24 janvier 2026

Grateful Memories

Il est bien loin le temps où le groupe Grateful Dead enchantait les scènes musicales américaines et internationales et faisait les beaux jours du Flower Power, mâtiné de parfums beatniks et hippies. En France, ils n’étaient pas au top des hit parades mais ils pouvaient compter sur le soutien sans faille de leurs aficionados, les Deadheads comme on les appelait.
Aucune autre formation ne déployait autant de charisme, porté en grande partie par le leader Jerry Garcia, à la silhouette barbue et joviale de Santa Claus, débordant de gentillesse et de générosité.
Auteur, compositeur, chanteur et guitariste, il avait tous les talents et son aura rayonnait sur toute la West Coast et bien au-delà. Au gré de mélodies accrocheuses, un tantinet planantes parfois, ses riffs étincelants flirtaient avec le wah wah, le blues, le folk et le rock & roll. Il plongeait les auditoires dans une sorte d’envoûtement collectif, fait de joie et de bien-être proche de la béatitude. Une vraie magie ! Jerry incarnait mieux que quiconque l’esprit de son époque, débridée, ivre de liberté. Autour de lui, ses compagnons, en parfaite cohésion, ne déméritaient nullement. Parmi les membres fondateurs, Phil Lesh tenait la basse avec une dextérité savante, Bob Weir, chanteur également, fournissait une superbe ligne rythmique à la guitare tandis que le beat était assuré par Bill Kreutzmann auquel fut associé le percussionniste Mickey Hart. Par la suite sont venus se greffer pas mal de musiciens de talent, dont Brent Mydland, particulièrement déchaîné aux claviers.


Hélas, ces trips incessants n’allaient pas sans certains excès et la troupe s’est peu à peu dépeuplée au fil des accidents de parcours et des maladies. Mydland mourut d’overdose à 37 ans, en 1990. Garcia succomba à son diabète en 1995 alors qu’il venait d’en avoir 53. Le choc fut terrible et il fallut plusieurs années pour que la troupe reprenne le chemin des concerts. L’ère n’était plus à la création et à la fantaisie, mais grâce à l’apport revigorant de John Mayer, à la place de Jerry, on revit durant plusieurs années sur scène les rescapés de l’aventure, rebaptisés Dead & Company.
En 2024 Phil Lesh, devenu octogénaire malgré beaucoup de soucis de santé, passait l’arme à gauche, et le 10 janvier de cette année c’était le tour de Bob Weir, le brillant cadet devenu patriarche, qui venait d’entamer sa soixante-dix-neuvième année. Il ne reste donc plus que les batteurs…
Le coup est fatal. L’épopée s’achève. Une flopée de souvenirs extatiques remontent tout à coup dans la mémoire embuée de nostalgie…


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