26 juin 2024

Déni de Démocratie

L’heure fatidique approche. Le destin du pays va se jouer dans cinq jours à peine. Tout peut basculer. L’incertitude est à son comble. L’angoisse également.
Certains sont pris de panique comme le Président de la République. La situation lui échappe. Il tente de se rattraper aux branches mais c’est trop tard. Après avoir longtemps tergiversé, il a voulu et organisé le grand saut dans le vide. Plus dure sera la chute.
Ce qui était annoncé il y a plusieurs décennies est en passe de se réaliser. La politique du tout sauf l’extrême-droite arrive à son extrémité si l’on peut dire. Le sectarisme et l’aveuglement nous ont conduits là où nous en sommes. On a la classe politique qu’on mérite…
Il n’est jamais souhaitable qu'un parti puisse obtenir seul une majorité après avoir été ostracisé par tous les autres. Pourtant, aujourd’hui c’est l’hypothèse numéro 1 par la faute d’un peuple et de ses représentants. Pour avoir refusé d'intégrer le FN dans le jeu politique lorsqu'il en était temps, on l'a contraint à croître, isolé. On peut affirmer que sa lente mais irrépressible montée, puis sa transformation en Rassemblement National, a été sciemment organisée par les partis auto-prétendus républicains.

Dans les années 80, François Mitterrand, dont le pouvoir était fragile et bancal, a porté le Front National (FN) sur les fonds baptismaux, en toute connaissance de cause politicienne. Il s’agissait d’empêcher par tous les moyens le retour de la Droite, y compris en usant de la tactique du pompier incendiaire. Faire croître et embellir le FN tout en le diabolisant pour apparaître comme un rempart contre lui, Machiavel n’eut pas désavoué. La Gauche dans son ensemble s’est ralliée à cette stratégie abjecte.
Le piège était ourdi. Ses adversaires du Centre et de Droite sont entrés naïvement dans la nasse, au nom des grands principes. Ils se sont interdits définitivement toute alliance, tout rapprochement avec l’Extrême-Droite, même lorsque leurs discours se rejoignaient. Pire, ils se sont interdits toute action susceptible de prêter le flanc à l’amalgame avec le fascisme, procédé classique de la rhétorique socialiste.

Un premier séisme eut lieu en 2002. Paradoxalement, il donna l’impression de se retourner contre les auteurs de la machination. Mitterrand n’était plus là mais Lionel Jospin fut balayé et Jean-Marie Le Pen accéda au second tour. Le vrai résultat fut cependant l'élection d'un Jacques Chirac transformé en potiche, avec le score mirobolant de 83% des suffrages ! Tout le “Peuple de Gauche” s’était empressé de voter pour celui qu'il traitait de Super Menteur et de Super Voleur quinze jours auparavant ! Aucun démocrate digne de ce nom ne pouvait se satisfaire de cette issue qui faisait honte à notre pays.

Derrière cet épisode lamentable, le problème restait toutefois entier. Pendant un très court instant en 2007, on put espérer qu'il avait été circonscrit par Nicolas Sarkozy. Le nouveau président avait parlé comme les dirigeants du FN et l'accent de ses discours était convaincant. Hélas, les actions ne suivirent pas. Résultat, Sarkozy fut battu sèchement par l'inénarrable François Hollande. Nouvelle honte et cruelle humiliation.

Douze ans ont passé. Le FN est devenu Rassemblement National (RN). Les mêmes causes entraînant les mêmes effets, la progression a repris de plus belle et le fameux plafond de verre est en train de se fissurer. Il pourrait voler sous peu en éclat.
Dans le sauve-qui-peut actuel, le même et désespérant refrain contre les extrêmes continue de fatiguer les oreilles. Plus il apparaît vain, plus il est bruyant, exclusif et radical et pour tout dire, anti-démocratique. Car aujourd'hui, d'où vient l'intolérance, d'où proviennent les violences ? D'où revient l’horreur de l'antisémitisme ? D'où émergent les plus graves menaces pesant sur l'ordre public ?
De la Gauche évidemment, qui révèle une nouvelle fois sa nature totalitaire et perverse. Au-delà des revendications habituelles et des appels à la rue brandis par Ies révolutionnaires de tout poil, on est abasourdi par les annonces de boycott, de désobéissance et de rébellion émises par des fonctionnaires du Service Public, des syndicats, en cas de victoire du RN.
Dans ce tumulte quasi insurrectionnel, on ne peut qu'être impressionné par la sérénité et la dignité des dirigeants du RN. On est saisi de voir un jeune homme de 28 ans, ne céder à aucune provocation et manifester en toute circonstance un calme olympien. Son programme est sans doute encore un peu inabouti mais que dire des autres ?

L'alternative est incontournable désormais. Vaut-il mieux qu'émerge une majorité claire sous l'égide d'un seul parti, ou bien que perdure et s'aggrave l'affrontement de blocs minoritaires irréconciliables donc ingouvernables ?
Dans le premier cas, le Chef de l'Etat se cramponnera comme il l’a déjà annoncé à sa fonction, dans une cohabitation insane. Aucun scrupule ne l’arrêtera donc malgré les insanités dont il a couvert ce qu’il appelle encore l’extrême droite. Son seul objectif sera de limiter la marge d'action du gouvernement, ce qui encore une fois s’apparente à un vrai déni de démocratie. Outre le risque de paralysie du pays que cette attitude fera courir au pays, elle n’empêchera pas l’émergence de graves troubles sociaux jusqu’en 2027.
Dans le second cas, en l’absence de majorité cohérente à l’Assemblée Nationale, M. Macron n'aura vraisemblablement pas d'autre choix que de démissionner, laissant derrière lui une ambiance de chaos généralisé voire de guerre civile, dont il agite le spectre.
Il reste certes une troisième option où l'on verrait s'agglomérer des opportunistes de tous bords, sauf évidemment du RN, pour former un magma inconsistant, sans projet, sans ligne directrice autre que faire durer le règne confus du "en même temps” et de l'association des contraires. Ce serait presque à coup sûr, reculer pour mieux sauter…

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