19 juillet 2007

Eloge de la promenade


La charmante Evelyne Dhéliat nous annonçait il y a quelques jours qu'on allait enregistrer dans notre pays durant cette période estivale des records de froid. On pourrait même paraît-il faire du ski au dessus de 1800 mètres !
Est-ce une conséquence des gesticulations bruyantes des artistes réunis en Australie à l'initiative d'Al Gore (Live Earth) pour lutter contre le réchauffement climatique ? Est-ce un pied de nez de la Nature au gouvernement qui de son côté vient de mettre la dernière main à son rituel et emblématique « plan canicule » ? A quelque chose malheur est bon, au coeur de cet été qui pour une bonne partie de la France ressemble à l'automne, les gazons et les hortensias n'ont jamais été aussi beaux ! Naturellement, je ne parle pas ici des régions méridionales, notamment du petit croissant azuréen qui accroche si bien le soleil sur les cartes météo.
Bien qu'il faille parfois braver la pluie, c'est un fait qui commence à être connu comme vérité en médecine : la marche à pied est bénéfique pour la santé. Elle conditionne une bonne forme physique, réduit le stress, et procure un meilleur sommeil. Elle préviendrait la survenue de nombreuses maladies dont l'athérome, le diabète et même certains cancers. A coup sûr elle procure davantage de bienfaits que le jogging, et contrairement à ce dernier, elle ne fatigue ni les articulations ni le coeur. Elle permet en outre d'ouvrir les sens à l'environnement et favorise la réflexion et l'imagination.
La plupart des joggeurs semblent pressés. Ils courent sans but ni raison. Ils ne regardent généralement pas le paysage autour d'eux et souvent même isolent leurs oreilles des bruits du monde avec d'horribles casques à musique. Sur le sujet, je rejoins volontiers Alain Finkielkraut lorsqu'il évoque sans indulgence les très médiatisées trépidations sportives du président de la République et du premier ministre. Comme lui je serais presque tenté de préférer encore les promenades de François Mitterrand. Hélas, la nuée de journalistes de badauds et de courtisans entourant l'ascension de la Roche de Solutré en faisait quelque chose ressemblant davantage à une kermesse ou une étape du tour de France qu'à une tranquille déambulation spirituelle...


Celui qui marche fait corps avec la nature. Dans la campagne il salue les gens qu'il rencontre. Il regarde les fleurs et hume leur parfum. Souvent les idées naissent dans sa tête et se mettent à cheminer et à s'ordonner tranquillement au gré de ses pas.
Les exemples illustrant les vertus de la marche sur l'intellect et la réflexion sont nombreux, d'Aristote à Kant, en passant par Rousseau. Les peintres également trouvent souvent l'inspiration au cours de leur pérégrinations sur le motif. On connaît le fameux tableau intitulé « Bonjour Mr Courbet » qui vaut mieux qu'un long discours.
Pour ma part, lorsque je me promène ainsi, le paysage se confond souvent parfois ma tête avec ceux du peintre anglais John Constable.
Ces panoramas tranquilles, sis dans une paisible quiétude, s'apprécient comme de beaux fruits pleins de saveur. « Rondeur des jours », disait Giono...
On peut y sentir l'odeur de la terre et de l'herbe après la pluie. On peut y percevoir les promesses de jours sereins derrière les nuages illuminés. Ou pourrait même tenter d'y déchiffrer quelques uns des mystères de la Nature tant elle semble s'ouvrir à l'entendement sous le pinceau de l'artiste.
Constable voulait faire de l'art une science capable de nous aider à mieux comprendre la nature. Comme Locke en Philosophie, il espérait dans le domaine de l'expression picturale, appliquer la méthode de Newton : « Pourquoi ne pas considérer la peinture des paysages comme une des branches de la physique, dont les expériences ne seraient autres que des tableaux ? »

Bel objectif, d'autant plus louable qu'il ne nuisit absolument pas à l'émotion. Dans l'histoire de l'Art, Constable reste comme un des pères de l'impressionnisme. Et son talent ne se limita pas à la transposition sur la toile de paysages. Il laissa également quelques portraits. Parmi ces derniers, figure celui de sa femme très aimée, Maria Bicknell. Peint de manière spontanée et libre, ce visage révèle tout à la fois une belle intensité et une grande tendresse. Constable le garda toujours près de lui car sa simple vue disait-il, guérissait tous les maux de son âme...

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