la valeur des biens est inversement proportionnelle à leur abondance, l’auteur ajoute que “la rareté du travail force à investir dans la technologie et l’innovation. Les brevets d’automatisation se multiplient, les industries de haute technologie prennent la place des industries à bas coût, la productivité s’envole.” Le Japon ou la Corée illustrent bien cette réalité.
S'agissant de la problématique des retraites, l’auteur tord également le cou à certains a priori : “Avant toute chose, ne croyez plus ceux qui vous répètent que les Français sont « attachés » à la retraite par répartition. C’est faux. Nous n’y sommes pas attachés, nous y sommes ligotés.” Le recours massif à l'épargne et à l'assurance vie témoigne des efforts de nombreux Français pour tenter de se libérer d’un système qu’ils savent condamné à verser des pensions en peau de chagrin.

En matière de responsabilité, la députée européenne déplore le fait qu’on se trompe, sciemment ou non, de cible. Face au procès récurrent fait au capitalisme, jugé souvent coupable de tous les maux, elle peut marteler au terme de son virulent réquisitoire que “le marché n’est donc pas le coupable du casse. Il dit seulement une vérité que le politique refuse d’entendre : on ne décrète pas un prix, on ne vote pas l’abondance.”
En revanche, elle constate, que malgré tous les méfaits portés à son actif : “le socialisme est le socialisme. Il veut que vous soyez envieux, jaloux, médisant et malfaisant : « Certes, tu resteras pauvre, mais tu n’auras plus de quoi te plaindre, puisque tout le monde sera aussi pauvre que toi ! » Hélas, il n’y a guère d’alternative à la gauche qui a peu ou prou la main sur les principaux leviers de l’Etat. Même les gens se prétendant de l’autre bord se sont ralliés par couardise à la calamiteuse idéologie socialiste. Comme le faisait remarquer un humoriste, “En France, il y a deux partis de gauche dont l'un s'appelle, par convention, la droite… “. On se souvient également de Mikhail Gorbatchev remarquant ironiquement que notre pays “était le seul où le communisme avait réussi.”

Hélas, ledit pays est aujourd'hui dans un état inquiétant, il est miné par l'incurie et la lâcheté des politiciens, gangréné par l'inflation chaotique des lois et de la bureaucratie, au point que le fameux “état de droit” n’est plus qu’un vain mot. "Nul n’est censé ignorer la loi” rappelle Sarah Knafo, en ajoutant que “C’était l’exigence d’un État qui parlait sobrement à ses citoyens dans une langue qu’ils pouvaient comprendre. Aujourd’hui, cet adage est obsolète. Il a laissé place à son contraire : Nul ne peut connaître la loi. . . / . . . Le droit français est devenu un océan sans rivage.”
Face à ce désastre, tout espoir n'est cependant pas perdu. Il sera encore possible pour de futurs dirigeants de redresser la barre. Ce sera sans doute difficile et douloureux, et d’autant plus qu’ils attendront pour passer à l’action. Il faudra des convictions, beaucoup de détermination, et accepter enfin de passer des promesses aux actes, s’agissant de quatre leviers essentiels, avec lesquels l’auteur conclut son propos :
“Premier levier, le mandat doit être explicite, pour que le peuple, en votant, l’ait validé.
Le deuxième levier, c’est la légitimation par référendum.
Le troisième levier, c’est la qualité de l’équipe. Dix ministres, pas trente.
Le quatrième levier, c’est la vitesse d’exécution. Les six premiers mois sont déterminants…”
A bon entendeur, salut !

04 juillet 2026

Independance Day

La Déclaration d’Indépendance est le texte fondateur de la nation américaine. Rédigé par Thomas Jefferson, il entérine l’émancipation définitive des colonies de leur tutelle britannique, et fut approuvé le 4 juillet 1776 par le Congrès, en pleine guerre d’indépendance (1775-1783).
Dans son préambule, l’auteur reprenait quasiment mot pour mot les grandes lignes du Deuxième Traité du gouvernement civil, publié dès 1690 par John Locke : « Nous tenons pour évidentes par elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l’abolir et d’établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l’organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur ».

La guerre d’indépendance américaine débuta en avril 1775, lorsque les colonies du Royaume-Uni, excédées par le poids croissant des taxes que la métropole faisait peser sur elles, décidèrent de se soulever. Elles appelèrent rapidement la France à l’aide. Mais Paris ne débordait pas d’enthousiasme à l’idée de voler au secours de rebelles dont le combat paraissait quelque peu incertain. L’habileté diplomatique de Benjamin Franklin, venu en février 1776, défendre la cause de ses compatriotes à Paris, se révéla cependant très efficace. A côté de la noble motivation de venir en aide à des gens désireux de fonder une nouvelle société basée sur les idées propagées par les Lumières, l’envie d’en découdre une nouvelle fois avec l’ennemi héréditaire fut probablement pour beaucoup dans la décision d’entrer en guerre aux côtés des insurgents.
La France envoya secrètement dans un premier temps, au mois de Mai 1776, un soutien logistique, sous forme de navires chargés de matériels et d’armements. Le 6 février 1778, elle officialisa son engagement en signant un traité d’amitié et de commerce aux termes duquel elle reconnaissait les Etats-Unis d’Amérique et leur accordait des concessions commerciales.
En 1780 enfin, répondant aux exhortations répétées du bouillonnant Lafayette, la France finit par envoyer des troupes de l’autre côté de l’Atlantique. Au terme des quatre années précédentes, la situation y restait très confuse. Victoires et défaites alternaient pour chaque camp. Le beau succès des indépendantistes, qui terrassèrent en 1777 à Saratoga les troupes du général Burgoygne, n’avait pas changé fondamentalement le cours des choses, et il est probable que la pression anglaise eut fini par venir à bout de la rébellion sans un appui extérieur.
L’intervention française se révéla très efficace, et remarquablement menée grâce à des hommes d’exception. Lafayette, resté le plus légendaire, incarna l’enthousiasme, mais selon l’historien Jacques Bainville, son comportement révélait davantage « un esprit chimérique et avide de popularité » qu’un réel talent de stratège.
Le vrai héros français de notre contribution à l’indépendance américaine fut probablement le comte de Rochambeau. Cet officier, que toutes ses fibres rattachaient à l’Ancien Régime était un homme d’une rigueur et d’une hauteur de vues exceptionnelles. Il était dépeint par ses subordonnés comme possédant « une tête froide et bien organisée, une grande facilité pour mouvoir des troupes et les manœuvrer. » En 1780, lui échut, avec le grade de Lieutenant Général, le commandement d’une armée d’environ 7000 hommes, soit douze bataillons d’infanterie. Expédition Particulière fut le nom de code donné à cette aventure.

Les troupes françaises, constituées de soldats extrêmement bien entraînés et disciplinés, firent bien vite l’admiration des généraux américains, George Washington en tête. Il faut dire que les indépendantistes, en dépit de leur intrépidité et de leur détermination – on les surnommait minutemen, tant ils étaient prompts à entrer en action – étaient très inexpérimentés et manquaient beaucoup de cohésion.
Rochambeau eut l’intelligence et l’abnégation d’accepter de placer sous commandement américain l’ensemble des troupes françaises. Avant de prêter le concours de ses hommes à la première action militaire, il intervint avec tact et discernement pendant plusieurs mois, pour améliorer l’organisation des armées américaines et pour dissuader Washington d’agir trop vite ou trop imprudemment. Ensemble, et avec le soutien sur les mers de l’amiral de Grasse, ils finirent par piéger le 19 Octobre 1781 à Yorktown, les troupes du général britannique Cornwallis. Cette victoire, où 8000 anglais furent faits prisonniers, s’avéra décisive sur la suite des événements.
Après quelques mois de combats sporadiques, les négociations de paix débutèrent à Paris en 1782 pour s’achever par l’indépendance complète de la fédération en 1783.

La plupart des historiens s’accordent sur le caractère déterminant de l’aide française. Bien que limitée en hommes, grâce à son organisation irréprochable, et au soutien logistique massif à laquelle elle fut associée, elle fut l’appoint décisif qui permit de transformer certaines situations hasardeuses en succès. Lafayette et de Rochambeau, étaient entourés par une pléiade de brillants officiers qui comptent parmi les héros français de l'indépendance américaine. Notre marine était à l’honneur avec les amiraux de Grasse et d’Estaing. Mais un des premiers à s’être embarqué pour le Nouveau Monde fut le fougueux marquis breton de la Rouërie. Adoubé par George Washington sous le nom de “Colonel Armand”, il fut de presque toutes les batailles.
Ayant épousé la cause des chouans à son retour, il fut pourchassé par les “colonnes infernales” soi-disant républicaines. Il mourut sans être pris mais les barbares allèrent jusqu’à exhumer son cadavre pour le décapiter ! Comme elle le fit avec les savants, les poètes et les artistes, la France se montra particulièrement ingrate et féroce à l’égard de ces paladins des temps modernes. Si l'amiral de Grasse mourut juste avant la révolution française, l'amiral d'Estaing fut guillotiné, Rochambeau, condamné à mort également, à près de 70 ans, ne dut son salut qu'à la chute de Robespierre et Lafayette ne survécut qu'en s'exilant.

Ironie du sort, c’est à Louis XVI, le mal aimé, que nous devons l’heureuse politique qui contribua à faire des anciennes colonies britanniques les Etats-Unis d’Amérique, ce qui allait sceller une si belle amitié, nous valoir des retombées fort opportunes, et finalement changer profondément la face du monde…

05 décembre 2025

Extinction des Lumières

Incapable de mener à bien en 10 ans une seule réforme utile digne de ce nom, impuissant à acquérir une envergure internationale à la hauteur du pays qu’il représente, apathique face la fracture sociale qui ronge le pays, Emmanuel Macron restera-t-il à la fin des fins comme le promoteur de l’obscurantisme ?

On savait le chef de l’Etat menteur, notamment lorsque lui et son gouvernement répandaient durant le COVID nombre d’affirmations non fondées, voire de contre-vérités flagrantes (sur la propagation du virus, l’inutilité des masques, les dangers de l’ibuprofène ou les bénéfices supposés du très toxique remdesevir).
On l’a vu duper le peuple lorsqu’il affirmait en 2019 qu’un président de la république désavoué devrait s’en aller…

Non content de tromper son monde, il entend tuer à petit feu les libertés individuelles déjà bien contraintes par nombre de réglementations ubuesques. Il se fait fort en effet de «tout faire pour que soit mis en place un label» de qualité de l’information. Sans doute nostalgique du peu regretté ministère du même nom, et non content d’avoir le pouvoir de nommer les censeurs de l’ARCOM, soi-disant indépendante, il entend donc encadrer plus étroitement encore l’expression publique. Selon lui, l'information serait “une matière dangereuse”. On croit rêver…
Il se défend bien sûr de faire de cette censure une prérogative étatique, évoquant nébuleusement un contrôle opéré “par des professionnels”. La ficelle est un peu grosse, d’autant qu’il cible nommément par avance les médias diffuseurs selon lui de fake news. A l’unisson de leur maître, les relais du pouvoir que sont les associations sponsorisées par l'Etat (RSF), les chaînes de radio et de télévision publiques et la presse auto-proclamée bien pensante, s’en donnent à cœur joie pour dénoncer les déviants, répandant sans vergogne, mensonges, anathèmes et enquêtes partisanes, comme l’a relevé l’ARCOM elle-même !

Dans un pays qui fit la révolution au nom de la liberté, dans une Europe qui s’enorgueillit d’avoir vu naître le mouvement des Lumières, il y a de quoi être frappé de stupeur.
Le pauvre Immanuel Kant (1704-1824) doit être transformé en turbine dans sa tombe. Dans son très bref mais capital texte intitulé “Qu’est-ce que les Lumières ?”, il exhortait avec son fameux “sapere aude” chacun à avoir le courage de se servir de sa propre intelligence.
Dans le même temps, il flétrissait “la paresse et la lâcheté” qui selon lui conduisent les gens “à s’en remettre à d’autres pour leur indiquer quoi penser”.
Il n’était pas moins sévère avec les dirigeants plus ou moins bien intentionnés mais sous-estimant les citoyens, qui “après les avoir abêtis en les traitant comme des animaux domestiques, et avoir pris toutes leurs précautions pour que ces paisibles créatures ne puissent tenter un seul pas hors de la charrette où ils les tiennent enfermés, leur montrent ensuite le danger qui les menace, s'ils essayent de marcher seuls".
Pour Kant, il apparaissait logique, naturel et même inévitable “que le public s'éclaire lui-même…/… pourvu qu'on lui laisse la liberté”. Et dans cette optique, la critique et l’expression d’opinions est un droit fondamental, quel qu'en soit le sujet. A titre d’exemple, si “un citoyen ne peut refuser de payer les impôts dont il est frappé…/… il ne manque pas à son devoir en publiant, à titre de savant, sa façon de penser sur l'inconvenance ou même l'iniquité de ces impositions”. Pareillement, “il n'y a [pour le Pouvoir] aucun danger à permettre à ses sujets de faire publiquement usage de leur propre raison …/… pour faire librement la critique des lois déjà promulguées”.
Dans le même ordre d’idées, pour le philosophe, interdire aux gens d’accéder à l’information de leur choix, c’est leur imposer une tutelle infantilisante et c’est les maintenir dans “l’état de minorité” (entendu comme immaturité), ce qui est “non seulement le plus funeste, mais encore le plus avilissant de tous”.

Avant Kant, Baruch Spinoza (1632-1677) avait déjà mis en garde contre la tentation de trop contraindre les citoyens, car à agir de la sorte “ l’Etat fera qu’ils finiront par penser d’une façon, parler d’une autre que par conséquent la bonne foi, vertu si nécessaire à l’Etat, se corrompra, que l’adulation, si détestable, et la perfidie seront en honneur, entraînant la fraude avec elles et par suite la décadence de toutes les bonnes et saines habitudes.”
A l’instar de Montaigne ou de Montesquieu, Spinoza recommandait à l’Etat d’être économe en législations, car “vouloir tout soumettre à l’action des lois, c’est irriter le vice plutôt que de le corriger.” De manière prémonitoire, il précisait que “les lois qui concernent les opinions s’adressent non pas à des coupables mais à des hommes libres; qu’au lieu de punir et de réprimer les méchants, elles ne font qu’irriter d’honnêtes gens. On ne saurait donc prendre leur défense sans mettre en danger de ruine l’Etat…”

On ne saurait trop insister également sur la critique faite par Alexis de Tocqueville (1805-1859) il y a près de deux siècles de l’Etat Providence, qui semble s’adresser à notre époque. Si ce dernier travaille volontiers au bonheur des citoyens, écrivait-il, “il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages. Il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger.”
A contrario, en une seule phrase, Tocqueville a défini l’essence de toute démocratie éclairée, dans laquelle, “le premier souci d’un bon gouvernement est d’apprendre au peuple à se passer de lui”. C’est hélas tout le contraire à quoi on assiste de nos jours…

Plus près de nous, Paul Janet (1823-1899) dans son ouvrage “la liberté de penser” s’en est pris lui aussi à l’excès de zèle de l’Etat, notamment lorsque ses représentants manifestent la volonté d’imposer au peuple ce qu’ils croient vrai, oubliant “qu’une vérité dont on n’a pas douté est une vérité problématique…” Il se désolait également “qu’il se trouve encore des esprits qui, même dans l’ordre de la foi, voudraient que l’Etat intervint pour fixer ce qu’il faut croire et ce qu’il est permis de ne pas croire...”

M. Macron ferait bien de relire ces textes qu’il paraît ignorer ou qu’il a oubliés, plutôt que de s’inspirer des méthodes médiévales de l’Inquisition… Mais quoi qu'il fasse désormais, son mandat restera entaché par la fermeture de 2 chaînes télévisées très populaires, censurées arbitrairement par un comité dont il avait nommé les membres.

06 novembre 2025

Bad News, Good News

Quand on atteint le fond du fond, nos gouvernants nous apprennent qu'on peut encore forer !
Tandis qu'à l'Assemblée Nationale les élus s'échinent dans une pagaille indescriptible à creuser toujours plus profondément la tombe de notre beau pays, à coup d’impôts, de taxes et de lois absurdes, les citoyens écœurés détournent les yeux.
On nous répète que tout cela n'est pas grave. Il ne s’agit que d’un jeu à somme nulle nous dit-on, puisque l'avalanche de propositions, d'amendements de sous-amendements n'a aucune chance de former au bout du compte un budget susceptible de pouvoir être voté.
La seule finalité de cette éprouvante mascarade est de prolonger la survie d'un gouvernement sans tête et surtout de procurer un sursis à la chambre basse du Parlement.
Basse, elle n'a jamais mieux mérité ce qualificatif. Ces gens, comme des larrons en foire, prennent plaisir à multiplier les vils petits calculs démagogiques et les ententes éphémères de circonstance pour retarder l'échéance électorale qui semble les effrayer. Certains appellent encore ça une démocratie

Pendant ce temps, le monde continue de tourner. D'autres sont à l'œuvre avec un peu plus de courage, de pragmatisme d'intelligence et de détermination. Dans le microcosme franchouillard on les présente le plus souvent comme des incapables, des fous, ou pire encore, comme des suppôts du fascisme.
Peu importe. Les imbéciles aboient, la caravane passe...
En Amérique, Trump avance au bulldozer. Il est sur tous les fronts, remue ciel et terre, tant chez lui qu'à l'étranger. Moins d'un an après son élection, l'Amérique n'a jamais autant rayonné, au grand dam des grincheux qui espèrent depuis si longtemps son déclin. Ces derniers se réjouissent de l'élection à la mairie de New York d'un turlupin qui s'affiche comme anti-Trump, musulman et socialiste ! C'est peut-être un désaveu pour le Président mais c'est surtout un échec pour le parti Démocrate en voie d'implosion, miné par des courants radicaux mortifères. C'est surtout fâcheux pour la Grosse Pomme qui en l'occurrence ressemble plutôt à une poire ! Car le plus navrant dans l'histoire est qu'autant de gens continuent de croire au Père Noël. Selon le nouvel édile, tout ou presque sera désormais gratuit à New York, grâce aux taxes prises sur les riches ! La rengaine est tellement éculée qu'on aurait pu la croire rangée définitivement au musée des horreurs. Nullement, en fait. Les raconteurs de fariboles auront toujours de l'emprise sur les gogos, surtout s'ils sont amnésiques. New York, frappée en plein cœur par l'islamisme et sinistrée par le progressisme de gauche des années 70-80, devrait en savoir quelque chose mais la connaissance du passé manque manifestement à beaucoup de ses habitants. La route de la perdition s'ouvre sur de belles promesses et de bonnes intentions mais elle est pavée de douloureuses désillusions. Les mêmes causes produisant en général les mêmes effets, les résultats ne se feront pas attendre…

En Italie, Georgia Meloni continue son petit bonhomme de chemin. Celle qu'on présentait comme une pasionaria mussolinienne, est devenue, sans peine il est vrai, la personnalité la plus charismatique des dirigeants européens. Elle a procuré la stabilité à son pays et le réforme en douceur mais en profondeur. Elle a réussi l'impossible union des droites et discrédité le socialisme. Pourvu que ça dure...
En Argentine, après une élection surprise et un début de mandat en fanfare et à la tronçonneuse, Javier Milei, qu’on qualifiait de fou dangereux, vient d'engranger un nouveau succès électoral qui conforte sa politique audacieuse. En quelques mois, il est parvenu à assainir spectaculairement la situation financière de son pays. Les Argentins souffrent évidemment de ce retour brutal à la réalité, car on ne sort pas de la faillite sans peine. Mais en lui réaffirmant leur confiance, ils montrent qu’ils ont compris qu’il fallait en finir avec la scorie socialiste.
Au Japon, Sanae Takaichi, devenue tout récemment premier ministre, inscrit sans vergogne sa politique dans le sillage de Margaret Thatcher et ne fait pas mystère de sa sympathie pour celle menée par Donald Trump. Reste à voir ce dont elle est capable mais ses actions passées hardies et engagées sont de bon augure.
Sur ces quatre chefs d'État, on compte deux femmes. Jolie parité qui ne doit rien à la discrimination positive mais tout au talent. Peu de bien pensants saluent cette vraie petite révolution démocratique…

26 septembre 2025

Ils tuent la Liberté 2

On peut le dire en vers ou bien en prose. On peut l'exprimer sur tous les tons. On peut être serein, indifférent ou en colère, le fait est là : la Liberté va mal en France. Elle se réduit comme la fameuse peau de chagrin (qu’elle n’aille pas mieux ailleurs n’est pas une consolation…).
Chacun croit encore être libre, et dans les débats, on se gargarise du mot, mis à toutes les sauces. Mais comme l'air qu'on respire, il faut se sentir asphyxié pour s'apercevoir qu'on en manque, et tant qu'il ne s'agit que de celle des autres on s'en moque ou quasi. La Liberté des uns s'arrête où commence celle des autres, dit-on. Mais lorsqu'on dénie à cette dernière la légitimité de s'exprimer, alors commence le totalitarisme.
La fermeture arbitraire de deux chaînes de télévision par une ARCOM qui n’a d’indépendante que le nom s’inscrit dans cet engrenage fatidique. On peut en rapprocher les déclarations arrogantes de la directrice de France Télévision, qualifiant avec mépris d’extrême droite les opinions divergeant de la doxa partisane régnant dans le holding de service public féodal qu’elle dirige. Qu’un ancien ministre de la justice reprenne la même antienne montre le niveau d’intolérance atteint dans notre pays.

Même si les lois sont de plus en plus coercitives à l'égard des libertés individuelles, la restriction n'est pas encore vraiment ressentie dans les esprits. Pourtant le mal est là pour qui veut le voir et ses symptômes sont manifestes. Lorsque l'irresponsabilité, l'intolérance et l'ignorance montent en puissance, c'est la Liberté qui s'étiole.
La liberté totale, confinant à l’anarchie reste à ce jour une utopie. Qu'on se rassure, avec l'Etat Providence on s'en éloigne chaque jour davantage et c’est plutôt de la privation de liberté dont on souffre. Même si la contrainte se pare de bonnes intentions, ses conséquences néfastes sont légions.

Sous la tutelle asphyxiante de l’Etat, on assiste à de véritables désastres organisés :
Les déserts médicaux résultent d’une politique apparentée au centralisme bureaucratique, menée sous la férule des calamiteuses Agences Régionales de Santé, qui prive les établissements de santé et les praticiens de leur autonomie, les décourage et les pousse à la concentration au nom de principes théoriques.
La pénurie inquiétante de médicaments est largement causée par le blocage artificieux des prix par L’Etat, faussant le marché et la concurrence. Les boucs émissaires désignés sont les laboratoires pharmaceutiques. L’évidence est pourtant qu’à force d’être contraints, ils ont dû céder leurs brevets chèrement acquis, délocaliser leur production et qu’à la fin, ils rechignent à la vendre à bas prix.
La crise du logement est créée et entretenue par l’accumulation de réglementations de plus en plus absurdes, touchant à la construction, à la location, auxquelles s’ajoutent la pression fiscale et les diktats écologiques.
L’épuisement progressif de la production de fruits, de légumes, de volailles est organisé à coup de surrèglementations agricoles, de surtranspositions de règles européennes. Ce constat est affligeant pour un pays autrefois auto-suffisant ou exportateur, qui aujourd’hui se voit obligé d’importer 60% de ses poulets (vs 20% il y a quelques années). Moutarde, betteraves, cerises, blé, colza, les ressources s’amenuisent pareillement.
Le désastre du système éducatif est en très grande partie le fait de directives ubuesques, bourrées de bonnes intentions mais ignorantes des réalités de terrain, dont les effets délétères ne sont jamais contrecarrés ni même évalués.
La casse du marché automobile à laquelle on assiste est une fois encore le résultat de réglementations édictées au nom de l’idéologie, qui varient sans cesse, ne cessent de se durcir et sont assorties de taxes et de malus extravagants. En dépit des progrès techniques dont elle a bénéficié, la bagnole qui était le symbole roulant de la liberté devient un fardeau voire une aliénation.

On pourrait multiplier les exemples de ce terrible assèchement, qui se voit sans arrêt aggravé par l’irresponsabilité politique, l’intolérance idéologique de lobbies influents, et l’ignorance populaire souvent encline à croire les rumeurs plutôt que les faits.

L’intolérance confine à l’injustice lorsqu’elle édicte des lois partisanes ou qu’elle juge non sur des faits mais sur des suppositions, des hypothèses ou bien des intentions, comme on vient de le voir encore avec le procès Sarkozy, sur un supposé financement de campagne en provenance de la Libye.
Dernier épisode de la désastreuse politique internationale conduite par le Président Emmanuel Macron, il reconnaît l'existence de la Palestine sans en référer ni au Peuple ni à ses représentants. On pourrait gloser sur la naïveté et l’indignité de la mesure, de son inutilité, et de ses probables répercussions fâcheuses. Mais, sachant qu'il n'a plus guère que 15% d'opinions favorables, deux seules questions s'imposent : où est la légitimité de sa décision ? Où est la liberté de choix du Peuple ?

22 septembre 2025

Ils tuent la Liberté 1


Quand tout semble foutu
Et que cessant de croire
A tout même à l’Histoire
On est perdu

Quand rien ne vaut la peine
Et que croît le néant
Comme un gouffre béant
Rempli de haine

Quand le mal est partout
Nourrissant ses chimères
De rancunes amères
Et cassant tout

Quand l’Etat agonise
Sous les coups de boutoirs
De forbans de trottoirs
Fous de bêtise

Quand on fait des gros mots
De l’ordre et la justice
Qu’on charge la police
De tous les maux

Quand au nom de la Gauche
On tue la Liberté
Et que l’égalité
Se mue en fauche

Quand la réalité
Contrariée s’efface
Et que le faux remplace
La vérité

Quand le bon sens critique
Découragé s’enfuit
S’égarant dans la nuit
Démocratique

Quand s’éteint la Raison
Et qu’on voit la folie
De l’idéologie
À l’horizon

Alors l’Espoir s’affale
La résignation
Gagne une nation
Anencéphale

Alors tout un pays
Veut rappeler ses Pères
Et les anciens repères
Souvent trahis

Trop tard ! Ce n’est plus l’heure
D’une réaction
Face à l’extinction
Le Peuple pleure.

24 juin 2025

Ainsi va la France 1

Un amoureux de la Liberté ne peut qu’avoir de la sympathie pour David Lisnard qui porte cette dernière “au pinacle des valeurs fondamentales” et l’exprime concrètement dans son récent ouvrage, “Ainsi va la France”, audacieusement sous-titré “manifeste libéral”.
On peut partager quasi tous les constats cinglants qu’il y fait sur presque tous les aspects de notre société en pleine déconfiture, même s’ils ne sont pas vraiment nouveaux. Ils sont connus de tous ceux qui cherchent de manière objective l'information "de base” et qui sont attachés au bon sens et au pragmatisme davantage qu'à l'idéologie et aux grands principes.
Il faut toutefois préciser qu’il ne s’agit ici ni d’un programme ni d’un texte fondateur, mais d’une compilation d'articles, parus entre 2016 et 2024. D'où une épaisseur conséquente de l'ouvrage (420 pages), une certaine discontinuité du discours et quelques redondances.
N'empêche, la référence claire au libéralisme détonne avec la soupe insipide déversée au nom de la social-démocratie par tant de politiciens rassis, depuis des décennies.

On peut juger de cet engagement sur les sept thématiques abordées et les perspectives d’action proposées :
-Reprendre avant toute chose le chemin de la liberté, en l'adossant à la propriété, à la liberté d’entreprendre, et à l’apprentissage de l’esprit critique.
-Améliorer l'efficacité publique, ce qui signifie moderniser, débureaucratiser, décentraliser, car “nous assistons en fait à une accélération de la dégénérescence du social-étatisme, dépensier et bureaucratique, interventionniste et infantilisant.”
-Rétablir l'ordre en réformant la justice devenue partisane et trop laxiste, notamment face aux mineurs multi-récidivistes, en appliquant les peines, en augmentant la capacité des prisons, en luttant plus efficacement contre les fléaux qui rongent la société : islamisme, terrorisme, chaos migratoire.
-Retrouver la prospérité, c’est-à-dire avant toute chose, favoriser le libre échange, alléger la fiscalité, retrouver la rigueur budgétaire, relever l'industrie, développer le numérique, et l’IA.
-Se loger, se nourrir dans le respect de la terre: en pratiquant une “économie écologique de marché”, et une agriculture rentable allégée des contraintes excessives, en libérant l'immobilier du fatras de réglementations, et d’interdits qui le plombent. Supprimer notamment les DREAL (direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement), ARS (Agence Régionale de Santé), et MRAe (mission régionale d’autorité environnementale).
-Réparer le tissu social, ce qui implique de s’attaquer aux chantiers dévastés de la santé, de l’éducation, de la famille, et des retraites auxquelles il est urgent d’ajouter un volet fondé sur la capitalisation.
-Rétablir enfin la concorde nationale, ce qui passe par une lutte sans merci contre la décivilisation, l'incivisme, et le wokisme.

Comment ne pas être d’accord avec l’objectif affiché en conclusion de l’ouvrage : porter “l’ambition de faire de la France une superpuissance éducative et culturelle, un des pays les plus sûrs d’Europe, à l’immigration diminuée de façon draconienne et strictement maîtrisée, avec une économie compétitive qui revient dans les dix plus performantes de la planète en termes de richesse par habitant, une dépense publique ramenée dans la moyenne européenne et un revenu net rehaussé grâce à une baisse des charges et des impôts qui pèsent sur le travail et le capital."
Reste à savoir si tout cela est réalisable dans notre vieux pays usé par un désespérant égalitarisme né de la Révolution, mâtiné de socialisme débilitant et d’illusions quant aux vertus supposées de l’Etat-Providence.

à suivre…

22 mars 2025

L'Esprit des Lumières

Ce petit ouvrage, particulièrement opportun en ces temps de pénombre intellectuelle, a le mérite de mettre à l'honneur les grands esprits qu’on appelle communément Lumières, nommés ainsi pour avoir illuminé l’horizon philosophique et scientifique du XVIIIe siècle.

A tout seigneur tout honneur, sans surprise, Rousseau, Voltaire, Diderot, Montesquieu, Condorcet y occupent une place de choix. Mais d’autres sont également évoqués au fil des sujets et des citations : Locke, Hume, Newton, Lavoisier, Kant, Beccaria...

Tzvetan Todorov décline son propos sous plusieurs têtes de chapitres jugées par lui cardinales : autonomie, laïcité, vérité, humanité, universalité.
Il apparaît rapidement que ces thématiques sont en réalité étroitement liées et on suit volontiers l’auteur lorsqu’il part de la première qui consiste à se libérer des dogmes et des croyances. C’est l’essence même du mouvement, et il n’est pas le premier à comparer ce bouleversement à la révolution copernicienne.
La Terre a perdu sa position centrale, intangible, dans la nouvelle cosmogonie. Dieu perd la sienne dans la nouvelle perspective philosophique. C’est l’Homme qui devient l’objet focal vers lequel tout converge. Il ne peut ni ne doit rien attendre de qui que ce soit, hormis de lui-même. C’est un changement fondamental.
L’Homme étant par nature libre, rien ni personne n’a la légitimité de l’asservir et plus aucun dogme n’a d’autorité, plus aucune institution n’est sacrée. Les gouvernements et les lois sont nécessaires mais n’ont plus de caractère divin. A noter qu'il n’est toutefois pas nécessaire de récuser les religions, simplement d’adopter une attitude de tolérance et de liberté de conscience

Comme l’être humain est fait pour vivre en société, il est impératif de conserver des règles de vie communes, pour éviter le chaos et l’anarchie. La notion de contrat social devient rapidement incontournable, développée par John Locke puis par Rousseau. Le corpus réglementaire qu’il suppose repose sur le respect de la liberté individuelle, notamment, celle d’expression et de publication. Et le progrès vers lequel tend naturellement la société se fonde sur la connaissance et la recherche de vérité.

Parvenu à ce stade, le lecteur a passé en revue les thématiques servant de canevas à l’ouvrage et s’il était ignorant du contexte historique et de l’esprit des Lumières, le voilà bien éclairé sur quelques notions essentielles.
Il peut rester sur sa faim car la réflexion se fait parfois un peu courte notamment lorsqu'il s'agit d'analyser l'évolution et les applications pratiques de ce courant de pensée.
Les rejets et les détournements font l’objet d’un chapitre, mais ils se bornent à des réflexions générales, parfois sujettes à controverse.
A juste titre, Todorov souligne la dérive colonialiste dont Condorcet se fit l’apôtre dans le dessein “d’apporter la lumière à tous”. Mais il peine à imputer aux Lumières les désastres révolutionnaires qui ont été commis au nom des grands principes, de la terreur de 1793 aux totalitarismes du XXème siècle. Pire, il semble confondre parfois le bon grain et l’ivraie, renvoyant par exemple dos à dos le marxisme-léninisme et le libéralisme.
A cette fin, il interprète de manière hasardeuse la pensée du pape Jean-Paul II, évoquant notamment un écrit dans lequel ce dernier affirme que “le drame des Lumières” est qu’elles ont rejeté le Christ, et que “par là s’est ouverte la voie vers les expériences dévastatrices du mal qui devait venir plus tard”.
Todorov se croit autorisé à en déduire que selon l’opinion papale, "le marxisme totalitaire et le libéralisme occidental sont des variantes à peine distinctes de la même idéologie". Cela semble très éloigné de la conception de Jean-Paul Il qui mit toute son énergie à lutter contre le fléau du communisme mais ne manifesta jamais un tel acharnement à propos du libéralisme, même s'il s'est élevé contre certains excès permis par la liberté, notamment le matérialisme, l'égoïsme et la cupidité. Il faudrait en la circonstance évoquer plutôt son successeur François, qui flétrit régulièrement le libéralisme avec plus qu'un brin de mauvaise foi si l'on peut dire…

Lorsque l’on poursuit le parcours intellectuel des Lumières jusqu’à notre monde contemporain, on se trouve tôt ou tard à la croisée des chemins entre le socialisme et le libéralisme qu’on peut considérer comme deux évolutions divergentes des mêmes idéaux. Même s’il faut éviter d’être trop manichéen, il faut bien choisir. Le flou idéologique duquel Todorov se montre incapable de s'extraire est la vraie faiblesse de l'ouvrage.
Rousseau, qu’il qualifie abusivement de “plus profond penseur français au temps des lumières”, peut être jugé proche des principes menant au marxisme, même si rien ne prouve qu'il les eut approuvés. En tout état de cause, ses frères de pensée ont bien plus de parenté avec les Pères Fondateurs de la Démocratie Américaine, laquelle représente l'application la plus aboutie de l'idéal de société porté par les Lumières.

L’Amérique n’est pas la seule à avoir cherché à mettre en œuvre les préconisations des Lumières, mais elle représente, qu’on le veuille ou non, le modèle le plus équilibré et durable de démocratie éclairée, et elle est celle qui a poussé le plus loin la logique de liberté individuelle. Au surplus, c’est elle qui a appliqué avec le plus de pragmatisme celle d’égalité.
Ces deux notions auraient gagné à faire l’objet de développements plus approfondis par Todorov.

Le libéralisme n’entend pas séparer la liberté en plusieurs composantes comme le fait le socialisme, qui en rejette certaines, notamment celle relevant du domaine économique. Dans ses pires acceptions, le socialisme, par essence collectiviste, va même jusqu'à piétiner les libertés individuelles au nom du Bien Commun. C’est un non sens, en contradiction flagrante avec la philosophie des Lumières.
A l'inverse, le socialisme fait un tout de l’égalité :égalité des chances, égalité des droits, égalité des conditions. C’est encore une aberration étrangère au libéralisme qui privilégie les deux premières au détriment de la troisième jugée néfaste à tout progrès et initiative. C’est beaucoup plus conforme à l’esprit des Lumières, tel qu’il apparaît chez David Hume. Dans son enquête sur les principes de la morale parue en 1751, le philosophe écossais mit solennellement en garde contre l’égalitarisme prôné à l’époque par les Levellers, ancêtres des Socialistes. Il les accusa même, de se comporter comme « une sorte de fanatiques politiques, dérivée de l’espèce religieuse »

On pourrait faire d’autres reproches à Todorov.
Celui d'avoir occulté l'importance de l'esprit critique, indispensable à toute démarche scientifique, et d'être passé trop rapidement sur les aspects moraux de la philosophie des Lumières si magnifiquement développés par Immanuel Kant. Ou bien de n’avoir pas évoqué le fédéralisme, qu’on peut considérer comme un principe cardinal, car il fut préconisé par le même Kant, comme moyen de tendre vers la paix perpétuelle et le progrès. Encore une fois, les États-Unis cochent la case…
En revanche, son argumentation faisant de l’abolition de la peine de mort un prérequis des Lumières, est des plus discutables, relevant quasi du hors sujet. Selon lui, “si l’assassinat privé est un crime, comment l’assassinat public ne le serait-il pas ?” On pourrait lui répondre par une autre interrogation : comment mettre sur un pied d'égalité un délit criminel et une décision de justice ? Le faire conduit à nier la légitimité de cette dernière, ce qui revient à contrevenir à un des principes fondamentaux des Lumières. Qu'on soit pour ou contre la peine de mort, cela relève du débat d'opinions et non d'un quelconque postulat philosophique.

Au total, ce texte est salutaire, mais hélas trop fragmentaire et inabouti pour servir à l’édification des foules et à la glorification de la belle aventure des Lumières !

26 février 2025

Le drapeau noir flotte sur la marmite

Notre pays s’enfonce chaque jour un peu plus dans le marasme. Marasme à tous les étages : politique, décisionnel, juridictionnel, idéologique. En lieu et place du fameux bouillon de culture qui infusait autrefois (il y a bien longtemps...), il ne reste qu’une infâme marmite, dans laquelle il n’y a plus ni jus ni effervescence. Juste la pression croissante de gaz nauséabonds à l’effet asphyxiant.

On sait depuis belle lurette qu’en France la liberté d’entreprendre est très contrainte par une bureaucratie prolifique et une fiscalité décourageante. Le droit de s'exprimer est quant à lui sévèrement réglementé par des lois iniques interdisant tout propos supposé heurter la doxa régnante. Des commissaires tatillons peuplent une myriade de petits soviets à la solde du gouvernement. Ils calculent à la seconde près le temps de parole de chacun, évaluant leur teneur politique à l'aune du credo bien pensant officiel, et infligent des amendes exorbitantes aux contrevenants.
Aujourd’hui, on a franchi un nouveau cap.
Désormais, la chape s'abat sur les médias libres.

Cette semaine sera marquée par la fermeture arbitraire de deux chaînes de télévision privées, C8 et NRJ12. Les deux étaient florissantes en matière de popularité. Elles offraient à ceux qui le souhaitaient des émissions variées, mêlant divertissement, réflexion, culture, documentation, vie animale… C8 était même parmi les chaînes de la TNT, celle qui avait le plus d’audience, ne coûtant rien au contribuable.
Dans quel régime sommes-nous donc pour en arriver à de telles extrémités ?

La décision est inepte, injuste, abracadabrante, mais le pire est qu’elle passe sans rébellion ou quasi.
Le Conseil d’Etat a validé l'oukase émis par l’ARCOM. Le Chef de l’Etat n’a pas bougé un sourcil, plaidant de manière hypocrite l'indépendance de l’ARCOM, mise en place par ses soins. Alors que la menace d’une démission aurait dû s'imposer pour éviter une telle crapulerie partisane, aucun des ministres n’a bronché, pas même celle de la culture. Ils se sont bornés, comme Tartuffe, à déplorer avec des larmes de crocodile le fait accompli. Hormis quelques exceptions notables, on n'entend rien du côté des journalistes prétendument attachés à la liberté et à l’indépendance des médias, et pas davantage venant des associations clamant la défense des droits de l’homme et la liberté d’opinion.

Le 1er Mars 2025, lorsque apparaîtront les deux trous noirs au sein du paysage audio-visuel français, ce sera un jour de honte pour le pays, et d’indignité pour tous ceux qui se seront tus devant l’infâmie. Honneur au vice-président américain Vance, qui alerta notre vieux continent sur la faillite en cours de la liberté d’information et d’expression sur notre vieux continent.
Mais est-il déjà trop tard pour s’opposer au règne débilitant de la censure ?

21 novembre 2024

Le Pataquès du MERCOSUR

Aussi vrai que la Terre est ronde, on sait que le libre échange est plus souhaitable que le protectionnisme. Hélas, comme nombre de lois économiques établies, il est régulièrement remis en cause, contre toute évidence, au nom de principes idéologiques, nationalistes ou simplement chauvins.
La démonstration de son bien fondé, maintes fois apportée au cours de l’Histoire, relève de l’évidence. A contrario, comment peut-on raisonnablement soutenir l’idée que les contraintes, les interdits et les taxes soient de nature à favoriser le commerce et la prospérité, et par voie de conséquence, à contribuer à la paix et à l’entente cordiale entre les nations ? Le repli sur soi n’est jamais la solution, surtout s’il s’associe à la défiance voire à l’animosité vis-à-vis d’autrui.
C’est pourtant ce qu’on voudrait nous faire croire en cette fin d’année, alors que la colère paysanne gronde à nouveau.
Entre autres causes à ce mécontentement, les négociations de l’Union Européenne avec les pays d’Amérique du Sud, au titre du désormais fameux MERCOSUR, sont passées au premier plan. Il faut dire qu’elles étaient supposées parvenir enfin à leur terme, après 25 ans de discussions.
Véritable pierre d’achoppement sur laquelle toutes les bonnes volontés se brisent, le MERCOSUR est devenu le réceptacle des lâchetés de l’État Providence et le bouc émissaire masquant son incurie. C’est simple, plus aucun élu ne défend désormais ce projet sur lequel l’Union Européenne s’est pourtant résolument engagée depuis des lustres.

Le MERCOSUR est en quelque sorte le marché commun des pays d’Amérique du Sud, dominé par les deux géants que sont le Brésil et l’Argentine, auxquels sont venus s’associer Uruguay, Paraguay, Bolivie, Chili, Équateur, Pérou, Colombie, Guyana et Suriname. Sa création ne date pas d’hier puisqu’elle remonte à 1985, et qu’il fut entériné sous ce nom en 1991. C’est à ce jour la quatrième zone d’échanges mondiale et selon toute probabilité elle promet de progresser encore. Refuser d’y participer ou s’en exclure risque donc d’être préjudiciable.

L’Union Européenne a commencé à s’y intéresser à la fin des années 90, et après avoir signé un premier accord-cadre en 2005, a validé en 2019 un traité de coopération comportant plusieurs volets. On parle surtout de celui libéralisant le commerce, mais d’autres concernent la recherche, l’éducation, la cybercriminalité et même la protection de l’environnement !
Le traité n'a pu entrer en vigueur à cause de l’opposition de la France, qui estime qu’il ne prend pas en compte cette dernière et qu’il installerait une concurrence déloyale en matière agricole. Les négociations actuelles étaient supposées parvenir à lever les derniers obstacles à la ratification.

Il est intéressant de préciser qu’un projet de coopération entre les Etats-Unis et nombre de pays sud-américains est également sur les rails depuis quelques décennies. D’abord baptisé ALENA, il devait déboucher sur un accord plus large établissant une Zone de Libre Échange des Amériques (ZLEA), mais le dit accord ramené à une version très réduite sous l’appellation ALEAC, ne fut jamais mis en œuvre à cause de l’opposition de plusieurs pays du MERCOSUR craignant la suprématie des USA !

Si notre pays se targue de défendre en la circonstance les valeurs écologiques en rejetant aussi violemment le traité de coopération avec le MERCOSUR, il le fait hélas surtout pour de bien mauvaises raisons.
Après avoir méthodiquement privé notre agriculture de toutes les armes avec lesquelles elle pourrait livrer le combat de la concurrence internationale, le gouvernement se trouve en porte-à-faux, confronté à l’incohérence de sa stratégie.
Nos brillants politiciens ont en effet plombé le secteur, en ajoutant toujours plus de charges sociales, de taxes en tous genres et en alourdissant sans cesse le code du travail. Non contents de cette politique désastreuse, il l’ont contraint encore un peu plus par des ukases et des interdits ubuesques imposés au nom d’un principe de précaution qui ne veut rien dire, allant jusqu’à sur-transposer les directives européennes déjà drastiques. A titre de dernier clou doré posé sur le cercueil, ils ont, au nom de la Politique Agricole Commune (PAC), distribué généreusement des aides et des subventions qui masquent le problème, coûtent des sommes faramineuses et faussent le jeu des prix, causant in fine de désolants gâchis.
Arrivés au bout de l’impasse, ils demandent en désespoir de cause l’instauration de “clauses miroirs” à leurs hypothétiques partenaires, pour rétablir un tant soit peu l’équilibre des contraintes. On connaît l’antienne déjà maintes fois chantée pour réclamer l’harmonisation fiscale à tous les pays qui imposent moins leurs concitoyens que ne le fait la France, devenue championne du monde en la matière.
En toute logique, ces clauses de réciprocité sont illusoires car complexes à mettre en œuvre, à contrôler et de toute manière très probablement insuffisantes pour rééquilibrer les forces. Même face à leurs partenaires européens, supposés être assujettis aux mêmes lois, les paysans français ne font plus le poids tant on leur a ajouté de boulets aux pieds.

L’adage qui veut que l’enfer soit pavé de bonnes intentions trouve une nouvelle et consternante illustration. A force de vouloir bien faire et de tout réglementer, de tout moraliser, le Pouvoir se trouve devant un dilemme cornélien : soit il livre ses agriculteurs pieds et poings liés à la concurrence mondiale, au risque de provoquer un dernier baroud en forme de révolte dévastatrice, soit il les étouffe sous la chape du protectionnisme et le poids de la bureaucratie en condamnant les citoyens à payer très cher le maigre produit de récoltes de plus en plus contingentées. Comme il paraît décidément impossible d’élaguer l’inextricable et envahissante jungle réglementaire et de simplifier les procédures, dans les deux cas, c’est la mort de l’agriculture française qui se profile à l’horizon, et le déclassement mondial de notre pays. Triste perspective…

17 février 2024

Vive CNEWS !

La petite chaîne de télévision CNEWS, née dans la douleur et malgré l’intolérance partisane en 2017, sur les décombres de ITélé, s’est en quelques années, hissée au premier plan du paysage audiovisuel français (le PAF…).
Elle a su créer un ton nouveau, et attirer quelques journalistes de talent, particulièrement charismatiques. On retient évidemment les prestations de Pascal Praud qui n’a pas son pareil pour animer en semaine, matin et soir, des débats et des controverses pétillantes, avec sa désormais fameuse “Heure des Pros”. On retient également le duo Christine Kelly - Eric Zemmour qui a largement contribué à doper les audiences. A leur suite, sont entrées en scène les professionnelles chevronnées que sont Laurence Ferrari, Sonia Mabrouk, et d’autres plus jeunes mais prometteurs tels Julien Pasquet, Eliot Deval ou Gauthier Le Bret. Sans oublier Anne Fulda qui a le mérite de proposer une émission littéraire quotidienne !
Le succès croissant de la chaîne témoigne de ce dynamisme éditorial et de l’originalité de ses contenus.

C’est sans doute un peu, si ce n’est beaucoup, pour ça qu’on cherche régulièrement à restreindre cette aura médiatique grandissante, détonant dans le pseudo consensus des idées reçues chères à Flaubert.
Comment expliquer sinon le zèle opiniâtre du CSA, devenu ARCOM, ou celui de ministres de la culture vindicatifs, et bien sûr de nombre d’organisations auto-proclamées progressistes, à flétrir l’intrus qualifié de partisan, de droite, voire d’extrême droite ou de complotiste ?
L’argument est tellement éculé qu’il pourrait prêter à sourire. Il pourrait même être qualifié de grotesque lorsqu’on voit l’orientation politique quasi monolithique de tous les canaux télévisés étatiques. Ceux dont on attendrait justement l’objectivité si ce n’est la neutralité…
Si l'on suit la logique insane de ces gens qui dénoncent la pensée de droite, c'est bien la preuve qu'ils sont du bord opposé ! D'ailleurs les a-t-on vu critiquer un organe de presse pour son orientation à gauche ? Nullement...

L’initiative récente de Reporters Sans Frontière (RSF) s’inscrit de manière édifiante dans ce concert des bien pensants à sens unique. Un média d’information et d’opinions mouchardé par ceux-là même qui ont fait vocation de défendre la liberté de la presse, quel paradoxe ! La machine à inverser les valeurs tourne décidément à plein régime…
Un malheur n’arrivant pas seul, le Conseil d’Etat, saisi par ces dérisoires censeurs de la pensée, leur donne raison et ordonne à l’ARCOM de mieux encadrer les faits et gestes de CNEWS, de mieux faire respecter “le pluralisme et l’indépendance de l’information” en tenant compte “des interventions de l’ensemble des participants des chaînes de la TNT”.../… “suivant des modalités qu’il lui appartient de définir”.
En d’autres termes, on comprend qu'on en viendra à ficher de manière arbitraire les orientations politiques des journalistes, des chroniqueurs, et de tous les intervenants, météo comprise, en leur collant une étiquette définitive, comme dans les plus odieux totalitarismes.
On en était déjà arrivé, dans notre pauvre pays, à minuter à la seconde près le temps de parole des politiciens. Faudra-t-il désormais, pour tenter de faire taire CNEWS, chronométrer tous les propos de toutes les personnes s’exprimant sur les plateaux des quelques centaines de chaînes télévisées, selon leur tonalité politique supposée de droite ou de gauche ?
Ubu et Kafka réunis sont dépassés par ce projet démentiel qui constitue une nouvelle attaque contre la liberté d’expression, qui témoigne de la manie de tout contrôler, et qui démontre l’emprise plus que jamais asphyxiante de la bureaucratie.
On peut bien nous parler de simplification ! Chaque jour hélas, on voit s'accroître le poids des réglementations édictées par l’Etat, ses nombreuses succursales, et les innombrables petits potentats et groupes de pression subventionnés, sans aucune légitimité populaire.

Moralité : avec ce nouvel ukase, c’est la télé, déjà mal en point, qu’on veut tuer.
Corollaire : on attend devant un tel affront une réaction ferme et unanime, témoignant de la solidarité journalistique…

08 février 2024

John Galt à Davos ?

Dans le flot chaotique de l’actualité, le
forum économique mondial de Davos (15-19/01/2024) est passé quasi inaperçu. Son objectif principal était pourtant de “Rebâtir la confiance et d’améliorer l’état du Monde ”. Quoi de plus nécessaire par les temps qui courent ?
On eut droit à un magnifique feu d’artifices de belles propositions et à une flopée d’ambitieux plans sur la comète (ou plutôt sur la planète). De dépenses nouvelles il fut largement question. D’économies et de bon sens beaucoup moins…
Plusieurs sujets étaient à l'ordre du jour. Bien sûr le réchauffement climatique avait une place de choix. L’émissaire américain John Kerry, rappela que l’administration dont il dépend avait, par le biais de l’IRA (Inflation Reduction Act), dépensé 369 milliards de dollars visant notamment à subventionner la fabrication de véhicules électriques et d'autres technologies vertes. Non content de ces sommes astronomiques, il souligna que pour rester dans l’impératif de hausse des températures de l’accord de Paris, il faudrait “de l’argent, de l’argent, de l’argent, de l’argent, de l’argent, de l’argent, de l’argent.”
Emmanuel Macron, qui n’est plus à un déficit près, s’est fait un plaisir de renchérir. Décidément à mille lieues des préoccupations des agriculteurs, il s’est fait le champion du climat et de la biodiversité, quoi qu’il en coûte. Il a notamment encouragé l’Europe à émettre à nouveau de la dette commune pour investir dans « de grandes priorités d’avenir », notamment l’intelligence artificielle et le verdissement de l’industrie.

Mais le clou de la cérémonie fut incontestablement le discours du président Javier Milei, très peu rapporté par les médias, alors qu’il valait assurément son pesant de cacahuètes. Fraîchement porté par son peuple à la présidence de la république argentine, il entend mener sa mission au pas de charge. Indifférent aux mirages climatiques, aux sirènes des taux d’intérêt et autres licornes de l’intelligence artificielle, il préféra porter le fer contre le "socialisme" dont l’idéologie règne encore selon lui un peu partout et qui "mène à la pauvreté".
Beaucoup verront évidemment les excès dérangeants d’un discours rompant avec les canons soporifiques du consensus. Beaucoup réduiront même le propos à ces outrances et le rangeront au mieux au rang des élucubrations ultra-libérales et au pire des délires populistes ou d’extrême droite.
Des exagérations il y en a assurément car le pavé est jeté avec force dans la mare, mais des vérités factuelles, il y en a également, qu’on le veuille ou non :

"Je suis ici aujourd’hui pour vous dire que l’Occident est en danger. Il est en danger parce que ceux qui sont censés défendre les valeurs de l’Occident sont cooptés par une vision du monde qui — inexorablement — conduit au socialisme, et par conséquent à la pauvreté.../...
Ayant adopté le modèle de la liberté — en 1860 — l’Argentine est devenue en 35 ans la première puissance mondiale, et qu’après avoir embrassé le collectivisme, elle a commencé à s’appauvrir systématiquement, jusqu’à tomber de nos jours au 140e rang mondial.../...

Grâce au capitalisme de libre entreprise, le monde est aujourd’hui au mieux de sa forme. Dans toute l’histoire de l’humanité, il n’y a jamais eu de période de plus grande prospérité que celle que nous vivons aujourd’hui.
Par contraste, le socialisme s’est, toujours et partout, révélé un phénomène appauvrissant, qui a échoué dans tous les pays où il a été tenté. Ce fut un échec économique, un échec social, un échec culturel. Il a tué plus de 100 millions d’êtres humains.../...

Même dans ses versions les plus modérées, la solution proposée par les socio-démocrates n’est pas plus de liberté, mais plus de réglementation, générant une spirale descendante de réglementation jusqu’à ce que nous finissions tous plus pauvres et que la vie de chacun d’entre nous dépende d’un bureaucrate assis dans un bureau luxueux.
Les socialistes ont peu ou prou abandonné la lutte des classes, mais ils l’ont remplacée par d’autres prétendus conflits sociaux tout aussi nuisibles à la vie collective et à la croissance économique. La première de ces nouvelles batailles fut la lutte ridicule et contre nature entre les hommes et les femmes.
Un autre conflit déclenché récemment est celui de l’homme contre la nature. Ils affirment que les êtres humains endommagent la planète et qu’elle doit être protégée à tout prix, allant même jusqu’à préconiser des mécanismes de contrôle de la population ou l’agenda sanglant de l’avortement."

Après avoir martelé que "Le monde occidental est en danger" face à ces lubies idéologiques, le nouveau président argentin s’est livré à une ardente apologie des chefs d’entreprises et des hommes d’affaires :
“Ne vous laissez pas intimider par les parasites qui vivent de l’État”
"Vous êtes des bienfaiteurs sociaux. Vous êtes des héros. Vous êtes les créateurs de la période de prospérité la plus extraordinaire que nous ayons jamais connue. Que personne ne vous dise que votre ambition est immorale. Si vous gagnez de l’argent, c’est parce que vous offrez un meilleur produit à un meilleur prix, contribuant ainsi au bien-être général."

Vous imaginez l'ambiance à Davos pendant cet exposé rageur. Il paraît qu’il y eut tout de même quelques applaudissements…
Pour un amoureux de la liberté pragmatique, un discours ne fait pas tout, et il y a souvent loin des intentions aux actes. Mais il est plutôt rafraîchissant d’entendre à nouveau des intonations rappelant Reagan, Thatcher, et les grands penseurs du libéralisme tels Schumpeter, Hayek, Friedman, Sowell ou bien notre cher Tocqueville, qui inventa la notion d’Etat-Providence. On pense également à Ayn Rand et à son fabuleux roman Atlas Shrugged. Javier Milei serait-il l’incarnation du fameux John Galt ?
Quand on connaît l’état de l’Argentine, on ne peut que souhaiter ardemment qu’il réussisse, tout en pensant que son parcours sera semé d’embûches par les ennemis de la cause…

20 juillet 2023

Inégalités vs Pauveté

On entend souvent certaines âmes prétendument bien intentionnées et certains économistes à la petite semaine, se désespérer de l’accroissement incessant des inégalités dans le monde. Derrière ces lamentations surgit en général assez rapidement la critique acerbe du capitalisme et du libéralisme accusés de faire régner la loi de la jungle.
Cette optique grossièrement déformante, permet facilement de faire passer et repasser le message lancinant affirmant que “les riches deviennent chaque jour un peu plus riches tandis que les pauvres sont de plus en plus pauvres”.
Comme tous les slogans, il est fallacieux mais par un étrange paradoxe il fait mouche auprès des gogos qui le prennent au pied de la lettre sans chercher la moindre confirmation un tant soit peu étayée.
Les inégalités si tant qu’elles existent et qu’elles s’accroissent, n’ont qu’un rapport trompeur avec la pauvreté, qui elle-même n’est pas à confondre avec la misère.
Que m’importe après tout qu’il y ait des gens immensément plus riches que moi, si ce que je possède suffit à mon bonheur ? Et pour aller plus loin, serais-je plus heureux si les ultra-riches étaient tout à coup appauvris par je ne sais quelle baguette pas du tout magique ?

Une récente étude parue dans le Wall Street Journal (WSJ) montre que les Européens deviennent de plus en plus pauvres, alors que les inégalités de revenus se réduisent régulièrement (notamment en France). Parallèlement, les Américains deviennent eux de plus en plus riches, nonobstant les inégalités faramineuses existant dans cet antre du capitalisme honni.
Cette enquête révèle également que les salaires sont en baisse régulière en Europe, tandis qu’ils ne cessent d’augmenter aux USA. Depuis 2019 ils ont ainsi baissé de 3,5% en Italie et jusqu’à 6% en Grèce tandis qu’ils grimpaient de 6% outre-atlantique (après lissage de l’inflation).
En 2019 précisément, une autre étude, émanant de la Foudation for Economic Education (FEE) avait montré que les 20% les plus pauvres aux Etats-Unis avaient un pouvoir d’achat supérieur à celui de la moyenne des autres pays de l’OCDE ! Autrement dit, si ces Américains les plus pauvres formaient une nation, elle serait encore l’une des plus riches du monde !
Face à ces constats, le WSJ enfonce le clou là où ça fait mal, en expliquant que les Européens ont privilégié le temps libre et la sécurité de l’emploi. Le malaise socio-économique ressenti sur le vieux continent relève donc de l’adage qui stipule qu’on ne peut avoir à la fois le beurre et l’argent du beurre.
Parmi les causes de l’appauvrissement européen, il faut prendre également en considération, selon ces études, les dépenses astronomiques occasionnées par la transition écologique, le très haut niveau des taxes et le coût faramineux de la protection sociale, des aides, des allocations, des primes qui découragent le travail et plombent les salaires. Résultat, en Europe où l’on devrait vivre heureux grâce aux bienfaits de l’État-Providence, on est pauvre et morose. En Amérique où les citoyens doivent avant tout compter sur eux-mêmes, ils sont désespérément prospères et optimistes.

La mesure abrupte des inégalités ne vaut donc pas grand-chose et à tout prendre, contrairement aux allégations ineptes de l’écolo-cheffe Marine Tondelier, il vaut mieux quelques ultra-riches au sein d’une population aux revenus confortables que des millions de pauvres, sans inégalité mais également sans espoir. Sans doute est-ce la même logique qui veut qu’il n’y ait qu’un très gros gagnant au loto, empochant des dizaines de millions, plutôt que des millions à récolter des clopinettes… Ce qui n'empêche que 100% des gagnants ont tenté leur chance !
Le taux de pauvreté au sein d’une population ne donne qu’une idée limitée voire biaisée de la prospérité et du bien être général puisque ce n’est jamais que la proportion de gens gagnant moins de la moitié du revenu médian de ladite population. Surtout elle perd tout son sens lorsqu’on compare des pays dont les niveaux de vie sont très différents, puisqu’on ne parle plus alors de la même pauvreté. On est toujours le pauvre de quelqu’un en somme. Mais là encore, les slogans sont pris en défaut. Contrairement à une idée reçue très tenace, l'extrême pauvreté recule dans le monde. Il y a certes encore des progrès à faire, mais une chose est sûre, contrairement à la vieille rengaine socialiste, ce n’est pas en appauvrissant les riches qu’on enrichira les pauvres…

09 février 2023

Superprofits

L’annonce en fanfare des profits réalisés l’an passé par TotalEnergie et plus accessoirement par la BNP déclenche un tollé. Dans notre vieux pays ranci dans l’égalitarisme socialiste, cette agitation était prévisible, et donc très probablement instrumentalisée par les médias et plus ou moins consciemment par le monde politique.
Plutôt que de se réjouir de la bonne santé d’une entreprise, on lui jette des pierres, ainsi bien sûr qu’à ses actionnaires (dont certains contempteurs font partie via leur plan d’épargne, sans même le savoir !). Et comme à l’accoutumée, se posent les questions classiques et en apparence paradoxales reliant ces bénéfices records au prix exorbitant du carburant à la pompe, et aux plans de licenciements prévus par la BNP.

Vouloir faire un rapprochement entre ces faits n’a guère de sens, mais qu’importe, les clichés ont la vie dure.
Évacuons d’emblée la question portant sur l’emploi et les licenciements. A quoi bon maintenir des emplois inutiles, au seul motif qu’on fait des profits ? Comme l’a bien montré Frédéric Bastiat en son temps, c’est idiot au plan logique, néfaste pour les autres entreprises qui pourraient employer ces gens, et frustrant pour les salariés concernés, devenus en quelque sorte cinquième roue du carrosse… Faire comprendre cela à des cerveaux soumis au feu roulant de la propagande anti-libérale, plus enclins aux opinions toutes faites qu’à l’esprit critique, s’avère une gageure…

S’agissant des produits pétroliers, pourquoi s’étonner, lorsque le prix de la matière première augmente, que croissent également tous les frais adjacents calculés au pourcentage de ce prix brut, en fonction de la conjoncture internationale et plus encore de la loi de l’offre et de la demande ?
Parmi ces frais annexes, il y a certes la marge des raffineurs et des distributeurs, mais que dire des taxes ?
L’État, dont la valeur ajoutée au produit est nulle, empoche par simple prélèvement, des sommes considérables. Sont-ce des profits sachant que nos gouvernants ont pris la fâcheuse habitude, en toute circonstance, de dépenser plus qu'ils ne perçoivent ?
Tout de même, lorsque l’on regarde la décomposition du prix du carburant, il y a de quoi réfléchir. On dit classiquement que la fiscalité représente 60% du prix payé à la pompe. Pour ce faire, il faut additionner 3 taxes : la TICPE, la plus importante, la TVA sur la TICPE, et la TVA sur le produit fini.
Le montant de la TICPE est fixe, quoique modulé en fonction des régions et de la volonté du Parlement. Elle garantit donc à l’Etat un revenu confortable, quel que soit le cours du Brut. La TVA sur la TICPE suit dans ses évolutions cette dernière, mais il s’agit d’une taxe sur une taxe ! Enfin, le montant de la TVA sur le produit fini, varie en fonction du prix de celui-ci, et agit également comme une surtaxe. Son rendement est donc d’autant meilleur que le prix de la matière première est haut, et s’accroît également proportionnellement aux marges prises par les intermédiaires. Au total (si je puis dire), la part des taxes n’est pas de 60% ce qui est déjà énorme, mais de 150% (qu’on obtient en divisant le montant total des taxes par le prix hors taxes) !
Dans l’affaire, l’État est donc le principal bénéficiaire des ventes de produits pétroliers, et cela sans rien faire !

Hélas, il lui faudrait toujours plus de gains pour paraît-il les redistribuer au bon peuple. N’oublions pas qu’il perçoit également l’impôt sur les sociétés qui pour la seule TotalEnergie s’élève à 30 milliards d’euros par an. La majorité du chiffre d'affaires étant réalisé à l’étranger, l’Etat français ne touche que 200 millions !
Les gens qui veulent surtaxer les superprofits, outre qu'ils ignorent que c'est déjà fait, ne retireraient donc pas grand chose de leur racket, hormis l’affaiblissement progressif des entreprises ou bien l’accroissement de leur externalisation. C’est ce qui s’appelle tuer la poule aux œufs d’or. N’empêche on y croit encore dur comme fer en France…