25 juin 2026

L'été s'ra chaud

Il fait chaud, il fait même très chaud. C’est l’été paraît-il.
Derrière cette lapalissade, ce nouvel épisode de canicule fait éclater en pleine lumière une fois encore les lacunes coupables de l’Etat Providence. Les années, les décennies passent et l’inertie demeure.

En 1976, à l’occasion de l’épisode “historique” de sécheresse, le gouvernement mettait sur pied un conseil de guerre au cours duquel on découvrait l’utilité des ventilateurs pour lutter contre la chaleur. Dans la foulée, il instaurait un “impôt sécheresse” destiné à indemniser les victimes des rigueurs climatiques.
En 2003 on prenait tragiquement conscience de la fragilité des personnes âgées. L’Administration Centrale décida de la mise en œuvre d’un “Plan National Canicule”. Parallèlement, de nouveaux prélèvements furent imposés : la fameuse “journée de solidarité" associait dans la même absurdité la suppression d'un jour férié, alors qu'on venait d'offrir plein de jours de repos au titre de la RTT (Réduction du Temps de Travail), et la “cotisation de solidarité autonomie” prise sur les salaires était créée. Les experts prédisaient dans un avenir proche une canicule tous les deux ans. Le grotesque ayant atteint à l'époque des sommets, rappelons qu'en 2007, le Prix Nobel de la paix fut attribué à l'ancien vice-président américain Al Gore, pour avoir prédit la submersion de New-York dès 2012 par l'inéluctable montée des eaux...

En 2026, nous assistons pour l’heure au ballet des “conseils interministériels” mais sans autre conséquence pratique que d’activer le Plan Orsan de niveau 2 puis 3 et d’interdire aux ministres tout voyage à l’étranger durant les vacances... En toute logique, on peut s’attendre à de nouvelles mesures fiscales plus ou moins déguisées.

Il y a cinquante ans, les hautes instances se réunissaient pour “écouter, dresser le bilan de la situation, recenser les besoins, puis prendre les décisions”. Qu’en est-il un demi-siècle plus tard ?
Hélas, sous la pression insensée des lobbies écologiques, on s’est borné à se lamenter au sujet du réchauffement climatique dont on flétrit matin midi et soir les fautifs supposés, à savoir le bon vieux capitalisme, le progrès technique, la bagnole, et in fine l’être humain. Afin d’analyser le problème sous toutes les coutures, on a créé en France le Haut Conseil pour le Climat et à l'international, le célèbre Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (GIEC), sous l'égide de l'Organisation météorologique mondiale (OMM) et du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE)...
Sous la férule d’experts plus soucieux d’idéologie que de pragmatisme et de politiciens obsédés par le principe de précaution, on a dépensé des milliards pour tenter d’enrayer le “dérèglement” du climat (ce qui suppose qu’il était réglé) et pondu des tombereaux de lois pour étrangler un peu plus le capitalisme et la liberté des êtres humains.
Dans le même temps, on a largement négligé de s’adapter aux caprices de la météo et de déjouer les colères de Dame Nature. Les forêts ont manqué d’entretien et sont de plus en plus vulnérables face aux incendies, on a laissé libre cours aux fleuves et rivières dont on a même favorisé les débordements par une bétonisation anarchique et la raréfaction des solutions de drainage naturel.

L’épisode actuel de fortes chaleurs conduit à constater le retard de notre pays en matière de solution pour lutter contre l’élévation excessive des températures. On apprend par exemple que le taux moyen de climatisation dans les foyers n’est en France que de 25% (13,4 dans les appartements, 28 dans les maisons) vs plus de 50 en Italie, Espagne et 90 aux USA, 91% au Japon !

L’équipement reste à ce jour étique dans certains lieux qui devraient pourtant être prioritaires : écoles, maisons de retraite, hôpitaux, transports publics. On en est réduit dans des établissements de soins ou d'hébergement, à pallier parfois l’absence même de volets en occultant les fenêtres avec des couvertures de survie ! On en vient à conseiller aux gens d’éviter trains, métros et tramways dans lesquels la climatisation, lorsqu’elle existe, s’avère défaillante dès qu’il fait chaud ! On ferme les écoles alors qu’en toute logique, les enfants devraient y être mieux que chez eux ! Dans le nouveau Centre Hospitalier Universitaire de Nantes, destiné à voir le jour en 2028, la climatisation n’est paraît-il tout simplement pas prévue… Dans cette même ville, la gare, récemment rénovée et abondamment vitrée, est une fournaise.

Parmi les politiciens, les responsabilités sont lourdes mais la palme revient au sinistre Mélenchon, qui à l’instar des écolos, dénonce opiniâtrement tout recours à la climatisation.
Dans une courte mais percutante intervention sur le sujet, François Lenglet démontre a contrario que la climatisation est un facteur de prospérité, précisant qu’elle rend habitables des zones désertiques, améliore les conditions de travail ainsi que celles de l’apprentissage et de l’enseignement. Au surplus, elle diminue les risques pesant sur la santé, notamment ceux d’accident cardiaque…
On pourrait en guise de conclusion s’interroger sur le paradoxe selon lequel on trouve naturel de se chauffer en hiver et blâmable de vouloir se rafraîchir en été…

21 juin 2026

Vingt ans après

Ce blog a vingt ans. C'est beaucoup et c'est peu. Tout dépend du point de vue qu'on adopte. Mais quel qu'il soit, y a-t-il un sens à poursuivre avec autant d'assiduité un objectif aussi chimérique, aussi dénué d’utilité ?

Écrire peut être considéré comme un aimable passe-temps, lorsqu'on a remisé toute autre ambition, notamment celle d'être écrivain, reconnu comme tel. On pourrait en dire autant de n'importe quel violon d'Ingres : peindre, dessiner, sculpter, faire de la musique ou bien encore broder, cuisiner, ou cultiver de jolies fleurs. Mais sans public, quelle finalité à tout cela ?
Imagine-t-on des acteurs de théâtre déclamer leur texte sans spectateur ?
Tenir un journal intime relève a priori de la même absurdité. Pourtant cette activité est vieille comme le monde, au moins aussi ancienne que l'écriture. Cela tient de la même nécessité que celle d'entretenir un jardin secret. Est-ce pour autant une manie quelque peu nombriliste?
Narcisse admirait son propre reflet dans l'eau mais il ne créait rien. L'artiste maudit, sûr de son talent, tente d'exprimer sa passion, envers et contre le monde qui l'ignore ou le méprise. Il obéit à un fatum dont il est certain de l'immanence. Il souffre mais il n'est pas inquiet. Il sait que son heure de gloire viendra tôt ou tard. Il peut se consoler en se disant qu'il œuvre pour les temps futurs.
Il n'en est pas de même pour l'auteur d'un journal intime. Il n'a pas ou bien il a perdu l'espoir de quelque reconnaissance. Celui qui n’écrit que pour satisfaire le besoin d'écrire est de la famille de Sisyphe. Sans cesse il remet l'ouvrage sur son métier, sans cesse il retombe dans le néant. N'empêche, il continue, et pour paraphraser Camus, “il faut imaginer Sisyphe heureux”…

Internet a permis l'éclosion d'un nouveau genre, celui du journal extime. Le blog en est sa manifestation la plus aboutie, mais les réseaux sociaux participent de la même logique, plus succincte, plus instantanée, sans doute plus égocentrée, mais tout aussi vaine.
La différence avec les écrits confidentiels ou secrets est qu'ils s’exposent au monde. Cela ne change pas grand-chose car ce dernier y est largement indifférent ou n'y apporte au mieux qu'une attention distraite et très éphémère.
Mais dans l'esprit de celui qui déverse dans le grand bain du Web ses pensées, ses opinions, ses états d'âme, il y a forcément un espoir d'être remarqué, de susciter quelque réaction plutôt qu’une vaste indifférence.
Bien souvent, cela se heurte au paradoxal anonymat derrière lequel certains restent cachés. Être illustre et inconnu comme le souhaitait le peintre Edgar Degas, peut constituer un objectif louable après tout. A l'instar de celui de s'inscrire dans un semblant de pérennité.
Vingt ans, ce n'est déjà pas si mal en somme. Et puis, pouvoir s'exprimer en toute liberté à l'image des oiseaux qui dessinent sans contrainte dans le ciel leurs trajectoires versatiles mais toujours renouvelées, ça contribue à donner le sentiment d'exister…

Epilogue: Cette liberté n'a pas de prix et grâce soit rendue à Google qui l'offre sans contrepartie à qui veut, et ce, tant qu'il peut. Pourvu que ça dure en ces temps de nouveau moyen âge où pullulent les tribunaux inquisitoriaux en quête de procès en sorcellerie, d’anathèmes et de fatwas…

15 juin 2026

Sagrada Família

Alors que l'on voit souffrir un peu partout la Chrétienté, attaquée par des hordes de doctrinaires et de fanatiques de tout poil, le message de Jésus semble condamné à l'étiolement sous les coups de boutoirs du wokisme, de la sinistre cancel culture, et autres négationnismes révolutionnaires pétris d'intolérance. Pourtant, au cœur de la Catalogne, dans Barcelone, s'élève envers et contre tout, flambant neuf et impressionnant de majesté, un des plus vibrants symboles du fameux génie du christianisme loué autrefois par Chateaubriand.
La colossale basilique de la Sagrada Familia, dont la première pierre fut posée en 1882, est presque achevée. Sa construction s’est étalée sans coup férir sur trois siècles, couvrant deux guerres mondiales dévastatrices!
La fin de ce chantier titanesque aurait presque pu venir commémorer le centenaire de la disparition de son génial inventeur, Antoni Gaudi (1852-1926). Ce dernier avait consacré la majeure partie de sa vie à ce projet, en forme de défi à l'entendement. Dès le départ, il savait évidemment qu'il ne pourrait voir le monument terminé, son objectif étant avant tout de s'inscrire dans l'épique et patient travail d'édification des cathédrales. La perspective même d'un chantier s'étendant sur des décennies voire des siècles, le ravissait tant sa foi dépassait sa propre existence, pour se fondre dans un continuum vivant, transmis de générations en générations.
Étape essentielle et critique, l'achèvement de la plus haute flèche, celle de Jésus-Christ, qui culmine à plus de 172 mètres, a eu lieu en 2026, avec la bénédiction du pape Léon XIV ce 10 juin. On estime qu'une dizaine d'années seront encore nécessaires avant de considérer l'ouvrage comme véritablement fini.

La lenteur des travaux s’explique par la complexité architecturale de l’édifice mais également par sa vocation expiatoire dédiée à la Sainte Famille, excluant de facto qu'il soit financé autrement que par des dons et aumônes.
Après la résurrection de Notre Dame, l’érection fabuleuse de la Sagrada Familia prouve qu’il existe encore de nos jours une aspiration spirituelle capable, si ce n'est de déplacer les montagnes, au moins de mouvoir les volontés afin d'entreprendre des travaux herculéens au service de l'idée du Bien et du Beau.

L'histoire de la Sagrada Familia
connut bien des hauts et des bas. Le financement aléatoire, soumis à la bonne volonté populaire, a parfois souffert de périodes de disette. Le contexte social et politique fut parfois un frein, et il fallut surmonter de nombreuses oppositions, parfois traduites en actes de vandalisme. Ainsi en 1936, l'incendie des ateliers de Gaudi par des anarchistes catalans, fit perdre quantité de documents précieux.
Aujourd'hui, le produit des tickets d'entrée acquittés par plus de 4 millions de visiteurs annuels, le travail acharné des bâtisseurs qui se sont succédés au chevet de l'ouvrage, leur détermination sans faille et les progrès techniques ont permis de relever tous les défis, à commencer par les audacieux paris architecturaux de Gaudi.
Il s'était en effet refusé à calquer trop étroitement l'art gothique qu'il admirait, mais qu'il considérait comme inaccompli à cause de l'emploi de nombreux contreforts agissant selon lui comme des béquilles soutenant un invalide.
Au lieu de cela, il se lança dans une minutieuse étude des lignes de forces pour parvenir à mettre au point des voûtes vertigineuses propulsées vers le ciel par des colonnes hyperboloïdes inclinées, arborescentes et autres arcatures caténaires ou en chaînettes.
Pas moins de 18 tours s'élèvent au centre et autour de la structure, percées d'innombrables ouvertures logeant des vitraux multicolores. A l'intérieur c'est une féerie de lumière qui attire l'œil vers l'immensité céleste et ses mystères insondables. Cet ensemble raconte par ses symboles et ses figures emblématiques, la vie du Christ et l'épopée des évangiles.
En dépit de l’indéniable magnificence de l’édifice, certains en contestent l’esthétique, la trouvant trop massive et surchargée d'ornements. D'autres nient jusqu’à son bien fondé au motif qu'il contrevient à la laïcité.

Ce chef d'œuvre unique témoigne de la foi intense qui animait son créateur, lequel avait adopté un mode de vie quasi monacal, en dépit de sa renommée. Lorsqu'à 73 ans, le malheur voulut qu’il soit renversé par un tramway, on le prit pour un clochard. Est-il mort, faute de soins assez rapides et attentifs, nul ne saura jamais.
On s'interrogera en revanche longtemps sur le message qu'il a voulu laisser à l'humanité et sur la nature de la force énigmatique qui accompagna tous les gens de bonne volonté dans leurs efforts, pour permettre à ce projet insensé d'être mené à son terme.



07 juin 2026

Justice faillie

“La théorie c'est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. La pratique c'est quand tout fonctionne mais que personne ne sait pourquoi. Ici nous avons réuni théorie et pratique: rien ne fonctionne et personne ne sait pourquoi.”
Cette citation qu'on attribue à Einstein est plus que jamais adaptée à notre pays dont tous les services publics déraillent les uns après les autres.
Aujourd’hui l’attention se focalise sur sa justice.

Les émeutes itératives jamais sanctionnées, le scandale ahurissant du périscolaire parisien, l’horrible affaire Lyhanna, autant d'exemples font les gros titres de l’actualité la plus brûlante. Passons sur les deux premiers qui à eux seuls révèlent le paradoxe d'une société en pleine déconfiture morale. D'un côté elle se crispe sur un vain et nébuleux principe de précaution, de l'autre elle s'enfonce dans le déni de réalité et une idéologie aussi lénifiante que paralysante.
La tragique histoire de la petite Lyhanna, bien qu’elle relève des faits divers, crée la stupeur et l’effroi.

Monsieur Darmanin s'invite à réagir sur les plateaux télévisés. Il semble découvrir la faillite de la justice et se dit “terrifié” par les dysfonctionnements de l'Etat et notamment “de la chaîne judiciaire”, qui éclatent une nouvelle fois au grand jour ! Les bras vous en tombent à écouter les excuses arrosées de larmes de circonstance de ce monsieur qui fait partie du gouvernement depuis bientôt dix ans, dont 4 ans au poste de ministre de l’intérieur, et un an et demi à celui de garde des sceaux.
Qui peut accepter cette contrition rien moins que sincère et dont on sait par expérience, qu'elle n'est qu'une piteuse échappatoire sans lendemain ? Que ne propose-t-il sa démission devant une telle incapacité menant à de si terribles fiascos, dont la répétition est désespérante ?
M. Macron, décidément le plus calamiteux des présidents de la république, quant à lui n'a cure des regrets personnels, estimant comme à l’accoutumée, avoir tout fait pour le mieux. Il est certes “choqué” et juge “inacceptables” ces défaillances flagrantes, mais ne se sent pas le moins du monde concerné, se bornant aux nébuleuses déclarations, mélange d’auto-satisfaction éhontée et d’engagements illusoires : “Nous devons clarifier ce qui s’est passé et ceci participe de l'effort que nous organisons avec le gouvernement depuis des années par le réinvestissement pour la justice …/… et la protection de l’enfance”. S’il ne veut entendre aucun argument de moyens, (vu qu’il n’en a plus à force de les avoir dilapidés aux quatre vents), il claironne sans rire, qu’il est question ici “de réponse, de fermeté, d’organisation, de responsabilité”.
Mais pourquoi démissionnerait-il malgré tous ses échecs, puisqu’il fut réélu il y a deux ans à peine grâce à un système auto-entretenu par la bureaucratie, les faux-semblants et autres simulacres démocratiques ?