15 juin 2026

Sagrada Família

Alors que l'on voit souffrir un peu partout la Chrétienté, attaquée par des hordes de doctrinaires et de fanatiques de tout poil, le message de Jésus semble condamné à l'étiolement sous les coups de boutoirs du wokisme, de la sinistre cancel culture, et autres négationnismes révolutionnaires pétris d'intolérance. Pourtant, au cœur de la Catalogne, dans Barcelone, s'élève envers et contre tout, flambant neuf et impressionnant de majesté, un des plus vibrants symboles du fameux génie du christianisme loué autrefois par Chateaubriand.
La colossale basilique de la Sagrada Familia, dont la première pierre fut posée en 1882, est presque achevée. Sa construction s’est étalée sans coup férir sur trois siècles, couvrant deux guerres mondiales dévastatrices!
La fin de ce chantier titanesque aurait presque pu venir commémorer le centenaire de la disparition de son génial inventeur, Antoni Gaudi (1852-1926). Ce dernier avait consacré la majeure partie de sa vie à ce projet, en forme de défi à l'entendement. Dès le départ, il savait évidemment qu'il ne pourrait voir le monument terminé, son objectif étant avant tout de s'inscrire dans l'épique et patient travail d'édification des cathédrales. La perspective même d'un chantier s'étendant sur des décennies voire des siècles, le ravissait tant sa foi dépassait sa propre existence, pour se fondre dans un continuum vivant, transmis de générations en générations.
Étape essentielle et critique, l'achèvement de la plus haute tour, celle de Jésus-Christ, qui culmine à plus de 172 mètres, a eu lieu en 2026, avec la bénédiction du pape Léon XIV ce 10 juin. On estime qu'une dizaine d'années seront encore nécessaires avant de considérer l'ouvrage comme véritablement fini.

La lenteur des travaux s’explique par la complexité architecturale de l’édifice mais également par sa vocation expiatoire dédiée à la Saint Famille, excluant de facto qu'il soit financé autrement que par des dons et aumônes.
Après la résurrection de Notre Dame, l’érection fabuleuse de la Sagrada Familia prouve qu’il existe encore de nos jours une aspiration spirituelle capable, si ce n'est de déplacer les montagnes, au moins de mouvoir les volontés afin d'entreprendre des travaux herculéens au service de l'idée du Bien et du Beau.

L'histoire de la Sagrada Familia
connut bien des hauts et des bas. Le financement aléatoire, soumis à la bonne volonté populaire, a parfois souffert de périodes de disette. Le contexte social et politique fut parfois un frein, et il fallut surmonter de nombreuses oppositions, parfois traduites en actes de vandalisme. Ainsi en 1936, l'incendie des ateliers de Gaudi par des anarchistes catalans, fit perdre quantité de documents précieux.
Aujourd'hui, le produit des tickets d'entrée acquittés par plus de 4 millions de visiteurs annuels, le travail acharné des bâtisseurs, leur détermination sans faille et les progrès techniques ont permis de relever tous les défis, à commencer par les audacieux paris architecturaux de Gaudi.
Il s'était en effet refusé à calquer trop étroitement l'art gothique qu'il admirait, mais qu'il considérait comme inaccompli à cause de l'emploi de nombreux contreforts agissant selon lui comme des béquilles soutenant un invalide.
Au lieu de cela, il se lança dans une minutieuse étude des lignes de forces pour parvenir à mettre au point des voûtes vertigineuses propulsées vers le ciel par des colonnes hyperboloïdes inclinées, arborescentes et autres arcatures caténaires ou en chaînettes.
Pas moins de 18 tours s'élèvent au centre et autour de la structure, percées d'innombrables ouvertures logeant des vitraux multicolores. A l'intérieur c'est une féerie de lumière qui attire l'œil vers l'immensité céleste et ses mystères insondables. Cet ensemble raconte par ses symboles et ses figures emblématiques, la vie du Christ et l'épopée des évangiles.
En dépit de l’indéniable magnificence de l’édifice, certains en contestent l’esthétique, la trouvant trop massive et surchargée d'ornements. D'autres nient jusqu’à son bien fondé au motif qu'il contrevient à la laïcité.

Ce chef d'œuvre unique témoigne de la foi intense qui animait son créateur, lequel avait adopté un mode de vie quasi monastique, en dépit de sa renommée. Lorsqu'à 73 ans, le malheur voulut qu’il soit renversé par un tramway, on le prit pour un clochard. Est-il mort, faute de soins assez rapides et attentifs, nul ne saura jamais.
On s'interrogera en revanche longtemps sur le message qu'il a voulu laisser à l'humanité et sur la nature de la force énigmatique qui accompagna tous les gens de bonne volonté dans leurs efforts, pour permettre à ce projet insensé d'être mené à son terme.



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