Les rencontres fortuites peuvent faire l’effet d’un coup de foudre, un crush comme on dit maintenant.
Cet orage sentimental n’est pas nécessairement aussi fulgurant que l'éclair, mais il est parfois plus durable.
J’ai découvert la chanteuse Angela McCluskey grâce au film de Laurent Dussaux, “Avant qu’il ne soit trop tard”. Outre le plaisir de voir une comédie sentimentale très enjouée et des interprètes épatants, notamment la délicieuse Émilie Dequenne, j’avais été séduit par La BO mettant en valeur les chansons de Syd Matters et du groupe Archive. Mais ce n’est qu’au troisième visionnage que s’est imposée comme une évidence celle d’Angela “It’s Been Done”.
Une voix presque enfantine, un rien éraillée, suavement traînante et déchirante à la d=fois gaie et d'une nostalgie troublante.
Tout l’album The Things We Do sorti en 2004, duquel ce titre était extrait, diffusait la même sensation, la même euphorie empreinte d’une tendresse douce-amère, sur le fil ténu joignant la pop, la ballade et le blues.
Plusieurs mois après cette découverte, je fus tenté d’y revenir.
Mais quelle ne fut pas ma tristesse d’apprendre que la chanteuse avait quitté ce monde en 2024, à la suite d’un accident vasculaire, à l’âge de 64 ans.
Raison de plus pour mieux la connaître, hélas rétrospectivement.
Angela McCluskey commence sa carrière au cours des années 90 avec le groupe de rock alternatif Wild Colonials, créé avec son compagnon le pianiste Paul Cantelon, non sans un certain succès.
Cherchant à valoriser les multiples facettes de son talent, elle aborde par la suite beaucoup de styles musicaux avec la même réussite. Une escale auprès du groupe électro français Telepopmusik accroît son aura (Breathe). Elle s’essaie également à des genres plus expérimentaux, revisitant en 2002 avec la formation Triptych des grands standards du jazz sur le mode éthéré, dépouillé à l’extrême (Famous Blue Raincoat, Funny Valentine).
Sa carrière solo comprend plusieurs albums magnifiques. You Could Start a Fight in an Empty House (2009), Lambeth Palace (2012), et The Roxy Sessions (2016).
Le premier contient de superbes et puissantes compositions très pop agrémentées de savoureux arrangements musicaux (End Of My Rope, Friend, You Let Me Down en duo touchant avec le chanteur Kraig Jarret Johnson). Le deuxième fait dans le genre velouté et sophistiqué. La voix est tout en retenue et en douce réverbération, légèrement voilée; les arrangements très swinguants s'appuient sur des basses térébrantes et des synthés majestueux (La Vie Est Brève, A Moment We Never Had). Quant au dernier, il laisse libre cours à une fantaisie débridée peuplée de rythmes endiablés richement orchestrés, évoquant l’ambiance euphorique du music-hall des années folles (Not Crying Anymore, Let’s Get Lost, Turn Out The Lights, You and Me, Paris To Hollywood, Say Hello) ou s’inscrivant dans de suaves balancements très bossa-nova (Insufficient Feeling).
On a comparé sa voix étonnante à celle ensorcelante d’un ange, dont elle a le nom.
Pour tout dire en peu de mots, elle sait tout faire. Monter dans des aigus aussi intenses qu’un cri lancé vers les étoiles, qui retombe en flammèches incandescentes évoquant les accents déchirants de Billie Holiday. Mais elle sait aussi bien se faire grave susurrant des mots débordant d’amour en cheminant sur les vagues caressantes du piano (Northern Boy). Elle peut sautiller allègrement au-dessus des vibrations puissantes d’une rythmique techno, feuler un jazz swinguant ou bien distiller un blues enjôleur, en introduisant malicieusement de ci de là des paroles en français (La vie Est Brève, You And Me).
Pour tout dire en peu de mots, elle sait tout faire. Monter dans des aigus aussi intenses qu’un cri lancé vers les étoiles, qui retombe en flammèches incandescentes évoquant les accents déchirants de Billie Holiday. Mais elle sait aussi bien se faire grave susurrant des mots débordant d’amour en cheminant sur les vagues caressantes du piano (Northern Boy). Elle peut sautiller allègrement au-dessus des vibrations puissantes d’une rythmique techno, feuler un jazz swinguant ou bien distiller un blues enjôleur, en introduisant malicieusement de ci de là des paroles en français (La vie Est Brève, You And Me).
En 2021, en pleine épidémie de COVID-19, elle se déleste d’un petit recueil de quatre titres qu’elle a l'élégance d’offrir en libre téléchargement (Between Ourselves). Sans le savoir, elle produit dans un cadre des plus somptueux, empreint d’une obscure clarté, ces ultimes perles comme un témoignage confidentiel et amical au seuil de l’éternité. Dans le cœur de celles et ceux qui ont pu apprécier le talent de cette artiste à nulle autre pareille et si attachante, il s’agit d’un ineffable message qui restera gravé jusqu'au dernier battement…



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