18 janvier 2008

Notre existence a-t-elle un sens ?


Jean Staune dans un ouvrage récent, tente par la médiation de la science d'apporter des éléments de réponse à la question qui taraude depuis toujours les êtres humains : Notre existence a-t-elle un sens ?
L'entreprise semble de prime abord un peu vaine si l'on pense que cette interrogation relève du champ de la métaphysique et qu'on ne peut y répondre par l'affirmative qu'en supposant acquis le principe d'une réalité suprasensible qu'on appelle communément Dieu (quel pourrait-être en effet le sens de l'existence humaine qui viendrait de nulle part et s'achèverait dans le néant ?)
Dans un tel contexte, comment diantre la science pourrait-elle prétendre expliquer ce qui par essence la dépasse ?
D'autant qu'au fil de l'histoire de l'Humanité, la religion et la science n'ont pas vraiment fait bon ménage. La croyance en Dieu, qui a précédé le raisonnement scientifique, en a plutôt freiné le développement quand elle n'a pas conduit à en nier carrément les découvertes tout en persécutant les savants qui osaient réfuter les dogmes "immanents". Les mésaventures de Copernic et de Galilée entre autres exemples, en témoignent de manière éloquente.
Les scientifiques quant à eux, par leurs démonstrations rigoureuses, et les applications pratiques de leur savoir, sont parvenus progressivement à faire reculer certaines croyances, au point de se croire autorisés à affirmer parfois un matérialisme et un athéisme arrogants. On se souvient de l'expression restée célèbre de Claude Bernard affirmant qu'il n'avait jamais rencontré l'âme au bout de son scalpel.
Et en 1935, dans son ouvrage Science et Religion, le philosophe anglais Bertrand Russell pouvait non sans une certaine satisfaction, constater : « Entre la science et la religion a eu lieu un conflit prolongé, dont jusqu'à ces dernières années, la science est invariablement sortie victorieuse. »
Dès la fin du XVIIIè siècle, les progrès scientifiques étaient devenus tels qu'on en était arrivé à l'instar de Laplace, à penser que tout était explicable et que l'univers lui-même dans ses moindres rouages, obéissait à un froid déterminisme. Les héritiers des Lumières, nombreux encore de nos jours, continuent de penser que tout n'est que matière et hasard. Jacques Monod concluait son fameux ouvrage « le hasard et la nécessité » par cette sentence sans appel : « L’ancienne alliance est rompue : l’homme sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’Univers, d’où il a émergé purement par hasard.» Plus récemment, le découvreur de la structure de l'ADN, Francis Crick faisait en 1993 "l'hypothèse stupéfiante" que "chacun de nous est le comportement d'un vaste ensemble de neurones en interactions".
Selon Jean Staune, la science moderne, qui révèle un nombre croissant d'incertitudes et beaucoup d'indétermination dans la nature, ne permet pourtant plus de faire des constats aussi abrupts. Au contraire elle semble déboucher de plus en plus souvent sur des mystères de portée métaphysique.
Ça commence avec la mécanique quantique qui affirme qu'il est impossible à l'échelle atomique de déterminer à la fois la position et la vitesse d'une particule. Tout se passe comme si cette dernière avait à la fois une nature corpusculaire et une fonction d'onde.
Ça passe par les travaux d'Einstein d'autre part, qui mettent à mal les postulats de la géométrie euclidienne et ceux de la physique newtonienne, et introduisent une relation étrange entre le temps et l'espace, en démontrant que ces grandeurs sont relatives. Le hasard lui-même est une simple notion mathématique, sans rôle créateur : « Dieu ne joue pas aux dés ».
Pareillement, en matière d'évolution, tout ne peut être expliqué par la sélection naturelle chère à Darwin. Certes elle contribue à façonner les êtres vivants, mais elle ne crée rien. En définitive, la théorie a même tendance à tourner en rond à la manière d'une tautologie : "elle prédit la survivance des mieux adaptés, mais qui sont les mieux adaptés : ceux qui survivent..."
Ça se poursuit en logique, avec Gödel qui montre qu'à l'intérieur d'un système formel, il existe toujours au moins une proposition indécidable. Tout n'est donc pas démontrable.
En définitive, la tentation est grande de conclure que nous sommes bel et bien dans la caverne de Platon, et que la réalité ultime est à l'extérieur.
La démonstration de Staune est intéressante non pas parce qu'elle tend à prouver l'existence de Dieu mais plutôt parce qu'elle suggère que la science est incapable de prouver le contraire. Donc que le débat philosophique reste ouvert. L'auteur réclame d'ailleurs avec force ce débat : « Tout un système philosophique est à bâtir pour intégrer dans la pensée de notre siècle, les bouleversements survenus dans nos connaissances. »
Le propos prend parfois des voies détournées pour  tenter tenter de démontrer la pertinence du fameux  concept nommé par la Anglo-Saxons "Intelligent Design", et il n'évite pas certaines redondances ou certains raccourcis un peu trop rapides, dictés parfois par une foi chrétienne qui se démasque au fil des pages.
Mais il porte un message assez réconfortant et rejoint in fine le propos de Karl Popper selon lequel « l'avenir est ouvert », et donc possède un sens et une signification, conditionnés au moins pour partie par le libre arbitre. Renvoyant dos à dos les matérialistes et les créationnistes purs et durs Jean Staune propose un « réenchantement du monde », « fondé à la fois sur le fait que l'Univers est beaucoup plus subtil et complexe que prévu et sur le fait que l'Homme ne se résume pas à un assemblage de molécules. »
Certains ne seront pas convaincus, mais c'est sans importance réelle puisqu'ils ne sauraient faire de contre proposition irréfutable.
En somme, devant ces mystères, il faut rester très humble mais plein d'espoir car probablement, même avec les plus gros téléscopes ou les plus puissants microscopes, l'intuition de Saint-Exupéry, « l'essentiel est invisible pour les yeux », recèle au moins une part de vérité. Tout comme celle qui affirme qu'« On ne dit rien d'essentiel sur la cathédrale si l'on ne parle que des pierres ».Ou encore cette merveilleuse réflexion de Kant :« Deux choses emplissent mon esprit d'un émerveillement sans cesse croissant à chaque fois que je les considère : la voûte étoilée au dessus de moi et la loi morale au dedans de moi »

3 commentaires:

Marie Catherine a dit…

Essai

Marie Catherine a dit…

Est ce que ce n'est pas tres prétentieux de vouloir absolument que notre vie ait un sens. Ce ne serait pas un peu se prendre au sérieux. Pourquoi aurait elle un sens qui ns échapperait. Est ce qu'on n'est pas tout simplement là pour assurer l'éternité, poussière sur poussière, la marche du cosmos..Role mécanique. point barre.
Aussi je pense que la vie n'a de sens que celui qu'on veut bien lui donner
Les chretiens pensent être là pour donner de l'amour, après tout pourquoi pas, c'est pas si mal, Certains se croient là pour témoigner de l'existence de Dieu,
pourquoi pas, puisqu'ils y croient.
De toute façon -à moins de se fermer sur des convictions à ne pas remettre en question- nous sommes tous des "Laquedem" en puissance.

Pierre-Henri Thoreux a dit…

Dans le domaine, à l'évidence nous ne pouvons qu'en rester au stade de l'interrogation. Point de certitude.
N'empêche, la question du sens de l'existence est intimement liée à celle de l'existence de Dieu (le Grand Architecte...) Car sinon, rien n'a de sens puisque tout n'est que hasard et vacuité. Je n'ai pas la foi mais un immense espoir...