31 mars 2026

Blues or not ?

Sur le Web, à côté des perles qu'on peut dénicher au fil du streaming, on trouve aussi d'étranges créations musicales. Noyées au sein de cette grande pulsation du blues, elles émergent tout à coup, venant d’on ne sait où.
Sous des noms bizarres et des images à l’esthétique léchée mais impersonnelle, un flot mélodique se déverse suavement sur les tympans.
Deux exemples démonstratifs illustrent ce phénomène : Un/une certaine Morgan Luna propose, parmi une foule de titres du même genre, une scie langoureuse intitulée you lost me forever et le dénommé Poetry Kode prend les traits d’un bluesman à la voix qui racle pour “chanter” the devil’s blues in Memphis et se mue en un félin fantasmagorique sur the song that silenced the bar.

L’écoute des premières minutes est bluffante. Le Blues est plus vrai que nature, avec tous ses codes, et des intonations, des riffs d’une pureté quasi cristalline. Avec un peu de temps, on commence toutefois à ressentir les effets d’une mécanique un peu trop huilée. Il n’y a guère d’aspérités dans ces complaintes feutrées et on comprend que l’émotion n’est qu’un simulacre, vite dissipé. En fait, ça boucle et ça se répète à l’infini, et on a beau chercher, il n’y a personne à l’origine de ces mirages sonores. Pas âme qui vive. Pas de chair, pas de tripes et donc pas d’état d’âme.

On connaissait la musique d’ambiance, celle d’ascenseur, ou encore muzak, pas désagréable mais parfaitement insipide et indéfinie. Désormais on a celle émanant de ce qu’il est convenu d’appeler Intelligence Artificielle.
Le progrès technique est indéniable mais le résultat est le même. Tout est dans la forme, rien dans le fond.
Le fait n’est pas nouveau. Avec un regard d’enfant, on voudrait croire aux magiciens, aux automates, et pourquoi pas au Père Noël, mais lorsque les yeux sont dessillés, le charme est rompu et l’évidence s’impose : tout n’est qu’illusion…

A ce jour, plus d’un tiers des titres intégrés sur les plateformes de streaming proviennent de cette machinerie engendrée par des robots. Certains sites, dont Qobuz, les vendent comme s’il s’agissait de performances d’artistes en chair et en os. Des questions se posent : N’est-on pas en train de prendre des vessies pour des lanternes ? A l’heure où les mondes virtuels prennent le pas sur la réalité, où l’internet amplifie l’impact des rumeurs, des fake news, des ersatz, et autres succédanés idéologiques, faut-il s’en inquiéter ?
A la veille du 1er Avril, on serait tenté de n'y voir qu'une aimable farce...

28 mars 2026

Springtime Blues

Ce titre emprunté à Sonny Boy Williamson dit que le Blues, avant d'être un genre musical, est un état d'esprit. On peut le traduire par bleu à l'âme ou bien, pour employer un anglicisme baudelairien, parler de spleen. En portugais l'expression devient saudade. Dans mille langues, mille autres déclinaisons existent sans doute, tant le concept est universel…
Pour un mélomane, le blues est une nébuleuse en soi, mais aux accointances multiples. Avec le jazz bien sûr mais avec beaucoup d'autres expressions.
Né dans les champs de coton, le blues a essaimé tous azimuts. Gospel, Soul, R’N'B, folksong, bluegrass et même rock 'n' roll, tous en découlent.
De nos jours, on peut encore entendre du blues dans le Slam, dans le hip hop ou dans le Rap. Teddy Swims est un des chantres les plus récents de ces assemblages composites.
En flânant sur le mode aléatoire au fil du courant de Youtube Music, on découvre parfois de vraies pépites.

Ces derniers temps, quelques noms me sont restés en tête et leur musique dans les oreilles :

- Goldford dont le récent album Orange Blossoms opère un mix heureux de pop, de folk et de blues. Sa voix un peu écorchée à la manière de Paolo Nutini accroche bien et sa musique délivre un message à la fois chaleureux et apaisant.


- Black Pumas est un duo texan qui a pris résolument le chemin de la soul, en y intégrant quelques épices psychédéliques du plus bel effet. C’est très pur au plan vocal et mélodique, instillant un sentiment de bien être aérien (Angel) et le besoin d’y retourner…



- John Legend, de son vrai nom John Roger Stephenspourrait presque figurer comme grand ancien. Né en 1978, il incarne la relève du R'N'B et de la Soul depuis le début des années 2000. Il est aussi à l’aise et élégant au chant qu’au piano (Nervous, All Of Me) et pourrait représenter un pont vertigineux entre Al Jarreau et Simon et Garfunkel dont il a d’ailleurs repris le titre emblématique Bridge Over Troubled Water !


- Labrinth, alias Timothy McKenzie, est un jeune trentenaire Noir, natif de Londres. C’est sans doute le plus inventif de cette flopée d’artistes. Il produit une sorte de soul très sophistiquée, parfois mâtinée d’un zeste de Rap, des plus envoûtants (Beneath your beautiful). C’est parfois surprenant au plan rythmique (Never Felt So Alone) mais on retombe toujours en douceur sur ses pieds, avant de remonter aussi vite dans des sphères où règne l’émotion pure (Jealous).
- Mais la plus plus étonnante de tous est sans nul doute celle qui se fait appeler I Am Roze. Cette jeune femme native de Louisiane au destin brisé, qui a tout perdu au cours du cyclone Laura en 2020, est revenue à la vie grâce à sa voix fabuleuse et sa personnalité hors norme. On peut en juger par les titres Dollar, A Change Is Gonna Come à la fois splendides et déchirants. On pourrait dire qu’elle fait figure, par son style et ses intonations (Feel Good), d’alter ego féminin à Teddy Swims, ou Jacob Banks. Ce n’est pas le moindre de ses mérites…


26 mars 2026

Dernière ligne droite

Les élections municipales qui viennent de se dérouler s'inscrivaient comme la dernière échéance avant la conflagration présidentielle annoncée pour 2027. Il reste tout juste un an à courir avant ce scrutin décisif pour le pays. Est-ce pour autant une dernière ligne droite ?
Le moins qu’on puisse dire est que la situation reste des plus confuses. Aucune force politique n’incarne vraiment un espoir de renouveau. Aucune personnalité n’apparaît au premier plan de la scène politique et pire que tout, aucun programme d’avenir ne se fait jour. Alors que le pays s’enfonce mollement dans le déclin, la volonté fait défaut et la radicalisation des esprits ne cesse de progresser.
La Gauche inspire plus que jamais le dégoût par son hypocrisie, sa démagogie, ses mensonges et son sinistre "petit théâtre anti-fasciste", bien nommé par feu Lionel Jospin. En face, cela ne vaut guère mieux. Les partis, réduits à l’état de factions, sont incapables de réagir. Ils ne parviennent à s’unir en dépit de la convergence évidente des idées, et patinent dans l’indécision et la pleutrerie.
Les grandes métropoles vont donc continuer de dépérir à l’instar de Paris, Lyon, Marseille, Lille, Rennes, Nantes… Si les lignes bougent à Nice, si Toulouse, Bordeaux et Clermont-Ferrand ont été arrachées de justesse à l’emprise malfaisante de l’écolo-coco-bolcho-socialisme, Nîmes a été littéralement livrée aux communistes par une droite aussi bornée que stupide. Au Havre, l’ancien et peu regretté Premier Ministre Edouard Philippe pavoise malgré un score miteux qui ne lui a même pas permis d’atteindre la moitié des suffrages au second tour face aux communistes !
Dans les quelques villes gagnées par les enragés LFIstes, l’ambiance est à la vendetta. Le maire du Blanc-Mesnil, battu de très peu dans des conditions des plus discutables, quitte sa mairie bousculé par une horde revancharde sous les lazzi et les injures. On voudrait qu’il ait tort lorsqu’il affirme que “la ville va être divisée entre les racailles et ceux qui ont peur”. On espère qu’il se trompe quand il constate découragé que “le département est foutu”. Mais hélas, force est de voir que la partition mortifère du pays est en marche.
Peut-on dans ces conditions parler de dernière ligne droite ? Ce sont surtout de dangereux virages qui attendent le pays. Quant à l’issue de la campagne qui va commencer, elle semble des plus incertaines et ne laisse pas d’inquiéter.

16 mars 2026

Morcellement

Les élections municipales concernaient environ 35.000 communes. Pour 32.000 d’entre elles soit plus de 90%, le maire a été élu dès le premier tour !

Les choses paraissent simples, trop simples même, car cette réalité révèle deux soucis démocratiques majeurs :
- Pour plus de 20.000 villes, le résultat était connu avant même le scrutin puisqu’une seule liste était proposée aux électeurs.
- A ce constat très dérangeant, s’ajoute celui de l’affaiblissement dramatique du débat politique, proche du niveau zéro. Rares sont les politiciens qui osent encore se réclamer d’un parti politique, hormis les extrêmes. La radicalisation des esprits est telle que l’essentiel des arguments porte désormais sur la nécessité morale de faire un barrage, de plus en plus illusoire, à ces extrêmes, ce qui n’empêche nullement les tripatouillages crapuleux d’arrière-boutique. Il n’y a plus de programmes ni de perspectives concrètes, juste des mots creux et des anathèmes réducteurs.
Au point où nous sommes rendus, autant proposer un scrutin à la proportionnelle intégrale, qui aurait au moins l'avantage d'être plus rapide et d'éviter les manigances d'entre-deux tours...

Le pays, en proie à la montée angoissante des problématiques sociales, économiques et idéologiques semble sans direction, ni repère. De ci de là émergent des petits bastions, quasi féodaux (dont ceux conquis par le RN…).
Mais la vue d’ensemble est celle d’un puzzle abstrait, pour ne pas dire incohérent.
Cela n’augure rien de bon pour l’année à venir et les échéances majeures qui se profilent au terme des mandats calamiteux d’Emmanuel Macron, inscrits dans cet éparpillement, ces contradictions et ce morcellement d’une nation à la dérive…

14 mars 2026

Entre-deux

D’un côté, il y a la guerre, de l’autre le scrutin municipal. D’un côté le Monde, de l’autre, l’Hexagone.
Depuis une quinzaine de jours, le premier a largement éclipsé le second.
Les enjeux sont évidemment sans commune mesure.

Sur le conflit en cours en Iran et au-delà, on lit et on entend tout et son contraire. Quoiqu’on en dise, quoiqu’on en pense, les Etats-Unis et Israël sont les seuls à se démener pour faire tomber le régime, qui a fait main basse sur l'Iran, dont l’abjection ne fait pas de doute . Les autres sont neutres, “défensifs” comme dirait notre cher président, ou bien indifférents ou quasi, comme d’habitude pour paraphraser la chanson.
La France qui balbutiait des promesses évasives en réponse à la demande pressante d’aide faite par le Liban pour se débarrasser du Hezbollah, vient d’être violemment attaquée. En Irak, là où personne ne s’y attendait. Des soldats ont été tués et/ou blessés, victimes de drones de fabrication iranienne. On célèbre avec émotion la mémoire du valeureux adjudant-chef, mort pour la France, ce qui est bien normal. Mais on tergiverse pour connaître l’origine exacte de l’agression. Par qui a-t-elle été manigancée ? Visait-elle à proprement parler notre pays ? Est-elle le prélude à d’autres actions ? Beaucoup de questions, mais à aucun moment n’est évoquée la seule qui vaille : quand fera-t-on cause commune avec les nations qui entendent en finir avec les tyrans enturbannés, fauteurs de crimes contre l’humanité ?

S’agissant des élections municipales, un nouveau désastre est à craindre, sans effusion de sang fort heureusement. Dans ce pays étrange où tout est minutieusement réglementé, du temps de parole des politiciens, jusqu’au plafond des budgets de campagne, le jeu démocratique apparaît plus que jamais vérolé, si ce n’est vidé de sa raison d’être. On se souvient des municipales de 2020, en pleine épidémie de COVID-19, littéralement sabotées par des Pouvoirs Publics inconséquents. Six ans plus tard, ce n’est pas mieux.
On apprend par exemple au détour d’un reportage, que près de 70% des communes se trouvent dans l'incapacité de proposer plus d’une seule liste de candidats. Même si cela touche surtout les plus petites villes (dont certaines n’ont d'ailleurs plus de candidat du tout), on en conclut que 68% des futurs maires sont déjà connus, avant même le premier tour de scrutin.
Les lois, votées par un parlement ubuesque, ont tellement rigidifiées les règles, qu’il n’est plus possible de panacher ni de rayer des noms, ni même de proposer des listes incomplètes. Il faut qu'elles soient exhaustives, en bonne et due forme, respectant scrupuleusement la parité de genre, jusque dans les moindres villages. Il a donc fallu sacrifier sur l’autel de l’absurdité administrative des conseillers expérimentés, compétents au seul motif de la norme…
A quoi bon voter dans un tel contexte, sans enjeu ? Avons-nous touché le fond insondable de la bêtise ? Le doute m’habite et le néant nous guette…
Et puis, il y aura l’entre-deux tours… Barrages républicains, désistement, alliances plus ou moins tacites, tout est envisageable en matière de tripatouillages, magouilles et petits calculs.
La balle est assurément dans le camp des électeurs, le problème est qu’à force d’avoir été égarés, ils ne savent plus trop bien où sont les buts…

07 mars 2026

La Liberté ou la mort 2

Ce qui se passe au Proche-Orient est d’une importance historique majeure. Près d’un demi-siècle après l'instauration de sa tyrannie, le pouvoir malfaisant des mollahs chancelle sous les assauts conjoints, massifs et ciblés des forces armées américaines et israéliennes.

Plus que jamais, pour le peuple iranien l’enjeu est simple, c’est la Liberté ou la mort. Dans ce contexte, une fois encore, Donald Trump fait ce qu’il a dit. Une fois encore, nombre de commentateurs de plateaux, plus ou moins avisés, en restent comme deux ronds de flan. Depuis des semaines, ils faisaient des plans sur la comète oiseux sur la stratégie du président américain. Qu’importe, ils inventent désormais toutes sortes de théories plus farfelues les unes que les autres pour tenter de révéler ce qui se passe dans la tête du bonhomme, lequel prend plaisir à les égarer avec ses déclarations aussi emphatiques que fluctuantes.

Un fait est sûr, l’Amérique et Israël sont bien seuls dans cette affaire. L’ONU est aux abonnés absents. Il en est de même des alliés soi-disant les plus fidèles, qui avaient juré d'être toujours aux côtés des combattants de la liberté.
La France est en dessous de tout. Emmanuel Macron, sans éprouver la moindre gêne, n’a pas eu un mot de félicitations ni d'encouragement, ni même d’espoir pour l’opération en cours. Il se borne à déclarer que “L’escalade en cours est dangereuse pour tous”, et “qu’elle doit cesser” au plus vite… Est-ce par crainte d’être vu comme complice si ce n’est associé, ou bien aveu de la perte d’influence de notre pays, il insiste sur le fait que la France n’a été “ni impliquée ni prévenue” !
Fidèle à la rhétorique visqueuse du “en même temps”, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, déclarait que la France "ne peut que se satisfaire de la mort de Khamenei", même si "ce n'est pas encadré par la loi"...
Il y a quelques semaines à peine le président français affirmait que les Vénézuéliens étaient "débarrassés de la dictature Maduro" et ne pouvaient "que se réjouir", tout en martelant qu’il "n’approuvait pas la méthode américaine" pour le renverser. Comprenne qui pourra…

Face aux agressions insensées du Hezbollah vis-à-vis d’Israël, Macron demande gentiment aux terroristes de cesser leurs tirs et appelle sans ménagement Benjamin Netanyahou à la désescalade, lui demandant instamment de “s’abstenir de toute intervention terrestre” au Liban, exigeant “un retour au cessez-le-feu”. Autant dire qu’il demande l’arrêt de l’intervention visant à éliminer le Hezbollah. Un peu fort de café de la part d’un chef d’Etat qui n’a rien fait pour aider ce pays à se débarrasser du fléau terroriste, en dépit de belles promesses, notamment lors de l’explosion du port de Beyrouth.

Dans le même temps, n'ayant sans doute rien de mieux à faire, Emmanuel Macron parade en Falcon, encadré par 4 rafales dans le ciel tranquille de Normandie. Il se décide à envoyer le porte-avion Charles de Gaulle qui stationnait en Suède, vers le théâtre des opérations moyen-oriental, où il arrivera “sous 8 jours”, sans doute après la bataille. Ce n’est évidemment pas trop grave s’il ne s’agit que de faire des ronds dans l’eau….

En Europe, décidément plus hors course que jamais, il y a plus grave. L'Espagne, par la voix de son premier ministre Pedro Sanchez, interdit carrément l’utilisation par les Etats-Unis des bases dont ils disposent en Andalousie. Cette décision, motivée par de sordides intérêts électoraux est une vraie trahison.
Dans ces circonstances, le Royaume Uni se montre à peine moins déloyal. Le Premier Ministre Keir Starmer autorise du bout des lèvres l’US Air Force à accéder à une base UK pour un objectif « spécifique et limité » de nature défensive.
Comment ne pas être consterné par ces réactions incompréhensibles ? Cette fois encore, force est de constater que ni la France, ni l’Europe ne sont au rendez-vous crucial de l’Histoire…