07 août 2008

Machines à penser


C'est une évidence, on attache de plus en plus d'importance à l'informatique. On lui délègue un nombre grandissant de tâches, on tend plus ou moins délibérément à « humaniser » les robots, et on en vient parfois même à leur imputer une certaine responsabilité, notamment lors de la survenue de dysfonctionnements (qui n'a pas entendu un jour devant une défaillance, une expression fataliste du genre : « désolé, c'est l'informatique » ?).
De fait, il devient de moins en moins absurde d'imaginer dans un futur plus ou moins lointain, l'avènement d'ordinateurs doués d'intelligence, voire de conscience. Ce qui revient en définitive à réactualiser la fameuse problématique soulevée autrefois par Turing (1912-1954), et qu'on peut résumer par la question : « une machine peut-elle penser ? ».

Pour ma part, j'ai tendance à répondre par l'affirmative, à condition de réduire la conscience humaine à une simple fonction mathématique ou logique (même s'il s'agit de processus très complexes).
D'une certaine manière, une calculette « pense » les chiffres sur lesquels elle effectue des opérations. Elle n'a pourtant à l'évidence pas de pensée autonome et pas de « moi ». Un computer doté d'un programme permettant de jouer aux échecs « pense » la partie. Son raisonnement peut même souvent se révéler plus efficace que celui de son adversaire humain. Et à en juger par la seule succession des coups, il serait pour un observateur attentif, bien difficile à l'instar de la proposition de Turing, de déterminer s'ils sont élaborés par une machine où par un être fait de chair et d'os.

Ça peut paraître effrayant mais, il n'y a pourtant qu'une différence de degré et pas de nature, entre un ordinateur qui raisonne mieux que le cerveau et un simple marteau, beaucoup plus efficace que la main pour enfoncer un clou...
Car la machine n'est rien sans l'homme (même si elle est possible, la confrontation de deux ordinateurs devant un échiquier n'a pas plus de sens qu'un « marteau sans maître »)
La conscience quant à elle, va manifestement bien au delà des algorithmes aussi élaborés soient-ils. Elle implique des considérations émotionnelles, morales, ontologiques, plus généralement subjectives et irrationnelles, totalement étrangères aux machines. De ce point de vue, Descartes avait donc tort avec son « cogito ergo sum ». Il ne suffit pas de penser pour être...

En définitive, même si elle s'appuie sur des processus logiques, la conscience relève très largement de l'indicible. En dehors de toute connotation spirituelle, elle pourrait bien, pour l'être qui en est doué, faire partie des notions qui lui sont « indécidables », en application du théorème de Gödel (1906-1978) décrivant les systèmes de logique formelle... Le « connais-toi toi-même », objectif louable s'il en fut, est probablement impossible stricto sensu.

Ne connaissant donc pas précisément la nature du principe qui les gouverne, et n'ayant sur ce sujet fait quasi aucun progrès depuis la nuit des temps, comment les êtres humains pourraient-ils le conférer à leurs propres « créatures » ? Il faudrait en ce cas admettre que l'homme devienne en quelque sorte le Dieu des machines... Mais quel Dieu approximatif, mon Dieu (si je puis dire...)
Il semble donc que la conscience artificielle soit un mythe. Ce dernier peut nourrir les histoires de science-fiction mais n'est pas près d'occulter le tragique constat de Socrate : « La seule chose que je sais, c'est que je ne sais rien »... Et l'Homme reste donc totalement responsable de ses actes et de ses créations. A l'oublier, il risque fort de nier sa propre humanité, tout comme le prédisait Rabelais : « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme... »

1 commentaire:

laurent a dit…

Salut,

Il y a un livre que tu devrais lire pour faire ta conclusion qui est pour le moins qu'on puisse dire hâtive.

"Les créatures artificielles
des automates aux mondes virtuels" de jean-claude heudin


Voir aussi mon site : Analogie entre l'homme et la machine pensante