28 mai 2026

Chasses aux sorcières

L’époque est aux paradoxes. Pour tout dire, les mœurs, les opinions, les jugements, et jusqu’aux évènements, tout est sens dessus dessous.
C’est peu dire qu’on ne comprend pas grand chose aux guerres qui se déroulent en ce moment sur le théâtre international. Elles n’en finissent pas. Un jour on nous annonce qu’elles sont sur le point de s’achever, le lendemain qu’elles reprennent de plus belle. A mesure que le temps passe, leurs motivations sont de plus en plus confuses. Une chose est sûre, face à ces désastres, la communauté internationale s’avère totalement impuissante et l’Europe est incapable de sortir de sa désespérante léthargie. Les commentateurs plus ou moins autorisés quant à eux, continuent d’abreuver ceux qui les écoutent de leurs analyses. Et par esprit de système, ils sont contre tout ce qui est pour et pour tout ce qui est contre…

Dans notre petit Hexagone, on préfère s’affairer à de dérisoires batailles morales ou idéologiques.
Le feuilleton Bruel n’en finit plus d’alimenter les ragots sur la place publique, avide de révélations croustillantes. Pour l’heure on en est aux accusations sans preuves. Pas moins d’une trentaine de femmes sont aux trousses du chanteur réclamant justice pour des prétendues agressions sexuelles commises pour certaines il y a plus de trente ans. Après l’avoir adulé durant des décennies, l’urgence est d’avoir la peau de l’artiste encore en scène, mais un peu sur le déclin tout de même, à près de 70 ans.
Peu importe qu’aucune enquête ne soit encore ouverte, le nombre de plaignantes fait le coupable comme l’affirment les bien pensants. Et comme du temps des lynchages dans le Far Ouest, on exige une procédure expéditive.
Les politiciens ramènent leur fraise et plusieurs maires demandent dès à présent à l’ex-idole des midinettes de se mettre en retrait et d’annuler ses concerts prévus dans leur ville. Amusant retour de bâton pour une star qui au nom de sa conscience politique avait autrefois blacklisté lors de ses tournées les cités dirigées par un maire issu du Front National. L’arroseur est arrosé en quelque sorte…

Le ridicule ne tuant plus depuis bien longtemps, et les actes de résistance étant plus aisés dans les salons feutrés du festival de Cannes que face à la Gestapo, ou au KGB, un collectif de belles consciences “de gauche” s’abat telle une nuée sinistre de corbeaux, sur la citadelle Bolloré.
Après y avoir quémandé sans vergogne “quelque grain pour subsister”, ils viennent caguer sur la gamelle qui les a nourris.
Et pourquoi donc ? Parce que ledit Bolloré, lassé sans doute de ces profiteurs, pourrait avoir un jour l’idée de leur dire d'aller se faire voir ailleurs. Peut-être même pourrait-il être tenté d'abuser de son odieux pouvoir de milliardaire pour imposer des idées contraires à la doxa progressiste alter-coco-bobo régnant dans les milieux intellectuello-artistiques !
Peu importe que rien n’annonce un tel revirement de l’accusé jusqu’alors prodigue sans réserve, le procès d’intention suffit pour le condamner.
Flashback, comme on dit au cinéma, la chasse aux sorcières menée autrefois contre toute personne supposée propager l'idéologie socialiste, s’exerce aujourd’hui contre les hypothétiques suppôts du fascisme ! Les ligues de vertu qui revendiquaient jadis la liberté d'expression et la tolérance, se sont muées en tribunaux érigeant en justice sommaire les procès en sorcellerie. Ainsi va le Monde et ce n’est pas très joli…

Illustration : Procès de George Jacobs en 1692, peinture de 1855, Peabody Essex Museum

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