02 avril 2010

Perles élyséennes


En débarquant aux Etats-Unis, le président français avait tout du fier à bras, très content de lui, en dépit des tristes réalités hexagonales qui auraient dû plutôt l'incliner à l'humilité.
Il était tellement sûr de lui en pénétrant dans l'enceinte de l'Université de Columbia à New York où il était invité à discourir, qu'il crut bon d'écarter « ostensiblement » le texte préparé par ses services pour se lancer dans un show improvisé devant les étudiants américains.
Fut-il bien inspiré, il est permis d'avoir quelques doutes...
Il fit son speech dans le français approximatif et un brin gouailleur qu'on lui connaît, et cela ne l'empêcha nullement de prendre l'allure supérieure et condescendante du donneur de leçons.
D'abord on eut droit au refrain éculé : L'Amérique est un grand pays, dont la France est l'alliée... Mais les Américains doivent comprendre qu'au XXIè siècle, « il n'y a pas un pays au monde qui peut gouverner tout seul le monde ». Ce dernier a donc « besoin d'une Amérique généreuse, ouverte, à l'écoute... ». L'assistance a probablement apprécié à sa juste valeur le conseil d'ami...
Le pire était hélas à venir. Car cette introduction fut suivie d'un véritable festival d'âneries, et de crâneries, de rodomontades et de raccourcis grotesques.
Sur la crise et la politique économique, Nicolas Sarkozy fit étalage de ses connaissances lacunaires, relevant souvent de lapalissades ou de lieux communs fabriqués à l'emporte-pièce : « Nous ne pouvons plus accepter un système capitaliste où il n'y a pas de règles, où il n'y a pas de régulations ».
Devant les descendants des pères Fondateurs, qui donnèrent la Liberté au monde, il n'hésita pas à enfoncer le clou de manière quasi insultante :
"Nous avons besoin que le grand peuple américain comprenne que l'absence de règles tue la liberté".
Emporté par l'élan, il ne put s'empêcher de choir dans les très vieilles lunes de l'utopie économique, notamment celle du contrôle des prix. Sans crainte du ridicule, il préconisa, afin qu'il cesse de faire le yoyo, que soit fixé une fois pour toutes le prix du baril de pétrole (donnant même le chiffre « idéal » : 80 dollars !)
Parlant ensuite de l'Europe, il esquissa un retour à un peu plus de modestie : « l'Europe c'est 27 pays, qui n'ont pas cessé de se faire la guerre, de se détester les uns les autres »... mais c'était pour mieux repartir aussitôt à la charge : "En Europe on veut qu'aux Etats-Unis on nous entende". Surtout, il se fit l'apôtre inconséquent d'un élargissement de la participation internationale au Conseil de Sécurité de l'ONU, proposant par exemple que chaque continent puisse y déléguer un représentant. Belle proposition en l'air, mais a-t-il songé que l'Europe à elle seule, dispose de 2 sièges avec droit de veto, dont elle fait un usage souvent bien peu cohérent (Irak). A-t-il mesuré qu'en face, avec ses 50 états, les USA se contentent d'un seul représentant ?
Enfin, la cerise sur le gâteau vint avec le sujet de la réforme du système d'Assurance Maladie proposée par le président Obama. Après avoir félicité comme il se doit son homologue, Nicolas Sarkozy mania à cette occasion un humour digne d'Artaban : « Quand on voit les débats sur la réforme de la santé... on a du mal a y croire. Excusez-moi mais... Nous, ça fait jamais que 50 ans qu'on a résolu le problème. »
Ah bon, un problème, où ça un problème ?
Suivirent quelques perles bien franchouillardes où le mépris le dispute à la bêtise et à la caricature : « Bienvenue au club des nations qui ne laissent pas tomber leurs malades. » « Chez nous, quand quelqu'un tombe dans la rue, on ne lui demande pas sa carte de crédit avant de l'emmener à l'hôpital » .
Probablement le président français ignore-t-il que les Américains ont créé leur sécurité sociale 10 ans avant la nôtre et qu'ils ont sans doute la meilleure médecine d'urgence du monde. Probablement ignore-t-il qu'ils ont créé une CMU près de 40 ans avant nous (Medicaid). Probablement oublie-t-il qu'il a lui-même dit pis que pendre à ses concitoyens, du système déresponsabilisant et gravement déficitaire qui règne en France. Sans doute oublie-t-il enfin qu'il s'efforce lui-même de mettre en oeuvre avec beaucoup d'opiniâtreté, une réforme conduisant à rémunérer les établissements de soins en tarifant l'activité et en fixant des franchises...
Mais sans doute Nicolas Sarkozy a-t-il fini par croire, à l'inverse de ce qu'il affirmait avant d'être élu, que certains biens sont immanents au point d'être gratuits (il a dit vouloir doter la France d'universités sur le modèle américain, mais... sans les frais d'inscription !). Sans doute pense-t-il que contrairement à ce qu'il martelait, l'Etat Providence est la clé de voute des sociétés modernes.
C'est peut-être à cause de ce genre de cafouillages et de contradictions que tant de Français le comprennent si mal en ce moment (et que dire des Américains...)
Somme toute ce discours ne restera pas dans les annales, c'est le sort le meilleur qu'on puisse lui souhaiter, car stricto sensu il ferait plutôt honte aux descendants de Tocqueville...

1 commentaire:

jonathan a dit…

Oui, il s'est surpassé sur ce coup-là. C'est qu'il va finir par nous faire vraiment regretter Chirac !