28 février 2026

L'Odyssée de Luca 2

Au cours de sa propre existence, Luca continue de parcourir la grande aventure de l'esprit humain. Il voit comment elle s'est enrichie de connaissances nouvelles, qui ont fait reculer beaucoup de croyances, mais comment elle se heurte aussi parfois à des retours en arrière, à des regains d'obscurantisme, et comment elle reste menacée par 
les erreurs de jugement et les leurres.

Parmi ces derniers figurent encore et toujours fake news, raisonnements simplistes et sophismes (à ne pas confondre avec les syllogismes)

L’essor anarchique des médias de toutes sortes fait craindre à Luca que nous ne soyons entrés “dans une période appelée ère de la post-vérité où l’opinion personnelle, l’idéologie, l’émotion l’emportent sur la réalité des faits.”
A l’évidence, “le nombre de mensonges ne fait que croître dans notre société : les fake news pullulent, les politiques mentent, les médias mentent, les publicités, les propagandes sont mensongères, il n’y a plus aucun respect de la vérité.”
Les contrevérités manifestes ne sont pas les seuls pièges égarant l’esprit : “On entend aussi des déclarations basées sur des raisonnements circulaires qui supposent ce qu’on veut prouver, celles qui consistent à dire qu’une proposition est vraie parce qu’on n’a pas démontré qu’elle était fausse, des arguments fallacieux construits sur des erreurs de syntaxe. On rencontre également le beau parleur qui joue sur l’émotion afin d’éclipser la logique du raisonnement.”

Au cours de son odyssée, Luca est amené à constater la tendance actuelle qu’ont les hommes d’aujourd’hui “de montrer que leurs prédécesseurs sont nuls, n’ont rien compris, alors qu’eux-mêmes leur sont supérieurs et vont imposer leurs solutions au monde.” Cet infantilisme outrancier révèle selon lui “que l’humanité n’a pas encore atteint l’âge de raison.”

C’est ainsi “qu’on voit alors fleurir les idées les plus iconoclastes : l’envie de redéfinir son genre, l’obsession d’immortalité, la remise en cause de la réalité, le rejet du passé au profit de la post-vérité, la volonté de défendre les communautés tout en faisant l’apologie de la mixité.”

L’Intelligence Artificielle et ses pièges
Il était naturel d’évoquer dans cette quête des causes de la déraison, l’irruption de l’Intelligence Artificielle (IA). Sans remettre en cause les nouveaux atouts apportés par ces techniques, il paraît important à Luca de connaître les dangers qu’elles font naître.
Il serait à craindre en premier lieu “que l’ascension de l’intelligence artificielle coïncide avec l’effacement de la raison critique”.
Abandonner son jugement à des algorithmes, aussi sophistiqués soient-ils, serait pure folie. Très périlleuse serait en effet “l’automatisation des tâches cognitives qui, en ne passant que par l’IA, peut atrophier l’esprit critique et, par paresse, l’homme peut devenir enclin à accepter des décisions suggérées par un avatar.”
On peut redouter que l’esprit s’en remette totalement à une machine qui ne peut avoir ni neutralité, ni émotion, ni même compréhension consciente du monde. Ce serait un non sens d’imaginer qu’un outil aussi perfectionné soit-il puisse être le décideur.
Pourtant, lorsque Luca se demande ce que vaudrait une justice rendue par une IA, sans émotion et si elle serait plus juste, moins biaisée, on peut émettre quelques réserves. S’il est clair que l’IA ne peut rendre la justice, il est permis de penser qu’elle puisse aider à la guider, comme elle aide un médecin à faire un diagnostic. L’accès rapide à des bases de connaissances gigantesques, à la mesure de la complexité du l'arsenal juridique, et l’absence dans le raisonnement de tout contenu émotionnel sont les qualités les plus précieuses. La perplexité de Luca est d’autant plus surprenante qu’elle s’appuie sur l’observation “de certains humains qui raisonnent comme des machines”...
Dans le même ordre d’idées, on peut s’interroger en lisant que “les neurosciences confirment ce qu’avait pressenti Spinoza : le libre arbitre n’existe pas ou pas comme nous le croyons”. Sauf erreur en effet, le libre arbitre humain reste une notion dont l’existence est aussi débattue que celle de Dieu, ni confirmée, ni infirmée, mais une chose est certaine, l’IA en est totalement dépourvue

Les dangers menaçant la démocratie
Face au naufrage de la raison, le jeune Luca oppose donc avec pertinence les magnifiques acquis philosophiques et scientifiques dont l'humanité peut s’enorgueillir. A condition de les rappeler sans cesse, et d’en faire bon usage, il est encore possible d’espérer un retour du bon sens.
Il faudrait pour celà que les dirigeants de nos démocraties “éclairées” agissent de manière rationnelle. Malheureusement, là encore, les constats sont sévères. Force est de constater “une dérive de la démocratie, qui devient un chaos dirigé par un chef d’orchestre sous l’influence de foules virtuelles”. Comme le craignait Tocqueville, on a vu monter en puissance le totalitarisme de l’Etat-Providence : “La solidarité traditionnelle ne s’est pas estompée devant la solidarité organique, mais elle s’est dissoute dans des structures politiques de l’État-providence, car la solidarité entre les hommes a été progressivement transférée à l’État.”

En guise d’épilogue, Mme Bréchignac, qui se cachait derrière son héros s’en sort par une pirouette, en forme de recommandation, sortie de la bouche de la compagne de Luca : “N’oublie pas de te ressourcer avec des plaisirs simples ; celui de s’asseoir dans le silence de l’aube et d’attendre le lever du soleil”.
Cette leçon de sagesse, pour utile qu’elle soit, ne suffira pas à faire revenir dans l’âme humaine la raison, si précieuse, si intimement liée à la conscience de tout être pensant...A suivre également en podcast, l’interview de Catherine Bréchignac sur Europe 1 par Frédéric Taddeï.

26 février 2026

L'Odyssée de Luca 1

Au sein du maëlstrom de niaiseries en tous genres qui s'abat sur nos têtes dès qu'on se penche sur l'actualité vue par les médias, une pépite imprévue apparaît parfois. C'est le cas
du dernier ouvrage de Catherine Bréchignac, qui donne son titre à ce billet.
Physicienne de haut vol, ancienne présidente du CNRS et membre de l’Académie des Sciences, elle se mêle aussi de philosophie, dans le meilleur sens du terme, entendu comme étant l'amour de la sagesse.

Constatant que notre époque est en train de basculer dans la déraison, elle entreprend courageusement de remonter le temps pour mieux comprendre les raisons si l’on peut dire de ce naufrage et y trouver si possible, quelque antidote. Sans aller jusqu'à notre plus vieil aïeul, the Last Universal Common Ancestor (LUCA), elle retourne aux sources de la pensée humaine.
Pour ce faire, elle donne vie à un être fictif qu'elle nomme malicieusement Luca, et va le suivre, de son état de fœtus, jusqu'à sa maturité intellectuelle.
C'est l'occasion de passer en revue toute l'histoire de la philosophie, des premières avancées platoniciennes et aristotéliciennes jusqu'aux interrogations les plus vertigineuses suscitées par la mécanique quantique et par les derniers développements de ce qu'il est convenu d'appeler intelligence artificielle (IA) !

Alors que la conscience d’exister se forme progressivement dans l’esprit de Luca, il découvre le monde qui l’entoure et, ce faisant, il cherche chez les grands auteurs, des réponses aux questions qui l’assaillent.
Bien que l’ouvrage fourmille de références bibliographiques, il ne peut évidemment que les effleurer, en quelque 150 pages. On pourra donc trouver le parcours un peu synthétique, voire superficiel. Le récit s'appesantit toutefois sur l’apport de Spinoza, de Descartes et de Kant, philosophes émérites de la raison. Il évoque également l’apport fondamental de la science, insistant notamment sur la révolution copernicienne et galiléenne. Cette dernière a montré, sans conteste, que l’église n’était plus au centre du village si l’on peut dire, et que la connaissance scientifique prenait irrésistiblement le pas sur les idéologies, les croyances et les superstitions, grâce à l’arbitrage de la mesure objective des phénomènes et à la vérification expérimentale des théories.
Ce parcours initiatique n’apprendra sans doute pas grand-chose aux férus de ces domaines de réflexion. Son objectif est de répondre à la question torturante : Peut-on conjurer la déraison ? A défaut d’y répondre, Catherine Bréchignac, alias Luca, apporte quelques propositions et critiques, qu’on peut regrouper en thématiques très actuelles.

Cela commence par l’emprise mortifère des idéologies
Découvrant les mésaventures de Galilée, accusé d’hérésie par l’Inquisition pour avoir démontré que la Terre n’était pas au centre de l'univers, Luca en déduit que “l'idéologie exempte de raison est le pire des maux”. Elle permet en effet à ses adeptes “de conserver leurs privilèges et de réduire à néant ceux qui ne partagent pas la doxa érigée en pseudo-vérité”. Pire que tout, l’idéologie “lamine tout sur son passage et nombreux sont ceux qui préfèrent renoncer à leur liberté d’expression en attendant que passe la vague”. Dans ce contexte, Luca ne peut que “s’étonner du fait que les hommes acceptent spontanément leur soumission au pouvoir tyrannique de l’idéologie, alors même qu’ils pourraient s’en libérer.”
Il comprend que face à cette pression sur les esprits, “soit la raison se bloque, enracinée dans une certaine croyance, elle se rigidifie, imposant invariablement le même automatisme, empêchant alors toute évolution de pensée, soit elle s’étiole face aux émotions qui la supplantent et, en se délitant, provoque chez l’individu une pensée vagabonde, incapable de se concentrer plus de quelques minutes sur un sujet.”
Il en est ainsi dans le monde contemporain de l’idéologie de la repentance comme celle de la bien-pensance, celle du bon sentiment, qualifiées de “nuisibles”.

Hélas, il s’avère bien difficile à beaucoup de gens d’adopter le principe kantien du sapere aude qui permet de s’affranchir des a priori non fondés. L’être humain, surtout lorsqu’il est au sein d’une foule, a tendance à perdre l’esprit critique, s’en remettant à l’opinion générale. La foule est alors assimilée “à un être collectif doté d’une unité psychologique et sociale dépourvue de raison”. Avec le développement de l’internet, “une autre forme de foule apparaît : la foule virtuelle, constituée d’une multitude d’homo numericus…/… et cette foule virtuelle possède les mêmes caractéristiques que la foule réelle”.

A suivre....

23 février 2026

Duplicité

L’actualité récente a donné à voir le triste spectacle de la Gauche dure à l'œuvre, c'est-à-dire dans ses sinistres besognes de passage à tabac, en attendant sans doute le fameux Grand Soir et son innommable bain de sang révolutionnaire.
Mais qu’en est-il de la Gauche en gants de velours auto prétendue socio-démocrate et républicaine, soucieuse de l’état de droit ?
Le moins qu’on puisse dire est qu’elle préfère regarder ailleurs. On sent bien comme un soupçon de gêne dans les réactions pudibondes des caciques du Parti Socialiste (enfin de ce qu’il en reste) et de ses apparentés. Ils ne peuvent certes approuver les abominables exactions commises par les hordes de barbares exaltés, se réclamant peu ou prou de la même idéologie qu’eux. Devant la dépouille encore fumante de l’infortuné Quentin, Olivier Faure fait un immense effort compassionnel en déclarant que «dans une démocratie, personne ne devrait mourir pour ses idées». Fabien Roussel en froid dignitaire de l’archéo-parti qu’est le PCF se borne à demander “que toute la lumière soit faite et que justice soit rendue…” Cela n’empêche l’Humanité de dénoncer “une tragédie honteusement récupérée par la galaxie réactionnaire.”

Les larmes de crocodiles et les lamentations de façade ne masquent pas longtemps la duplicité des esprits et le souci de protéger envers et contre tout, les prébendes acquises. Chassez le naturel, il revient au galop, notamment lorsque des échéances électorales majeures se profilent à l’horizon. Cette piteuse armée mexicaine, ce ramassis de militants confits dans un corpus de préjugés fétides, craint le pire à partir en ordre dispersé.
A peine ont-ils dénoncé pour la forme l’horreur qui s’est étalée aux yeux de tous, que déjà, ils amorcent le bon vieux rapprochement de “la gauche plurielle”, et n’ont de cesse de raviver les leurres d’un ennemi imaginaire d’extrême droite, si commode pour masquer l’abyssal néant de leur argumentaire.

Jérôme Guedj se désolait de voir son ami très cher Mélenchon devenu “salopard antisémite”. On aurait pu imaginer que d’aussi fortes accusations se traduisent par le rejet ferme et définitif de toute alliance future. Que nenni. Voilà que le même Guedj, interviewé il y a quelques jours à peine, ose expliquer, toute honte bue, qu’il "préfère voter pour le candidat quel qu'il soit face au RN, même s'il est LFI"....
François Hollande, tel qu’en lui-même, matois et patelin à la fois, tout en martelant que “la relation avec LFI est terminée”, révélait pour sa part qu’en cas de duel de second tour, il vote "toujours contre le RN". Entendez en langage clair, qu’il ne serait lui non plus aucunement gêné d’apporter son suffrage à un candidat LFI…
Ségolène Royal, la madone des saintes nitouches n’a quant à elle pas hésité, devant le cadavre du jeune homme assassiné, à reprocher à la présidente de l’Assemblée Nationale d’avoir demandé une minute de silence pour celui qu'elle considère comme "militant néo-nazi antisémite" ! Comment ne pas qualifier cela d’encouragement à continuer les étripages ?

S’il fallait encore une preuve, elle est là. Ces gens n’ont donc ni cœur ni morale. Leurs bons sentiments ne sont que leurres et fondent comme les neiges de printemps dès que leur plus bas intérêt matériel le commande…

20 février 2026

Les nouveaux Bolcheviks

Il aura fallu la mort d’un étudiant, lynché à mort publiquement sans état d’âme par une bande de brutes se réclamant de l’antifascisme. Il aura fallu ce drame atroce que rien ne peut justifier pour comprendre peut-être enfin toute l’horreur faite d’intolérance, de violence et de fanatisme, consubstantielle à l’ultra gauche.
Ces gens agissent exactement comme les bolchéviks capables de massacrer jusqu’au dernier être humain, au nom de la révolution communiste et d’un idéal de société promettant le bonheur au peuple et des lendemains qui chantent.
Ils prétendent lutter contre le fascisme mais pendant combien temps faudra-t-il rappeler que nazisme et communisme sont issus du même monstrueux berceau, celui du socialisme ?

Issu d’une gauche jugée par lui trop molle, le citoyen Mélenchon essaie depuis des années de ressusciter la lutte des classes et de soulever les foules par ses discours revanchards et belliqueux. Il est heureusement incapable d’entrainer derrière lui lors des scrutins nationaux une majorité d’électeurs mais qu’importe, il existe et règne sur sa petite entreprise de racolage à tout va, des désespérés, des asociaux, des gogos, des désaxés, des factieux, des islamistes et des aigris de tout poil. Son dessein n’est pas caché. Il figure en tête d’un de ses sinistres livres “Qu’ils s’en aillent tous”. Il y a peu, il éructait qu’il n’était plus temps d’attendre une victoire dans les urnes, affirmant que la seule solution était la révolution subversive pour abattre le capitalisme, recommandant à ses affidés de passer à l’acte avec des "méthodes impactantes"...

Personne ne peut ignorer le projet hideux de ce bonhomme et sa dangerosité, mais il bénéficie de l’étrange indulgence de l’opinion publique pour les idées de gauche, soi-disant généreuses et bien intentionnées, et de nombre d’institutions, peu ou prou acquises à la Cause, quand elles ne sont pas tout simplement noyautées de longue date.

Incapable du moindre sourire, le bonhomme toise et insulte ses interlocuteurs avec un invariable rictus agressif. Il distille la haine et entretient les divisions en chauffant à blanc ses nervis, aussi serviles que bornés, à qui il fait recruter une jeunesse à la dérive. La Jeune Garde dont il vante à tout vent les mérites est constituée de voyous sans foi ni loi qui n’ont d’autre but que le chaos et le désordre.
La rhétorique bien huilée, héritée des soviets, de ces gens consiste à traiter de fascistes tous ceux qui s’opposent un tant soi peu à leur doctrine. Lorsque leurs forfaits sont exposés au grand jour, ils nient en bloc toute responsabilité et n’ont pas leurs pareils pour inverser les rôles affirmant contre toute évidence que ce sont eux les victimes. “Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose” pourrait leur servir de credo.

A cause de cette montée des périls que personne ou presque ne veut voir ni endiguer, le pays se trouve aujourd’hui au bord de troubles graves. Peut-on caresser enfin l’espoir de voir au sein du monde politique s’ériger une union sacrée de tous les amoureux de la liberté et de la démocratie contre ces malfaisants ? Rien n’est hélas moins sûr…

12 février 2026

Rory edged in blue

Il y a quelque trente ans, disparaissait Rory Gallagher (1948-1995). Les plus jeunes n’ont guère de souvenir sans doute de ce guitariste irlandais au charme décapant mais un brin déroutant. Son allure fruste, quelque peu débraillée pouvait rebuter. Sa timidité et ses névroses, il les dissimulait sous l’extravagance d’une musique souvent dévastatrice par ses excès. Des excès, il en commit d’ailleurs beaucoup pour s’aider à vivre. Alcool, cachets en tous genres, ça lui a foutu la santé à l’envers. Après avoir subi une greffe de foie émaillée de complications, il s’est définitivement évanoui à 47 ans.
Mais derrière l’image d’un rocker hirsute, très énervé, vociférant, éructant, il reste la trace d’un authentique musicien de blues, exprimant une sensibilité à fleur de peau. Dans le style, on pourrait songer à Jimi Hendrix, à Stevie Ray Vaughan ou à Johnny Winter.

Je ne le connaissais que par ses mauvais côtés et n’ai abordé que tardivement son répertoire, par une compilation. Elle fut une sorte de révélation, contenant à mes yeux une vraie pépite. Rien que pour le suprême Edged in Blue, ce disque reste un repère inextinguible dans le firmament du Blues. Il y a dans cette composition originale, extraite de l’album Calling Card, tout ce qui fait l’essence des musiques qui vous bouleversent jusqu’au cœur et vous remuent les entrailles. C’est chaud, vif, poignant comme un message qui vient d’ailleurs et vous affirme qu’il y a quelque chose d’indicible au-delà de la chair et de l’existence terre-à-terre.
De fil en aiguille, le répertoire prolifique de cet ange un peu maudit est apparu dans toute ses splendeurs, débordant largement les quelques trivialités dont il est également émaillé. Homme de scène, il délivra plus de 2000 concerts durant sa courte vie et nombre de disques ont permis de graver son nom dans le marbre immarcescible du blues.

En 2019, la famille de l’artiste a publié une collection de 36 blues, dont 32 inédits. Il les chante avec sa voix âpre, dont le filigrane est tout en tendresse et on trouve pour l’accompagner beaucoup de sublimes riffs électriques. D’autres sont du pur jus acoustique, nerveux, un peu acide, souvent adouci par des slides capiteux et les subtils lamentos de l’harmonica. Les derniers titres ont été capturés en public. Bref, il s’agit d’une petite merveille qui confirme le génie de ce gars là, confondant de spontanéité, d’imagination et de liberté.

Carburant au Rock et à la bière, le génial Rory est passé trop vite, à la manière d'une comète échevelée, zigzaguant follement dans un univers de stars bien rangées. Éteinte prématurément faute de n'avoir pas su ménager son énergie, sa trace émouvante et solitaire reste pourtant imprimée à jamais surtout dans les cœurs. Elle est certes un peu désordonnée parfois mais parsemée de concrétions brillantes comme des diamants. Edged in Blue est un de ceux-là assurément.