19 août 2026

Le Jeu de Lois

Le monde politique se trouve dans un telle panade, que plus rien n’a de sens dans ce qui le meut. Faute de pouvoir agir, gouvernement, élus, instances républicaines, exécutif, législatif, semblent réduits à un étrange passe-temps : le jeu de Lois.
C’est aussi simple qu’absurde. Tandis que certains s’amusent à proposer des textes nébuleux, inutiles ou inapplicables, d’autres prennent plaisir à saisir le Conseil Constitutionnel pour les amender, les déformer ou carrément les retoquer. Les liens de ce dernier avec la sacro-sainte Constitution étant de plus en plus lâches et indéfinis, cela permet de faire sauter nombre de dispositions sous des motifs de plus en plus futiles ou aléatoires. De facto, si l’on ne comprenait pas grand-chose au texte originel, la copie finale s’avère encore plus vaine et inintelligible.
L’imagination des technocrates est foisonnante, et les outils rhétoriques ne manquent pas. Parmi ces derniers, l’art de débusquer les “cavaliers législatifs” est devenu le challenge auquel s’adonnent avec délectation les soi-disant Sages, très bien payés mais assez inoccupés par ailleurs. Ils cultivent avec la même jubilation le maniement des figures de styles savantes. Litotes, périphrases, oxymores, subterfuges et hyperboles, permettent tantôt de noyer le poisson, tantôt de dire, élégamment et sans prendre aucun risque, tout et son contraire.
De leur côté, les politiciens, déjà passés maîtres dans l’emploi de la langue de bois et le parler pour ne rien dire, rivalisent dans la prise d’initiatives contradictoires : on saisit désormais le Conseil Constitutionnel pour tout et pour rien, parfois même pour invalider les productions de son propre camp !

Plusieurs textes récents illustrent cette dérive désastreuse.
Dans celui promouvant “l’aide à mourir”, il fallait, pour mieux faire passer la pilule létale, éviter l’emploi de certains termes trop explicites. On a ainsi banni le mot euthanasie heurtant les grands principes ayant conduit à son abolition pour les pires des assassins. On a esquivé celui de suicide assisté, en contradiction avec la politique de santé publique de prévention. Résultat, on obtient une loi insane et dangereuse à force de mélanger les genres, mais grâce à ces occultations subtiles, le texte est passé crème, comme on dit aujourd'hui, sous les fourches caudines des pontifes de la République.

Dans le projet pompeusement intitulé “d'urgence agricole”, le Conseil Constitutionnel a montré tout son savoir-faire en matière de jésuitisme. Il valide “la réintroduction dérogatoire” des pesticides acétamipride et flupyradifurone (autorisés partout en Europe). Mais dans le même temps, il précise qu’ils « ont des incidences sur la biodiversité, en particulier pour les insectes pollinisateurs et les oiseaux, ainsi que des conséquences sur la qualité de l’eau et des sols et induisent des risques pour la santé humaine », mais que « le législateur a entendu permettre à certaines filières agricoles de faire face aux graves dangers qui menacent leurs cultures, afin de préserver leurs capacités de production et de les prémunir de distorsions de concurrence au niveau européen. Ce faisant, il a poursuivi un motif d’intérêt général ».
Plus confus et contradictoire, tu meurs...

Le même Conseil Constitutionnel entérine le texte RIPOST, destiné à renforcer la lutte contre la délinquance et l’insécurité. Mais s'il laisse passer les vœux pieux, il retoque la plupart des mesures pratiques. Il autorise la hausse de sanctions et d’amendes jamais ou presque exécutées, mais refuse au titre de "cavaliers", les mesures pratiques telles que la confiscation/destruction des deux-roues pris lors de rodéos urbains et l'expulsion manu militari des squatteurs de biens immobiliers.

Enfin, désavouant le projet d’interdire aux mineurs de moins de 15 ans l'accès aux réseaux sociaux, les Sages montent sur les grands chevaux de la République. Après avoir laissé passer quantité de lois liberticides, ils caviardent les principales dispositions du texte au nom de la liberté d’expression. On ne saurait trop leur en vouloir pour une fois, mais leur zèle libéral inattendu tiendra-t-il face à l’obstination du Président de la République qui ordonne illico à son premier ministre de proposer un nouveau projet mieux ficelé, si l’on peut dire ?

En définitive, l’esprit de Montesquieu est vraiment bien loin et a contrario de ses précieux conseils, l’objectif n’est plus de chercher l’utilité des tombereaux de textes législatifs, mais de les tordre en tous sens afin qu’ils perdent jusqu’à leur raison d’être…
Pendant ce temps, les pirates informatiques dévalisent joyeusement les bases de données étatiques, réputées confidentielles et hautement protégées, au nez et à la barbe des satrapes affairés à leur tâche de "barbouilleurs de lois"…

01 août 2026

Les leçons du terrain

L’acmé de la crise des feux de forêts semble peut-être enfin passée. Rien n’est sûr hélas, et l’heure du bilan n’est pas encore venue, ni celle des retours d’expérience qu’en jargon techno on désigne par l’affreux acronyme RETEX.

En attendant, on peut exprimer beaucoup d’admiration et de gratitude pour les acteurs de terrain qui mènent avec courage et détermination ces batailles héroïques contre les éléments déchaînés. Les pompiers avant tout, qui ont payé un lourd tribut en perdant 4 hommes, morts au combat, et qui comptent de nombreux blessés. Mais également la mobilisation de civils bénévoles, d'entrepreneurs locaux et d'agriculteurs, qui apportent une aide précieuse pour acheminer l'eau, créer des lignes et tranchées pare-feux, traiter les foyers résiduels, et apporter toutes sortes d'encouragements aux soldats du feu.

Une fois encore, on a vu la capacité d'initiative étonnante des personnes les plus proches des événements. Même si les Pouvoirs Publics ont heureusement fourni l'essentiel des ressources matérielles et professionnelles requises par la situation de crise, il paraît évident qu'ils ont manqué d'anticipation et ont assez largement failli dans leur mission de prévention.

C'est donc l'heure des vraies questions.
Peut-on se contenter de l'auto-satisfaction exprimée, lors d'une courte et impersonnelle visite protocolaire, par un président de la république qui se “félicite” d'avoir tout bien fait depuis le premier jour de son mandat ? Peut-on encore se fier à ses promesses, telle celle de 2022, non tenue “que les 12 Canadair soient remplacés et que leur nombre soit porté jusqu’à 16 en 2027” ?
Peut-on accepter les simagrées ridicules d'une ministre vraie-fausse démissionnaire, après des propos inconséquents en matière de politique agricole, une attitude méprisante lors de la canicule, et une indifférence royale face aux incendies qui dévastent le pays ?
Peut-on se satisfaire des plans, commissions, grands débats, chartes et autres expédients toujours fondés sur de belles théories, de bonnes intentions, venant d’un gouvernement qui voit les choses de très haut mais s’avère incapable de descendre au niveau de sa population ?

Sans doute y aura-t-il beaucoup à dire sur cette technostructure prétendant pouvoir piloter dans les bureaux parisiens la stratégie visant à “gérer l’environnement” et traiter ces catastrophes naturelles, dans la genèse desquelles la responsabilité humaine est à l’évidence, directe.
Sans doute faudrait-il réévaluer l’utilité de certains ministères dont celui supposé s’occuper d'écologie, l’un des plus galvaudés qui soit. La liste est longue des menteurs, doctrinaires et mystificateurs ayant occupé la place et profité de leur position pour imposer leurs idées fixes, le plus souvent saugrenues. Pas moins de huit personnes se sont succédé en neuf ans de présidence Macron, conduisant le pays à un vrai désastre, au terme d’une politique semée de mensonges, de reculades et d'irresponsabilité. Nucléaire, automobile, agriculture, urbanisme, logement, occupation des sols, transports, enseignement, information, la liste est longue des domaines qu'ils ont abreuvé d'idées fausses, conduisant à des mesures absurdes, à des réglementations répressives et fiscales trop souvent contraires aux buts recherchés.

Quand donc fera-t-on un peu plus confiance aux acteurs de terrain qu’à ces théoriciens dogmatiques ? Quand cessera-t-on d’asséner ex cathedra au peuple, des pseudo-certitudes et des doctrines conceptuelles hautement spéculatives ? Quand prêtera-t-on enfin une oreille attentive à ce qui vient du bas de l'échelle, pour mieux comprendre les réalités locales, et encourager et récompenser les alertes et les initiatives heureuses frappées au coin du bon sens ?