Partout dans le monde, elles sont comprises et restent durablement ancrées dans les mémoires. Serge Gainsbourg avec lequel elle vécut paraît-il une brève mais intense liaison, s’en est servi pour un album de chansons auquel elle prêta d’ailleurs sa voix. Elle-même en fit le titre de ses mémoires, parus en 1996.
Ces deux lettres définissent de manière mythique l’archétype de la starlette des fifties et de la star des sixties, portant jusqu’aux antipodes une certaine idée de la France, faite de charme, d’élégance, de liberté.
A quoi tient une popularité aussi durable, alors que l'actrice avait cessé toute activité professionnelle dès le début des années 70, âgée d’à peine 38 ans, et qu’avec la meilleure volonté du monde, on ne compte guère de chefs d'œuvres impérissables dans sa filmographie ?
Sans doute au fait que Bardot a marqué son époque, qu’elle l’a même incarnée et influencée par le seul magnétisme qui émanait de sa personne. Les jupes Vichy qu’elle portait avec une délicieuse grâce mutine firent les beaux jours de la mode du temps. Le petit coin de paradis de St-Tropez où elle avait élu domicile, et cherchait vainement à vivre cachée, reste lié indéfectiblement à sa personne. S’agissant du cinéma, derrière les légendaires Et Dieu Créa la Femme et Le Mépris qui subliment sa plastique et magnifient son pouvoir de séduction, on retiendra tout de même sa performance dramatique impressionnante dans La Vérité de Clouzot. Sans doute, ne lui a-t-on pas toujours donné les rôles qu'elle méritait. Peut-être ne les a-t-elle pas toujours acceptés...
Elle était la beauté même et véhiculait, plus ou moins consciemment, mais avec une adorable malice et un naturel confondant, un féminisme élégant, léger et désinvolte, à la fois sage et insolent. On n’a rien inventé de mieux depuis, et les défenseurs de la cause ont hélas perdu en route la gaieté et l’esprit de liberté dont elle était prodigue.
Dire que B.B. était libre est presque un pléonasme tant elle irradiait par son allure et par son franc parler. Des opinions, elle en avait, déclarées sans tabou ni complexe. On souriait parfois du combat qu’elle mena pour améliorer la condition animale mais personne ne pouvait douter de sa sincérité ni de son bien fondé, hélas gâché par des propos excessifs. On se gaussa assez bêtement des conceptions souvent pragmatiques qu’elle manifestait au sujet de la politique et de la société, loin des sentiers battus et rebattus par les moutons du showbiz bêlant leur engagement à gauche. On la disait réactionnaire, voire d’extrême droite, alors qu’elle était tout à la fois libérale et conservatrice.
Après avoir illuminé le quotidien du vulgum pecus durant près de deux décennies, harassée par une célébrité trop écrasante, elle avait choisi de s’effacer et d’assumer sereinement le poids des ans et d’affronter loin des médias le naufrage de la vieillesse. Au moment où une année se termine et où une autre commence, elle disparaît presque silencieusement. Sa silhouette juvénile, si désirable, et son indomptable liberté resteront toutefois pour longtemps dans les esprits...
In memoriam Brigitte Bardot
