07 février 2008

Des jugements peu cartésiens


Une fois encore la France semble avoir décidé de tourner le dos aux principes de raisonnement logique qui forment pourtant le meilleur de la philosophie cartésienne.
Deux affaires en Santé publique, faisant ces derniers jours les gros titres de la Presse illustrent la faillite de l'esprit critique et sans doute de tout un système de pensée, régnant dans notre pays.
La première rappelle à la mémoire publique l'affreux épisode de l'hormone de croissance, qui il y a près de 25 ans, vit la contamination de 115 enfants par le prion de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ).
Cent-quinze malheureux dont le drame était de ne pas être assez grands, et à qui on avait administré, pour tenter de conjurer cette disgrâce le substrat, extrait de l'hypophyse de cadavres humains, faute de pouvoir à l'époque en faire la synthèse artificielle.
Avec la même désinvolture qui conduisit au scandale quasi contemporain du sang contaminé, on négligea le risque de transmettre l'agent responsable de la
MCJ. Or ce risque était impossible à ignorer, car cette forme de dégénérescence cérébrale et sa nature transmissible étaient connues depuis 1920 !
Non seulement on oublia que le germe, un prion, avait une sorte d'affinité pour le système nerveux central, mais on multiplia le risque en allant prélever les dites hypophyses au mépris du plus élémentaire des principes de précaution. Pour satisfaire les demandes qu'on avait encouragées, et sans doute aussi pour asseoir le plus vite possible une réputation scientifique, on alla en effet jusqu'à extraire l'hormone de la cervelle de patients décédés dans des asiles d'aliénés ! Or la bestiole provoque précisément chez ses victimes une terrible démence, aboutissant en quelques mois à la mort.
Le résultat de cette stratégie hallucinante est un vrai drame : à ce jour 115 morts sur les quelques 1700 patients « traités ». Et la preuve que notre pays a dans le domaine une responsabilité toute particulière : il totalise à lui seul les trois-quarts des victimes enregistrées dans l'ensemble du monde !
Il a fallu pourtant attendre près d'un quart de siècle pour que cette sinistre histoire soit enfin jugée. Mais au fait, qui est responsable de ce désastre ? Les médecins qui clament leur innocence, où bien l'administration anonyme pudiquement dénommée « France-Hypophyse » à laquelle l'Etat avait accordé le monopole de la collecte et de la prescription ? Il y a fort à parier qu'à l'instar de l'affaire du sang contaminé, sauf à trouver un bouc émissaire, les condamnations soient symboliques (« responsables mais pas coupables »)...
Tranchant avec cette terrible catastrophe en santé publique, on apprenait simultanément, 14 ans après la campagne nationale de vaccination contre l'hépatite B, que les responsables de deux laboratoires pharmaceutiques, GSK et MSD, ayant mis au point et commercialisé le vaccin, avaient été mis en examen jeudi 31 janvier pour « tromperie sur les contrôles, les risques et les qualités substantielles d'un produit ayant eu pour conséquence de le rendre dangereux pour la santé de l'homme ».
Derrière cette accusation, on retrouve la croyance tenace que ce vaccin puisse occasionner au chapitre des effets indésirables, la survenue d'une sclérose en plaque.
Il faut en l'occurrence bien dire « croyance » car aucun fait objectif n'est venu la confirmer, bien au contraire. Si des soupçons pouvaient à la rigueur être portés à un certain moment, ils ont été levés par plusieurs études scientifiques internationales, qui dès 2001* disculpaient totalement le médicament.
Il n'est pas inutile non plus de préciser que l'hépatite virale B, contre laquelle le vaccin est censé lutter, constitue un fléau autrement plus grave que la petite taille. Elle occasionne des hépatites transmissibles souvent sévères, évoluant soit vers la défaillance hépatique aiguë, soit vers la chronicité, soit vers la cirrhose, soit encore vers le cancer et donc la mort (350 millions de porteurs chroniques dans le monde et seconde cause reconnue de cancer).
Face à cette affection fréquente et grave, le vaccin est d'une remarquable efficacité préventive. Pourtant il fut discrédité par la force de la rumeur publique (teintée d'un fort part-pris idéologique).
En juin 1998, le laboratoire Beecham fut accusé une première fois sans aucune preuve scientifique, au nom du seul principe de précaution ! Le laboratoire mis en cause fut condamné par le tribunal de Nanterre à payer des provisions de 50 000 F et 80 000 F à deux plaignants. Dans la foulée, le ministre de la santé Bernard Kouchner suspendit dès le 1er octobre de la même année les campagnes de vaccination dans les écoles.
En 4 ans, de 1994 à 1998, plus de 25 millions de Français furent néanmoins vaccinés et on compte à ce jour, 27 plaintes pour apparition de sclérose en plaques, un chiffre infinitésimal et non supérieur à celui qui existe dans une population non vaccinée...
Quel est donc ce mystère qui fait qu'on condamne sur des a priori grotesques et qu'on soit si peu enclin à reconnaître des responsabilités évidentes ?
Les êtres humains n'étant ni pires ni meilleurs qu'ailleurs, il faut bien subodorer que le système dans lequel ils évoluent soit propice à la survenue de telles aberrations.
Le fait par exemple que la puissance supposée de l'Etat soit telle, qu'il se croit autorisé à tout réglementer et que tant de gens soient abusés par cette totipotence douce et bien intentionnée. Le fait que les citoyens soient tellement habitués à cette présence qu'ils s'en remettent à lui en toute circonstance. Et que lorsqu'ils se plaignent c'est habituellement pour réclamer plus d'Etat, rarement moins. Du nuage de Tchernobyl en passant par le Pouvoir d'Achat, du réchauffement climatique à la grippe aviaire, de la Santé à l'Education, de l'enfance à la vieillesse, il est supposé pouvoir résoudre tous les problèmes.
Corollaire logique, tout ce qui n'est pas d'essence étatique est suspect, soit d'enrichissement abusif, soit de malversation, soit de perversion intellectuelle soit de tromperie.

En somme l'Etat en France répond aujourd'hui presque parfaitement à la définition que donnait Tocqueville, du gentil monstre dont il redoutait l'avènement, l'Etat Providence déresponsabilisant :
« Au-dessus de ceux-là s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, prévoyant, régulier et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance; il aime que les citoyens se réjouissent pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur; mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? »
* :Nature Medicine - Septembre 99 - "No increase in demyelinating diseases after hepatitis B vaccination" - John G.Weil & al.
The New England Journal of Medicine - February 1, 2001 - Vol. 344, No. 5

1 commentaire:

Marie Catherine a dit…

Je trouvais que vous aviez négligé la médecine depuis un moment !
Sara a eu une première vaccination contre l'hépatite B et puis on a laissé tombé!
C'est une maladie endémique au Maroc..
La fille d'une cousine-infirmière en bloc opératoire- serait atteinte d'une sclérose en plaque..suite à la vaccination du personnel de son hopital.. elle n'est elle-même pas absolument convaincue de la cause de sa maladie..
Hélène la connait peut être parce qu'elle appartient à la branche Berrest de la famille.