Les livres publiés par des politiciens sont très rarement dignes d’intérêt, trop souvent consacrés à l’auto-promotion et quasi tous mal écrits (lorsqu’ils sont bien de la plume de l’auteur…). Celui de Sarah Knafo fait exception, ne serait-ce que par l’importance du sujet et son originalité. Présenté sous forme d’un thriller, ce “Casse du Siècle” décrit par le menu, dans un langage limpide et avec force démonstrations chiffrées percutantes, l’inconséquence budgétaire de tous les dirigeants qui se sont succédé au Pouvoir depuis un bon demi-siècle.
Pire que l’effet de négligences, de fautes ou de l’incompétence, l’auteur y voit un pillage prémédité et savamment organisé. Plus en douceur certes, que ceux qu’on voit avec horreur dans les rues, à l’instigation des nouveaux bolcheviques, il n’en est pas moins destructeur de richesses et pas moins révélateur de la décrépitude de la république.
L’ouvrage reprend à dessein toutes les étapes d’une affaire judiciaire : la scène du crime, l’enquête, la victime, les preuves, le préjudice, les suspects, et enfin, la mise en examen.
La démonstration, dont la forme frise parfois l'artifice, n'en est pas moins implacable, sur le fond.
Elle débute par un décorticage magistral du bulletin de paie d’un salarié lambda, disons Nicolas Durand.
L’incroyable complexité des mentions et chiffres quasi inintelligibles au commun des mortels, est mise à nu, aboutissant à la conclusion effarante que l’Etat, avant toute chose, prélève à tout un chacun près de la moitié de ce que lui verse son employeur !
Ce n’est qu’un début hélas, car la charge pesant sur les contribuables, via les impôts, les taxes, les surtaxes, et les prélèvements obligatoires est devenue tellement lourde et protéiforme qu’il est difficile d’en cerner les limites. “Quel invraisemblable crime” s’exclame l’auteur, “que celui dont l’étendue est un mystère pour les coupables eux-mêmes ! Le casseur a tellement volé qu’il ne connaît même plus le montant du butin, ni même le nombre de ses larcins. C’est le crime parfait. Tous les policiers savent que, sans cadavre, il est quasiment impossible de confondre un coupable. Ici, le cadavre, c’est votre pouvoir d’achat. Mais il a disparu, profondément enterré dans le terrain vague de la bureaucratie.”
Ces ponctions servent en théorie à alimenter les dépenses consacrées au Bien Commun, mais elles sont tellement extensives et incontrôlables qu’elles débordent largement le volume des ressources pompées, engendrant inexorablement déficit budgétaire et accumulation de dettes.
Pour le Trésor Public, la maîtrise des dépenses devrait donc être un impératif incontournable. Parmi les dérives nombreuses figurent les subventions qualifiées '’d’opium des politiciens'’ et de '’poison des nations'’ : en France, la part des impôts qui est absorbée dans le financement des associations est de “plus de 23 milliards d’euros par an, sans qu’aucun document officiel ne réussisse même à recenser l’ensemble.”
Le sujet est éminemment politique, relevant souvent du clientélisme ou de la démagogie : “là où la gauche l’emporte largement, l’argent coule à flots. Là où la droite est majoritaire, il se tarit. La corrélation est si franche que, mathématiquement, quand le vote de gauche double dans un arrondissement, les subventions doublent aussi.”
Parmi les autres postes de dépenses inconsidérées, Sarah Knafo cite les Agences et la myriade de pseudopodes étatiques d'utilité discutable. Ainsi, “l’Ademe, l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie. 1 000 salariés, 17 directions régionales, 3,4 milliards d’euros de budget.”
Il en est de même de France Travail, l’ancien Pôle emploi, lui-même né de la fusion de l’ANPE et des Assédic. “Cet opérateur emploie 55 000 agents, pour un budget de fonctionnement de près de 7 milliards d’euros par an…/… Selon l’Insee, seuls 13 % des demandeurs d’emploi retrouvent un travail grâce à France Travail.”
Facteur aggravant, malgré ces dérives financières itératives, la décadence des services publics s'apparente de plus en plus à une fatalité. Entre autres exemples fourmillant dans l’ouvrage, celui du système de santé est édifiant : “Prenez le classement européen, qui note les systèmes de santé sur les critères vécus par les patients : délais d’attente, accès aux médicaments, résultats des traitements, droits des malades. La France est sortie du top 10 des pays européens dès 2009. Et depuis, la pente s’est accentuée. 6 à 7 millions de Français n’ont aujourd’hui plus de médecin traitant. 87 % du territoire est classé en désert médical. Même Paris est devenu un désert médical pour les médecins traitants…”
A propos du marché du travail, l'auteur remet en cause certaines idées reçues, notamment celle qui prétend que le patronat aurait besoin de plus de main-d'œuvre, notamment par le biais de l'immigration. Si l’argument est insoutenable face à la persistance dans notre pays d'un fort taux de chômage, il est contredit par des travaux récents de chercheurs sur le sujet : “En étudiant la baisse de la natalité, ils ont prouvé que, contrairement à une idée reçue, la raréfaction des jeunes travailleurs produisait une croissance plus forte du PIB par travailleur et des salaires plus élevés.” Si l’on comprend aisément que la valeur des biens est inversement proportionnelle à leur abondance, l’auteur ajoute que “la rareté du travail force à investir dans la technologie et l’innovation. Les brevets d’automatisation se multiplient, les industries de haute technologie prennent la place des industries à bas coût, la productivité s’envole.” Le Japon ou la Corée illustrent bien cette réalité.
S'agissant de la problématique des retraites, l’auteur tord également le cou à certains a priori : “Avant toute chose, ne croyez plus ceux qui vous répètent que les Français sont « attachés » à la retraite par répartition. C’est faux. Nous n’y sommes pas attachés, nous y sommes ligotés.” Le recours massif à l'épargne et à l'assurance vie témoigne des efforts de nombreux Français pour tenter de se libérer d’un système qu’ils savent condamné à verser des pensions en peau de chagrin.
En matière de responsabilité, la députée européenne déplore le fait qu’on se trompe, sciemment ou non, de cible. Face au procès récurrent fait au capitalisme, jugé souvent coupable de tous les maux, elle peut marteler au terme de son virulent réquisitoire que “le marché n’est donc pas le coupable du casse. Il dit seulement une vérité que le politique refuse d’entendre : on ne décrète pas un prix, on ne vote pas l’abondance.”
En revanche, elle constate, que malgré tous les méfaits portés à son actif : “le socialisme est le socialisme. Il veut que vous soyez envieux, jaloux, médisant et malfaisant : « Certes, tu resteras pauvre, mais tu n’auras plus de quoi te plaindre, puisque tout le monde sera aussi pauvre que toi ! » Hélas, il n’y a guère d’alternative à la gauche qui a peu ou prou la main sur les principaux leviers de l’Etat. Même les gens se prétendant de l’autre bord se sont ralliés par couardise à la calamiteuse idéologie socialiste. Comme le faisait remarquer un humoriste, “En France, il y a deux partis de gauche dont l'un s'appelle, par convention, la droite… “. On se souvient également de Mikhail Gorbatchev remarquant ironiquement que notre pays “était le seul où le communisme avait réussi.”
Hélas, ledit pays est aujourd'hui dans un état inquiétant, il est miné par l'incurie et la lâcheté des politiciens, gangréné par l'inflation chaotique des lois et de la bureaucratie, au point que le fameux “état de droit” n’est plus qu’un vain mot. "Nul n’est censé ignorer la loi” rappelle Sarah Knafo, en ajoutant que “C’était l’exigence d’un État qui parlait sobrement à ses citoyens dans une langue qu’ils pouvaient comprendre. Aujourd’hui, cet adage est obsolète. Il a laissé place à son contraire : Nul ne peut connaître la loi. . . / . . . Le droit français est devenu un océan sans rivage.”
Face à ce désastre, tout espoir n'est cependant pas perdu. Il sera encore possible pour de futurs dirigeants de redresser la barre. Ce sera sans doute difficile et douloureux, et d’autant plus qu’ils attendront pour passer à l’action. Il faudra des convictions, beaucoup de détermination, et accepter enfin de passer des promesses aux actes, s’agissant de quatre leviers essentiels, avec lesquels l’auteur conclut son propos :
“Premier levier, le mandat doit être explicite, pour que le peuple, en votant, l’ait validé.
Le deuxième levier, c’est la légitimation par référendum.
Le troisième levier, c’est la qualité de l’équipe. Dix ministres, pas trente.
Le quatrième levier, c’est la vitesse d’exécution. Les six premiers mois sont déterminants…”
A bon entendeur, salut !

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