Bel Ami, c’est l’histoire édifiante de Georges Duroy, alias Du Roy de Cantel, héros ambitieux mais amoral, piètre journaliste, séducteur invétéré, sans scrupule, lorgnant les femmes mariées, et parasitant ou détruisant sans vergogne les unions, jusqu’à sacrifier la sienne pour de sordides intérêts matériels.
Comble de l’abjection, il achève son parcours infâme, semé de trahisons, de faux semblants, nourri d'arrivisme et d’opportunisme, par un beau mariage chrétien. Il parvient en effet à séduire une jeune vierge innocente, ignorante des turpitudes de son fieffé prédateur déguisé en prince charmant, et jubile à l’idée de l’enlever avec une jouissance morbide à ses parents qui la destinaient à un meilleur parti. C’est le triomphe de l’ambition, totalement dénuée d’état d’âme. En même temps, le romancier peint avec délectation le portrait peu élogieux du journalisme et de la politique où foisonnent en s’entremêlant les collusions manœuvrières.
Maupassant est ici à son apogée littéraire. Le style de l’écriture, en apparence trivial, est toujours aussi vif et efficace, parfaitement adapté aux turpitudes qu’il s’attache à montrer avec une verve féroce, au risque de parfois dépasser les bornes de la bienséance. On peut ainsi s’émouvoir du mépris affiché de l’auteur pour les Juifs, qu’il montre sous un jour peu reluisant en portraiturant l’affable patron de presse Walter sous les traits d’un homme d’affaires peu scrupuleux, bassement intéressé, enrichi grâce à son journal et à diverses corruptions. Il montre avec une certaine complaisance le comportement ambigu voire la duplicité des femmes, même lorsqu’elles sont trompées ou maltraitées. Enfin, il ne fait pas mystère de son anti-cléricalisme farouche et de son profond dédain pour la religion et notamment ses confessionnaux qu’il décrit comme des « petites cabanes de bois, sorte de boîtes aux ordures de l’âme, où les croyants vident leurs péchés ».
En définitive, la morale de l’histoire est donnée, lors d’un éclair de lucidité, par Clotilde de Marelle, la maîtresse, aimée, puis trahie et délaissée, mais toujours aimante, quoique totalement désillusionnée : « Tu trompes tout le monde, tu exploites tout le monde, tu prends du plaisir et de l’argent partout, et tu veux que je te traite comme un honnête homme ? » Triste reflet d'une époque qui n'est pas sans en rappeler d'autres, beaucoup plus récentes...

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